Publié le 16 décembre 2025 19:42:00. L’engouement pour les reconstitutions historiques générées par intelligence artificielle (IA) est palpable, mais ces images spectaculaires de la Rome antique dissimulent souvent d’importantes inexactitudes. Une experte décrypte les erreurs courantes et met en garde contre une vision biaisée du passé.
- Des vidéos et images générées par IA prétendent offrir un aperçu précis de la Rome antique.
- Ces reconstitutions contiennent fréquemment des erreurs historiques majeures, notamment des anachronismes et des imprécisions architecturales.
- Une spécialiste de l’histoire romaine souligne l’importance de la rigueur scientifique face à la prolifération de ces contenus.
Ces derniers mois, un nombre croissant de vidéos et d’images créées par intelligence artificielle ont envahi le web, promettant de nous plonger au cœur de la Rome antique. Une vidéo YouTube, publiée le 9 novembre 2024 et intitulée « Rome antique | Vidéo générée par l’IA », promet ainsi une « plongée dans le monde fascinant de l’Empire romain », capable de révéler « des détails incroyables sur la société romaine, l’architecture, la guerre et la vie quotidienne ». Pourtant, derrière ces reconstitutions visuellement impressionnantes se cachent souvent des erreurs historiques significatives.
Notre équipe s’est entretenue avec Sarah Kourdy, professeure d’histoire de l’art et d’archéologie à l’Université Bordeaux Montaigne, spécialisée dans la culture grecque et romaine antique. Elle a analysé plusieurs de ces images et a mis en évidence leurs inexactitudes.
Un paysage romain anachronique
L’une des vidéos analysées, censée représenter la Rome antique, contient une erreur flagrante. À la 47e seconde, on peut observer un soldat romain se tenant devant ce qui est présenté comme un décor de l’époque. Or, un bâtiment moderne se distingue clairement en arrière-plan : il s’agit du monument à Victor Emmanuel II, construit en 1911 pour rendre hommage au premier roi de l’Italie unifiée.
© YouTube
L’uniforme du soldat romain présente également des anomalies. « Les bandes métalliques sont trop fines et disposées verticalement, alors qu’elles étaient généralement de taille décroissante et disposées horizontalement et parallèlement pour mieux protéger le soldat », explique Sarah Kourdy, en référence à la lorica segmentata, un plastron articulé porté par les légionnaires.
Musée de Corbridge ; Wikipédia / Alvesgaspar
Une course de chars aux proportions erronées
Une autre scène récurrente dans ces reconstitutions est la course de chars, un spectacle emblématique de l’Empire romain popularisé par des films comme *Ben-Hur*. La vidéo analysée semble se dérouler au Circus Maximus, le plus grand hippodrome de Rome. Cependant, l’architecture présentée ne correspond pas à la réalité historique.
© YouTube
« Les gradins semblent particulièrement hauts et n’étaient pas surmontés d’une double rangée d’arcs. Si l’image est sans aucun doute basée sur le Cirque Maxime, le plus grand édifice de ce type à Rome, l’architecture en arrière-plan ressemble à un aqueduc. De plus, les vrais chars romains avaient deux roues alors que, dans cette image, ils en ont quatre », précise Sarah Kourdy.
Des thermes baroques
Une image censée représenter les Thermes de Caracalla, diffusée sur X (anciennement Twitter) et partagée sur plusieurs groupes Facebook dédiés à l’Antiquité, a recueilli plus de 592 000 vues. Cette image montre une piscine ornée de marbre blanc et d’or, surmontée d’un plafond opulent. Or, cette représentation est également inexacte.
© X
« Cette image des Thermes de Caracalla est historiquement inexacte. Elle représente les thermes romains dans un style baroque, un mouvement artistique qui n’est apparu qu’au XVIe siècle. De plus, les bains n’étaient pas en marbre blanc mais en briques maintenues ensemble par un mortier semblable au ciment. Les dorures abondantes ne seraient pas compatibles avec l’atmosphère humide des thermes, qui étaient réservées aux salons et aux bibliothèques », explique Sarah Kourdy. Enfin, les dimensions de la piscine sont exagérées, avec des colonnes géantes immergées, ce qui ne correspond pas aux découvertes archéologiques.
En conclusion, Sarah Kourdy déplore les inexactitudes historiques de ces images générées par l’IA : « L’anachronisme, l’inexactitude et les proportions trompeuses sont les principaux problèmes de ces images générées par l’IA ».
En savoir plusPourquoi les reconstitutions de la Rome antique générées par IA sont-elles remplies d’erreurs ?
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