Home AffairesLes réfugiés ukrainiens apportent des milliards à l’économie : pourquoi cela est plus difficile pour les autres demandeurs d’asile

Les réfugiés ukrainiens apportent des milliards à l’économie : pourquoi cela est plus difficile pour les autres demandeurs d’asile

by Amélie Bernard

Publié le 16 novembre 2023. Alors que l’intégration des Ukrainiens aux Pays-Bas s’avère remarquablement rapide sur le marché du travail, les demandeurs d’asile se heurtent à des obstacles administratifs qui freinent leur participation à l’économie néerlandaise.

  • Près de 66 % des Ukrainiens en âge de travailler aux Pays-Bas ont un emploi.
  • Leur contribution à l’économie néerlandaise a atteint 3,5 milliards d’euros l’année dernière.
  • Seulement 12 % des demandeurs d’asile hébergés dans les centres d’accueil du COA sont employés.

Les chiffres, issus d’un rapport de SEO Economisch Onderzoek, mettent en lumière un contraste frappant entre les trajectoires professionnelles des deux groupes. Les Ukrainiens, dès leur arrivée aux Pays-Bas, ont bénéficié d’une autorisation immédiate de travailler, contrairement aux demandeurs d’asile, soumis à des délais et des procédures plus contraignantes.

Selon Arjan Heyma, économiste et chercheur chez SEO, cette différence d’accès au marché du travail est la clé de l’explication. Les demandeurs d’asile doivent attendre au moins six mois avant de pouvoir solliciter un emploi et les employeurs doivent obtenir un permis de travail pour les personnes originaires de pays hors de l’Union européenne. La limite de 24 semaines de travail par an a récemment été supprimée, mais les difficultés persistent.

Au cours des derniers mois, le taux d’emploi des demandeurs d’asile est passé de 4 % à 12 %, une progression notable, mais insuffisante. Les obstacles administratifs et le manque de réseaux professionnels continuent de compliquer leur insertion professionnelle.

Un modèle à ne pas reproduire ?

Certains pourraient-ils voir dans la situation des Ukrainiens un modèle à reproduire pour faciliter l’intégration des autres populations réfugiées ? Leo Lucassen, professeur d’histoire du travail et des migrations, ne le pense pas.

« Nous savons cela depuis longtemps, mais les politiques à l’égard des demandeurs d’asile ne se sont que partiellement adaptées. Ils sont désormais autorisés à travailler, mais contrairement aux Ukrainiens, ils doivent attendre six mois avant de pouvoir commencer. »

Leo Lucassen, professeur d’histoire du travail et des migrations

Maintenir un statut d’inactivité est préjudiciable

Pour Lucassen, permettre aux demandeurs d’asile de travailler plus rapidement serait bénéfique.

« Parce que cela les empêche de rester à l’écart. La plupart des demandeurs d’asile finissent par obtenir un statut et resteront donc aux Pays-Bas en permanence, devenant des citoyens néerlandais. Plus on les maintient dans un état d’inactivité, plus il faudra de temps avant qu’ils ne trouvent un emploi. Et c’est un problème pour les personnes ayant obtenu un statut. »

Leo Lucassen, professeur d’histoire du travail et des migrations

Il souligne que plus de la moitié des personnes ayant obtenu un statut mettent des années à trouver un emploi rémunéré, en raison des difficultés administratives et de l’isolement dans les centres d’accueil, qui entravent la création de réseaux professionnels.

Augmenter la participation

En outre, une augmentation du nombre de demandeurs d’asile employés pourrait réduire le besoin de travailleurs migrants aux Pays-Bas, à court terme, selon Heyma. Cependant, il souligne que des mesures supplémentaires sont nécessaires pour accroître la participation, tant pour les Ukrainiens que pour les demandeurs d’asile, car un potentiel de travail important reste inexploité.

La langue constitue un obstacle majeur, tout comme la reconnaissance des diplômes étrangers. De nombreux Ukrainiens se retrouvent à travailler en dessous de leur niveau de qualification et perçoivent un salaire mensuel proche du minimum.

Donner une chance

Pour améliorer la situation, Heyma propose trois pistes : offrir des cours de langue abordables et flexibles, faciliter la reconnaissance des diplômes étrangers ou proposer des formations de requalification aux normes néerlandaises, et enfin, garantir la sécurité du statut de séjour, afin d’inciter les employeurs à embaucher et à investir dans ces travailleurs.

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