Malgré les tensions politiques persistantes en France, les marchés financiers affichent une résilience surprenante. L’incertitude demeure quant à la formation d’un nouveau gouvernement et à l’avenir des finances publiques, mais les investisseurs semblent pour l’instant privilégier l’attente et la confiance dans l’intervention de la Banque centrale européenne.
L’annonce, mercredi soir, de l’opposition d’une majorité parlementaire à la dissolution de l’Assemblée nationale a semblé apaiser les craintes immédiates. Le président Macron a ensuite promis la nomination d’un nouveau Premier ministre dans les deux jours à venir. Cependant, l’extrême droite continue de réclamer de nouvelles élections, et la réforme des retraites, point de friction majeur, s’annonce comme un défi de taille pour tout futur gouvernement.
« La réforme des retraites sera la plus grande pierre d’achoppement pour tout nouveau gouvernement », a déclaré Lecornu, sans plus de précisions.
Les marchés obligataires ont jusqu’à présent mieux absorbé les chocs politiques que prévu. Bien que la prime de risque des obligations d’État françaises par rapport aux obligations allemandes (Bund) soit restée élevée à 84 points de base, elle est redescendue sous les 80 points de base mercredi. Dans un contexte de volatilité implicite faible et avec la garantie implicite du soutien de la Banque centrale européenne (BCE), ces écarts sont considérés comme attractifs par de nombreux investisseurs.
Les taux des Bunds à 10 ans se situent actuellement entre 1 et 2 points de base par rapport aux swaps, atteignant leurs niveaux les plus élevés depuis juillet. Certains analystes estiment que, compte tenu de la situation politique en France et des incertitudes économiques plus larges, ces taux devraient être encore plus élevés.
Par ailleurs, les inquiétudes concernant le possible arrêt du gouvernement américain et les tensions commerciales persistantes ajoutent à l’incertitude globale. Une demande accrue d’actifs refuges, notamment en raison des récentes incursions russes aux frontières orientales de l’Union européenne, n’est pas à exclure.
Les investisseurs étrangers pourraient jouer un rôle déterminant dans l’évolution des spreads obligataires franco-allemands. Depuis le début du resserrement quantitatif de la BCE en 2023, ils ont massivement investi dans la dette européenne. Actuellement, 24 % des obligations d’État de la zone euro sont détenues par des investisseurs non européens, un chiffre qui pourrait augmenter considérablement, compte tenu du fait qu’il atteignait 30 % en 2015.
Les obligations d’État les mieux notées sont particulièrement prisées par les investisseurs étrangers, les Bunds allemands étant les plus détenus. Toutefois, une éventuelle dégradation de la note de la France pourrait entraîner des ventes massives de la part de ces investisseurs, qui détiennent également une part importante de la dette française.
Jeudi, les marchés attendent la publication du compte rendu de la réunion de septembre de la BCE, au cours de laquelle les taux d’intérêt ont été maintenus inchangés. Les déclarations de Villeroy et Escriva, responsables de la BCE, seront également scrutées. Les données américaines sur les demandes initiales d’allocations chômage seront probablement impactées par l’arrêt du gouvernement américain, ce qui orientera l’attention vers les interventions des responsables de la Réserve fédérale, notamment le président Powell. Les procès-verbaux de la réunion de septembre du FOMC, publiés mercredi soir, ont révélé une certaine prudence, avec « quelques » membres soutenant une approche « sans changement ».
Cependant, l’analyse de notre économiste souligne que le corps du procès-verbal est plus nuancé, les participants estimant que « les risques à la baisse sur l’emploi avaient augmenté », tandis que « la plupart des participants » observaient que les risques à la hausse sur l’inflation « avaient diminué ou n’avaient pas augmenté ».
Sur le marché primaire, l’Irlande lancera une nouvelle émission d’obligations à hauteur de 1,5 milliard d’euros, tandis que le Trésor américain mettra aux enchères 22 milliards de dollars d’obligations.
