Publié le 29 septembre 2025. L’industrie automobile allemande fait pression sur l’Union européenne pour assouplir les réglementations environnementales, notamment l’interdiction prévue en 2035 des ventes de voitures neuves à moteur à combustion interne, au moment où l’UE évalue son plan de transition écologique.
- Les constructeurs automobiles allemands demandent à l’UE de revenir sur l’interdiction des moteurs à combustion et d’assouplir les quotas de vente de véhicules électriques.
- Cette campagne de lobbying s’inscrit dans un contexte plus large de remise en question des initiatives vertes de l’UE, après des reculs sur les lois relatives aux pesticides et à la déforestation.
- L’industrie automobile allemande, bien que cruciale pour l’économie du pays, accuse un retard sur ses concurrents dans le domaine des véhicules électriques et pourrait perdre en compétitivité si elle ne s’adapte pas rapidement.
Le Premier ministre bavarois, Markus Söder, a récemment affirmé que l’automobile était le destin de l’Allemagne et le cœur de son économie, allant jusqu’à déclarer que « sans la voiture, l’effondrement est imminent ». Cette déclaration témoigne d’un attachement nostalgique à une industrie lourde et polluante, mais elle contraste avec l’urgence de la crise climatique et la nécessité d’une transition vers des modes de transport plus durables.
Récemment, des dirigeants d’entreprises automobiles européennes se sont réunis à Bruxelles, au siège de la Commission européenne, pour rencontrer la présidente Ursula von der Leyen. Les constructeurs allemands ont formulé deux demandes principales : l’abandon de l’interdiction de vente de voitures à moteur à combustion à partir de 2035 et un assouplissement des quotas annuels de vente de véhicules électriques d’ici cette date. Plus d’informations sur l’interdiction des moteurs à combustion et sur les quotas de véhicules électriques.
Les résultats de cette réunion restent incertains. Certains médias suggèrent que l’UE pourrait autoriser la vente de voitures hybrides après 2035. Une décision définitive est attendue en décembre, mais un assouplissement de l’interdiction semble probable. Un porte-parole de la Commission a indiqué que celle-ci « évaluerait soigneusement toutes les contributions reçues », y compris d’éventuels « ajustements » permettant le maintien de certains véhicules hybrides rechargeables.
Cette offensive de l’industrie automobile contre la date limite de 2035 s’inscrit dans un mouvement plus large de contestation des initiatives vertes de l’UE. Des lois visant à réduire l’utilisation des pesticides ont été abandonnées, la réglementation anti-déforestation a été reportée et les exigences de déclaration environnementale pour certains secteurs ont été annulées. Rappel de l’abandon de la loi sur les pesticides et analyse de ce recul.
Cependant, un revirement de l’UE serait préjudiciable non seulement aux objectifs climatiques et environnementaux, mais aussi aux acteurs concernés, y compris les constructeurs automobiles eux-mêmes. L’industrie automobile allemande représente environ 5 % du PIB du pays, mais elle est déjà en difficulté face à ses concurrents mondiaux et accuse un retard d’une décennie dans la transition vers les véhicules électriques. Retarder cette transition ne ferait qu’aggraver sa situation.
Les constructeurs automobiles ont exercé un lobbying intense avant la réunion de Bruxelles. Ola Källenius, président de l’Association européenne des constructeurs automobiles (ACEA) et PDG de Mercedes-Benz, a publié une lettre ouverte dans laquelle il affirmait que les objectifs de réduction des émissions de CO2 pour 2030 et 2035 étaient « tout simplement irréalisables » dans le contexte actuel. Il a même plaidé pour une suppression complète de ces objectifs.
Le véritable problème est que l’industrie automobile allemande a tardé à investir dans les technologies des véhicules électriques, laissant à Tesla et aux entreprises chinoises, soutenues par d’importantes subventions publiques, le soin de développer l’expertise et la réputation nécessaires.
Bien que certains médias allemands soutiennent l’industrie automobile, cette indulgence ne lui sera d’aucune aide. Le secteur automobile allemand emploie environ 770 000 personnes (hors fournisseurs). L’argument selon lequel la réglementation entraînerait des pertes d’emplois est souvent avancé, mais les constructeurs automobiles licencient déjà : 50 000 emplois ont disparu l’année dernière, plus que dans tout autre secteur en Allemagne. Continuer à produire des modèles à moteur à combustion ne ferait qu’aggraver les pertes d’emplois à long terme. Les familles actionnaires de Volkswagen et BMW, parmi les plus riches d’Allemagne, sont avant tout motivées par le profit.
Le poids de l’industrie automobile dans l’économie et l’identité nationale allemande lui confère une influence disproportionnée. Quelques jours avant la réunion de Bruxelles, le chancelier Friedrich Merz s’est présenté à l’exposition internationale automobile de Munich, où il a promis aux dirigeants de l’industrie qu’il les entendait : « Nous ne voulons pas de restriction à une seule solution, nous voulons la concurrence des meilleures idées et des meilleures technologies. » Mais cette position risque de compromettre la transition nécessaire à l’avenir de l’industrie.
La présidente von der Leyen a déclaré lors de son discours sur l’état de l’Union, deux jours avant la rencontre avec les constructeurs automobiles :
« L’avenir est électrique. »
Ursula von der Leyen, Présidente de la Commission européenne
Ce n’est pas qu’un simple slogan. En août 2025, les immatriculations de nouveaux véhicules électriques en Allemagne ont augmenté de 46 % en glissement annuel. L’industrie n’est pas unanime sur cette question. Le jour même du discours de Merz, une lettre ouverte signée par 150 entreprises du secteur des véhicules électriques appelait le président de la Commission à « tenir bon » sur l’interdiction de 2035 des nouveaux moteurs à combustion. Gernot Döllner, PDG d’Audi, a qualifié de « contre-productive » toute remise en question de cette interdiction.
La Commission européenne a déjà fait preuve de souplesse en assouplissant ses règles sur la proportion de véhicules neutres en carbone dans les nouvelles flottes, accordant aux constructeurs un délai supplémentaire de deux ans pour atteindre leurs objectifs. Cela a permis à de nombreuses entreprises d’éviter des amendes importantes, à l’exception de Mercedes-Benz, qui semble être le seul constructeur de l’UE susceptible de ne pas atteindre ses objectifs d’émissions.
Le scandale des émissions diesel de 2015, dans lequel des entreprises comme Volkswagen ont manipulé des logiciels pour rendre leurs voitures plus propres en laboratoire, a révélé le comportement de l’industrie. Malgré la tromperie et les dommages causés à la réputation du « Made in Germany », l’industrie n’a pas subi de conséquences majeures et continue de bénéficier de subventions publiques massives pour la recherche, notamment dans le domaine des voitures autonomes (BMW a reçu au moins 36 millions d’euros d’aides en 2024).
Il est essentiel de maintenir le cap sur le plan de 2035 et d’accélérer la transition vers des technologies plus propres, d’autant plus dans le contexte actuel de recul des politiques environnementales. Les citoyens et les entreprises ont besoin de stabilité et de prévisibilité, ce qui ne peut être garanti que par une reconnaissance de l’urgence de la modernisation.
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