Publié le 05 octobre 2025, 20:11. Les accords de Locarno, conclus en 1925 dans le but d’apaiser les tensions en Europe après la Première Guerre mondiale, offrent aujourd’hui des leçons précieuses sur la nécessité pour l’Europe de prendre en main sa propre sécurité, face aux incertitudes géopolitiques actuelles, notamment la guerre en Ukraine.
- Les accords de Locarno, signés en 1925, ont permis de stabiliser temporairement l’Europe en garantissant les frontières occidentales de l’Allemagne.
- L’expérience de Locarno souligne l’importance pour l’Europe de ne pas dépendre uniquement des États-Unis pour sa sécurité.
- L’exclusion des frontières orientales de l’Allemagne de l’accord de Locarno est considérée comme une erreur qui a contribué à l’échec de la paix à long terme.
Dans les manuels d’histoire, c’est le traité de Versailles, signé en 1919, qui est généralement présenté comme l’acte marquant la fin de la Première Guerre mondiale. Ce traité avait imposé à l’Allemagne l’entière responsabilité du conflit le plus meurtrier de l’histoire. Pourtant, de nombreux historiens estiment que l’accord réellement décisif n’a été conclu que six ans plus tard, avec les accords de Locarno.
Après dix jours de négociations intenses, l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni, l’Italie et la Belgique se sont engagées à résoudre leurs différends par la voie pacifique, en recourant à la force uniquement en cas de légitime défense. Cet accord a été salué comme une avancée diplomatique majeure.
« Il s’agissait de l’accord le plus fondamental pour la stabilisation de l’Europe après la Première Guerre mondiale », analyse Sacha Zala, directrice des documents diplomatiques du Centre de recherche en Suisse (DODIS). Les accords de Locarno ont confirmé les frontières entre l’Allemagne et la France, ainsi qu’entre l’Allemagne et la Belgique, et ont réaffirmé le statut démilitarisé de la Rhénanie, tel que défini à Versailles. L’importance de ces accords a été reconnue par l’attribution du prix Nobel de la paix aux principaux négociateurs : les ministres des Affaires étrangères de France, d’Allemagne et du Royaume-Uni.
L’Europe a agi, les États-Unis se sont éloignés
Cette période de réconciliation fut cependant de courte durée. En 1936, le chancelier allemand Adolf Hitler a violé l’accord en envoyant des troupes en Rhénanie. La Seconde Guerre mondiale n’a éclaté que trois ans plus tard.
Aujourd’hui, à l’occasion du centenaire des accords de Locarno et dans le contexte de l’invasion russe de l’Ukraine, les experts s’accordent à dire que cet épisode historique recèle des enseignements précieux pour rétablir la paix sur le continent.
L’un de ces enseignements est que l’Europe ne peut pas compter sur les États-Unis pour assurer sa sécurité. Après avoir combattu aux côtés de la Grande-Bretagne et de la France pendant la Première Guerre mondiale, les États-Unis ont refusé de ratifier le traité de Versailles et de rejoindre la Société des Nations.
Tout en adoptant une politique isolationniste à l’époque, les États-Unis sont restés en dehors des négociations de Locarno. Sacha Zala souligne à cet égard : « La leçon [pour] l’Europe est qu’elle doit prendre sa sécurité en main. »
Aucun point de friction n’a été exclu
Les accords de Locarno présentent également des enseignements sur les erreurs à éviter. L’un des principaux défauts de l’accord résidait dans son silence concernant les frontières orientales de l’Allemagne, en particulier avec la Pologne et la Tchécoslovaquie. Cette omission a laissé l’Europe de l’Est en dehors du champ de l’accord de sécurité régional, ce qu’Hitler a rapidement exploité à partir de 1938.
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Près d’un siècle plus tard, l’attaque à grande échelle de la Russie contre l’Ukraine en 2022 a servi de réveil brutal pour l’Europe, bien que tardif. Aujourd’hui, les pays européens s’efforcent de constituer une « coalition de volontés » pour soutenir l’Ukraine et de compenser les retards répétés dans la livraison d’une aide militaire américaine.
Un moment de stabilité en Europe : les négociateurs le 5 octobre 1925 à la conférence de Locarno.
Keystone / Photopress-Archiv / Str
La Suisse a accueilli les négociations de Locarno, mais n’y a pas participé en tant que pays neutre. Néanmoins, Sacha Zala est convaincue que les accords ont eu un impact positif sur la Suisse. « La paix en Europe et la stabilité des pays voisins sont les meilleurs atouts pour le développement de son économie », souligne l’historienne.
