Publié le 8 janvier 2024 à 21h44. Les récentes déclarations du président américain Donald Trump concernant le Groenland, territoire autonome du Danemark, suscitent de vives inquiétudes au sein de l’OTAN et de l’Union européenne, ravivant les doutes sur la fiabilité de l’allié américain et la solidité de l’alliance transatlantique.
- Les propos de Donald Trump sur la possibilité de racheter le Groenland ont mis en lumière un manque de préparation de l’OTAN face à des menaces imprévisibles émanant de ses propres membres.
- Plusieurs pays européens envisagent des mesures de soutien au Danemark, allant de déclarations politiques fermes à un possible déploiement de troupes au Groenland.
- L’Union européenne pourrait suspendre des négociations commerciales avec les États-Unis en guise de réponse à la pression exercée sur Copenhague.
La crédibilité de l’OTAN est mise à rude épreuve. L’alliance militaire, conçue pour faire face à des menaces extérieures, se retrouve confrontée à un défi inédit : la possibilité qu’un de ses membres remette en question la souveraineté d’un allié. Selon Patrik Oksanen, chercheur principal au Stockholm Free World Forum,
« Le simple fait que nous ayons ce débat est une grande victoire pour Poutine. »
Patrik Oksanen, chercheur principal au Stockholm Free World Forum
Cette situation intervient après des tensions similaires concernant le Venezuela, où l’administration Trump avait également adopté une posture contestable en matière de souveraineté.
L’idée d’acquérir le Groenland, évoquée par Donald Trump, a été qualifiée d’« absurde » par de nombreux observateurs. Stephen Miller, conseiller du président américain, avait même remis en question la légitimité de la souveraineté danoise sur le territoire, suscitant l’indignation à Copenhague. La Première ministre danoise, Mette Frederiksen, a averti que toute attaque militaire américaine contre un pays de l’OTAN mettrait en péril l’ensemble de l’alliance et la sécurité établie depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Face à cette situation, plusieurs solutions sont envisagées. Certains proposent un déploiement de troupes européennes au Groenland pour signaler à Washington que les alliés européens prennent la défense du Danemark au sérieux. Steven Everts, directeur de l’Institut d’études de sécurité de l’Union européenne, estime qu’il est crucial de prendre des mesures fermes pour défendre les intérêts européens, sans pour autant entrer en conflit avec les États-Unis.
« Cela ne changera que si nous prenons des mesures fortes pour maintenir notre position, et non de manière agressive – nous n’allons pas combattre l’armée américaine pour le Groenland si cela se produit – mais nous devons être très, très clairs sur la façon dont nous envisageons l’avenir du Groenland et l’avenir de l’alliance. »
Steven Everts, directeur de l’Institut d’études de sécurité de l’Union européenne
L’Union européenne pourrait également exercer une pression économique sur les États-Unis en suspendant l’approbation d’un accord commercial transatlantique jugé favorable à Washington. Per Clausen, député européen, a envoyé une lettre à ses collègues proposant cette mesure, estimant que récompenser les actions de Trump ne ferait qu’alimenter la crise.
« Si nous acceptons cet accord alors que Trump menace l’ordre international et formule des revendications territoriales directes contre le Danemark, il considérera que nous récompensons ses actions et que nous ne ferons qu’alimenter le feu. »
Per Clausen, député européen
Anders Vistisen, député danois au Parlement européen, appelle à une communication ferme et sans ambiguïté.
« Nous devons répondre très fermement et dire à l’administration américaine et au président Trump : ‘Non, vous n’aurez aucun droit sur le Groenland, vous n’allez pas nous convaincre, nous faire pression ou nous intimider pour que nous fassions autrement.’ »
Anders Vistisen, député danois au Parlement européen
Lors d’une réunion à Paris le 6 janvier, les dirigeants de l’Allemagne, de l’Italie, de la Pologne, de l’Espagne et du Royaume-Uni se sont joints à la Première ministre danoise pour réaffirmer que seules le Danemark et le Groenland devraient décider des questions qui les concernent. Cette déclaration, faite juste avant une rencontre avec des émissaires américains, souligne le sérieux avec lequel les dirigeants européens prennent cette menace. Patrik Oksanen met en garde : si les États-Unis l’emportent au Groenland, cela signifierait « la fin des temps tels que nous les connaissons ».
(tm/ms)
À lire aussi
