Publié le 16 décembre 2025 à 12h34. L’Union européenne s’apprête à assouplir son interdiction de vente de voitures neuves à essence ou diesel à partir de 2035, une décision motivée par les difficultés rencontrées par les constructeurs automobiles européens face à la concurrence internationale.
- L’UE va revoir son objectif de réduction des émissions de CO₂ pour les constructeurs automobiles, le fixant désormais à 90 % d’ici 2035.
- Cette mesure vise à répondre aux demandes de pays comme l’Allemagne, l’Italie et la Pologne, qui plaident pour une approche plus flexible en matière de technologies automobiles.
- La Commission européenne prévoit également des mesures de soutien au secteur des batteries pour voitures électriques et un plan pour encourager l’adoption de véhicules professionnels plus écologiques.
Face à la concurrence accrue de la Chine et aux tensions commerciales avec les États-Unis, l’Union européenne semble revoir en profondeur sa politique environnementale, en privilégiant désormais le soutien à l’industrie automobile. Cette volte-face intervient alors que le secteur automobile européen est confronté à une baisse des ventes et à la montée en puissance de constructeurs chinois proposant des modèles électriques à des prix compétitifs.
Le vice-président de la Commission européenne, Stéphane Séjourné, avait déjà alerté en mars sur la situation critique de l’industrie automobile européenne, la qualifiant de « en danger de mort ». Il présentera ce mardi à Strasbourg, avec d’autres membres de l’exécutif européen, les mesures de soutien destinées à relancer le secteur.
La nouvelle approche de l’UE s’articule autour du concept de « neutralité technologique », qui permettrait de maintenir les moteurs thermiques après 2035, à condition qu’ils soient équipés de technologies permettant de réduire significativement les émissions de CO₂. Parmi ces technologies figurent les hybrides rechargeables, les véhicules électriques équipés de prolongateurs d’autonomie, ainsi que les biocarburants et les carburants de synthèse.
Selon l’eurodéputé allemand Manfred Weber, leader du Parti Populaire Européen (PPE), cette flexibilité permettra à l’UE de « combattre le populisme ». Il a confirmé que la Commission fixera un nouvel objectif aux constructeurs, celui de réduire les émissions de CO₂ de leurs flottes de 90 % d’ici 2035.
Toutefois, cette décision suscite des réactions divergentes au sein de l’UE. La France et l’Espagne, par exemple, insistent pour que l’Union européenne s’écarte le moins possible de l’objectif initial de 2035, craignant que le report de l’interdiction des véhicules à moteur thermique ne compromette les investissements massifs réalisés par les constructeurs dans le développement de véhicules 100 % électriques.
« Lever l’interdiction des véhicules à moteur thermique mettrait à mal les investissements considérables des constructeurs pour passer aux véhicules 100% électriques. Cela pourrait également étouffer le secteur européen des batteries pour voitures électriques, en pleine expansion. »
Manfred Weber, eurodéputé allemand, leader du PPE
La Commission européenne prévoit également d’annoncer de nouvelles mesures pour soutenir le secteur des batteries et un plan pour rendre les flottes professionnelles plus « vertes ». Elle souhaite également encourager le développement de petits véhicules électriques à des prix « abordables », un projet annoncé en septembre par Ursula von der Leyen afin de ne pas laisser la Chine et d’autres conquérir ce marché.
Sigrid de Vries, directrice de l’Association des constructeurs européens d’automobiles (ACEA), a souligné l’importance de ces mesures pour maintenir la compétitivité du secteur :
« Nos revendications ne sont pas des souhaits facultatifs, ce sont des revendications essentielles pour maintenir la rentabilité du secteur, préserver l’emploi, financer la décarbonation et rester compétitif face à une concurrence mondiale féroce. »
Sigrid de Vries, directrice de l’ACEA
L’ONG environnementale Transport & Environnement (T&E) met en garde, quant à elle, contre les risques d’un ralentissement de l’électrification du secteur, qu’elle considère comme une « erreur stratégique » qui creuserait l’écart entre l’Europe et ses concurrents asiatiques.
« Si les constructeurs obtiennent des concessions, j’espère qu’ils cesseront au moins de polluer le débat »
William Todts, directeur de T&E
