Publié le 12 décembre 2025 à 18h40. Face à l’obstruction hongroise concernant les sanctions contre la Russie, les États membres de l’Union européenne ont adopté un mécanisme d’urgence pour débloquer les fonds russes gelés et les utiliser pour aider financièrement l’Ukraine.
- L’UE a approuvé l’utilisation de pouvoirs d’urgence pour contourner le droit de veto de la Hongrie sur les sanctions contre la Russie.
- Un plan controversé vise à mobiliser jusqu’à 200 milliards d’euros d’actifs russes gelés en Europe pour financer un prêt à l’Ukraine.
- Cette décision intervient alors que l’Ukraine pourrait rejoindre l’UE d’ici 2027, selon des propositions de négociations de paix.
Les États membres de l’Union européenne ont trouvé un accord pour contourner l’opposition du Premier ministre hongrois Viktor Orban, qui bloquait régulièrement le renouvellement des sanctions économiques à l’encontre de la Russie. Ce mécanisme d’urgence permettra d’adopter ces sanctions avec une majorité qualifiée des États membres, plutôt qu’à l’unanimité, mettant fin à un chantage diplomatique devenu récurrent.
Le régime de sanctions de l’UE contre la Russie, régulièrement renouvelé tous les six mois, était systématiquement menacé par Budapest. Viktor Orban, connu pour ses liens étroits avec Moscou, exigeait à chaque fois des concessions en échange de son accord, créant des tensions vives au sein de l’UE. Selon un diplomate européen, « Je pense que c’est une bonne chose que nous ayons trouvé un moyen légal de mettre un terme à ce brouhaha semestriel. »
Cette avancée est cruciale pour la mise en œuvre d’un projet ambitieux : utiliser les avoirs russes gelés en Europe – estimée à 200 milliards d’euros – pour financer un prêt de 90 milliards d’euros à l’Ukraine. Ces fonds, bloqués notamment chez Euroclear, un dépositaire de titres belge, suite à l’invasion de l’Ukraine en 2022, pourraient ainsi contribuer à soutenir l’effort de guerre ukrainien.
L’idée de saisir ces actifs russes a suscité l’indignation de Moscou, qui ne les récupérera qu’à condition d’indemniser l’Ukraine pour les dommages causés par le conflit. Cependant, cette proposition se heurte à des réticences, notamment en Belgique, qui craint des représailles russes et des poursuites judiciaires. Le gouvernement belge redoute également que ce plan n’inquiète d’autres pays et entités ayant des actifs financiers investis sur son territoire.
Les négociations se poursuivent pour convaincre la Belgique d’adhérer au plan de prêt, une décision attendue lors du prochain sommet européen à Bruxelles. Parallèlement, la banque centrale russe a intenté une action en justice à Moscou contre Euroclear pour contester le gel de ses avoirs, selon le Financial Times.
L’UE craint une pénurie de financement pour l’Ukraine dans les mois à venir. Ce prêt permettrait de stabiliser les finances ukrainiennes pour au moins deux ans. En parallèle, des discussions sont en cours concernant une possible adhésion de l’Ukraine à l’UE d’ici 2027, dans le cadre de négociations de paix menées sous l’égide des États-Unis. Un diplomate européen a toutefois tempéré cet optimisme, estimant qu’une telle adhésion serait « extrêmement difficile » à réaliser dans ce délai.
Viktor Orban a dénoncé ce contournement de l’unanimité comme une violation « illégale » des règles de la politique étrangère européenne. Le Premier ministre slovaque Robert Fico a également exprimé son opposition à toute aide financière à l’Ukraine, affirmant que l’utilisation des actifs russes pourrait compromettre les efforts de paix en cours.
L’approbation de ce prêt nécessitera le soutien d’une large majorité des dirigeants européens, et l’accord de la Belgique reste essentiel à sa concrétisation.
Le Financial Times a également rapporté que l’Ukraine pourrait rejoindre l’UE d’ici le 1er janvier 2027, dans le cadre de propositions discutées dans le cadre de négociations menées sous l’égide des États-Unis pour mettre fin à la guerre.
Les négociations sur l’adhésion à l’UE, un objectif de longue date de Kiev alors qu’elle cherche à s’éloigner de l’orbite de Moscou, prennent généralement de nombreuses années.
Un diplomate européen informé du projet a déclaré que l’adhésion de l’Ukraine serait « extrêmement difficile » à réaliser d’ici 2027 et qu’il n’était pas clair si les dirigeants de l’UE soutenaient ce projet.
Plusieurs autres responsables et diplomates européens ont déclaré que la date cible était « absolument impossible ». – Reportages supplémentaires Reuters
