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Miami élit son maire au second tour transformé en plébiscite sur Trump

by Nicolas Lefèvre

Publié le 8 décembre 2025 à 13h44. Le second tour des élections municipales de Miami, officiellement non partisan, s’annonce comme un test majeur pour l’influence de Donald Trump au sein de l’électorat latino, à un an des élections de mi-mandat.

  • La commissaire du comté de Miami-Dade, Eileen Higgins, et l’ancien sous-secrétaire à la Sécurité intérieure, Emilio González, s’affrontent pour le poste de maire.
  • L’intervention de Donald Trump en faveur de González a transformé cette élection locale en un enjeu national.
  • La participation électorale a augmenté de plus de 35 % au premier tour, signe d’un intérêt renouvelé pour la politique locale.

L’élection à la mairie de Miami, qui se déroulera ce mardi, dépasse le cadre d’une simple compétition locale. Elle constitue un baromètre de l’influence de l’ancien président Donald Trump auprès de la communauté latino-américaine, un groupe démographique clé en Floride et à l’échelle nationale. Le scrutin est également perçu comme un prélude aux élections de mi-mandat de 2026.

Eileen Higgins, commissaire du comté de Miami-Dade, est arrivée en tête au premier tour avec 36 % des voix. Sa campagne met l’accent sur une gestion axée sur les services publics et l’équité sociale. Son adversaire, Emilio González, ancien sous-secrétaire du Département de la Sécurité intérieure sous l’administration George W. Bush, a obtenu 19,5 % des voix et promet une gestion budgétaire rigoureuse et l’attraction d’investissements.

Selon le politologue Eduardo Gamarra, directeur du Forum d’opinion publique latino de l’Université internationale de Floride (FIU), l’élection, bien que présentée comme non partisane, est fortement polarisée. Il souligne que González est un fervent partisan de Trump, qui l’a publiquement soutenu.

« Il ne s’agit pas d’une élection d’appartenance à un parti, mais c’est le plus grand mythe. Dans le cas particulier de González, il est un trumpiste à tel point que le président lui-même l’a soutenu. Il n’est pas courant qu’un président s’immisce dans de telles affaires locales. »

Eduardo Gamarra, directeur du Forum d’opinion publique latino de l’Université internationale de Floride (FIU)

Il ajoute que les comités nationaux des partis démocrate et républicain ont mobilisé des ressources pour cette campagne.

Le soutien de Donald Trump à González, né à La Havane, a été mis en avant par l’ancien président lui-même. Il a souligné que González a « consacré toute sa vie au service de sa communauté » en tant qu’« homme d’affaires prospère, leader civique, ancien directeur général de l’aéroport international de Miami et ancien directeur de la ville de Miami et chef administratif de la ville de Miami ».

La participation électorale a connu une augmentation significative au premier tour, dépassant de 35 % le scrutin de 2021, bien qu’elle n’ait pas atteint les 40 000 voix, soit près de 20 % du total des électeurs inscrits. Gamarra explique que cette hausse témoigne d’un intérêt accru pour cette élection, traditionnellement marquée par une faible participation.

Plusieurs facteurs expliquent cette mobilisation, selon Sebastián Arcos, directeur par intérim de l’Institut de recherche cubain de la CRF.

« Les partis envisagent des élections relativement restreintes, qui n’auraient pas été pertinentes à un autre moment, comme un moyen de tester leur capacité à bloquer le chemin de l’autre. »

Sebastián Arcos, directeur par intérim de l’Institut de recherche cubain de la CRF

Il souligne également l’importance du contexte local.

Le premier tour a déjà éliminé des figures historiques de la politique locale, comme les anciens maires Joe Carollo et Xavier Suarez, père du maire sortant Francis Suarez, qui ne peut pas se représenter. Miami a été secouée par une série de scandales impliquant des élus, ce qui a contribué à une certaine lassitude et à un désir de changement, selon Arcos.

« Il y a un intérêt public à mettre fin à une image et une réalité de conflit et de corruption, et un épuisement avec les noms habituels. »

Sebastián Arcos, directeur par intérim de l’Institut de recherche cubain de la CRF

Avec 70 % de sa population d’origine latino-américaine, selon les données du US Census Bureau, Miami est un terrain fertile pour les enjeux liés à l’immigration et aux services publics. Parmi les électeurs inscrits, les démocrates (61 000) sont légèrement plus nombreux que les républicains (53 000), mais un nombre important d’indépendants (55 000) pourrait jouer un rôle décisif, selon les données du département des élections de Miami-Dade.

Le vote latino est loin d’être monolithique, regroupant divers sous-groupes de communautés arrivées à des moments différents et ayant des priorités parfois divergentes. La sécurité, les impôts et l’accessibilité au logement sont également des préoccupations majeures.

Gamarra estime qu’une victoire de Higgins impliquerait une coalition entre les Afro-Américains, les Blancs et d’autres groupes traditionnellement non républicains, qui « ressentent l’impact » des politiques d’immigration de Trump.

« L’ancienne coalition démocrate semble réapparaître. S’ils sont disciplinés, ils pourraient leur donner la victoire. »

Eduardo Gamarra, directeur du Forum d’opinion publique latino de l’Université internationale de Floride (FIU)

González, quant à lui, mise sur le vote hispanique, en particulier le vote cubain, pour renverser le résultat du premier tour. Gamarra explique qu’il met en avant la crainte du communisme et critique les positions de certains candidats démocrates, notamment une récente rencontre entre Donald Trump et le maire de New York. Il souligne que de nombreux Cubains et Vénézuéliens à Miami soutiennent la politique d’immigration restrictive de Washington.

Arcos met en garde contre une tendance observée lors des dernières élections : la forte participation de la diaspora cubaine.

« Le vote cubain est très actif. Traditionnellement, ils vont voter en grand nombre et je ne pense pas que (mardi) fera exception. »

Sebastián Arcos, directeur par intérim de l’Institut de recherche cubain de la CRF

Il estime que la candidature de González devrait encourager cette participation.

Le comté de Miami-Dade, autrefois bastion démocrate, est devenu « fondamentalement républicain », selon Arcos. En 2024, Donald Trump a remporté ce comté face à Kamala Harris avec une marge de 13 points.

L’engagement direct de Trump en faveur de González a des conséquences claires : il mobilise la base républicaine locale et attire des fonds de campagne d’autres États, mais risque également d’aliéner les électeurs modérés. Gamarra résume la situation en affirmant que l’élection est devenue « un référendum sur Trump ».

Arcos partage ce point de vue, estimant que le vote est en partie un plébiscite sur la gestion du président.

« C’est l’une des raisons pour lesquelles les démocrates sont déterminés à gagner : cela représenterait une défaite pour le président. »

Sebastián Arcos, directeur par intérim de l’Institut de recherche cubain de la CRF

Cette élection intervient à un moment où la popularité de Trump auprès des Américains est au plus bas depuis le début de son deuxième mandat, une tendance qui se reflète également dans la communauté latino-américaine, préoccupée par la politique migratoire de l’administration, marquée par des expulsions massives et la perte de protections, ainsi que par une rhétorique de plus en plus agressive.

Selon un rapport du Pew Research Center basé sur deux enquêtes menées en novembre, 70 % des Latinos désapprouvent la gestion de la présidence par Trump, 65 % sa politique d’immigration et 61 % estiment que ses mesures économiques ont aggravé leur situation financière.

Arcos reconnaît que ces chiffres ne sont pas nécessairement représentatifs de la Floride, et estime que l’impact sur la communauté cubaine pourrait être moindre.

« De manière informelle, il n’y a aucun indicateur d’une baisse significative de la popularité. Le soutien à Trump est si grand que, même s’il y avait une baisse, je ne pense pas que cela aura une influence décisive. »

Sebastián Arcos, directeur par intérim de l’Institut de recherche cubain de la CRF

Gamarra n’exclut pas un scénario qui pourrait changer la donne avant le vote : une intervention militaire au Venezuela, d’où provient également un nombre important d’électeurs à Miami.

« Le soutien de Trump pourrait être très néfaste, mais Trump pourrait bombarder le Venezuela… Beaucoup ici pensent qu’il va libérer le pays. »

Eduardo Gamarra, directeur du Forum d’opinion publique latino de l’Université internationale de Floride (FIU)

Il cite le député républicain Juan Carlos Porras, qui a déclaré sur X : « Si le président Donald Trump libère le Venezuela, les républicains gagneront Miami-Dade et la Floride pendant encore dix ans. »

Au-delà des enjeux politiques, l’intérêt de Trump pour la région est également lié à ses propres affaires. Son club privé, Mar-a-Lago, se trouve à quelques kilomètres de là. De plus, la bibliothèque officielle du président Trump sera construite au centre-ville de Miami, après que l’université publique Miami Dade College ait approuvé début décembre la cession de terrains d’une valeur de plus de 300 millions de dollars pour ce projet.

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