Alors que le Mondial de l’Auto ouvre ses portes à Paris dans un climat morose marqué par la menace de suppressions d’emplois géantes chez Volkswagen et des difficultés d’approvisionnement en batteries, l’industrie automobile européenne tente de riposter face à une offensive chinoise agressive sur le marché des véhicules électriques et hybrides.
Le secteur automobile européen fait face à une onde de choc industrielle d’une ampleur inédite. En Allemagne, le géant de Wolfsburg anticipe la suppression de cent mille emplois d’ici à 2030, tandis que quatre usines menacent de fermer leurs portes. La crise se traduit également par plus de 500 000 voitures de capacités excédentaires sur le continent, selon les données de la filière.
La situation ne se limite pas aux frontières allemandes. Mercedes brandit la menace de fermer deux sites sur son territoire national. En France, les répercussions se font déjà sentir de manière concrète : fin septembre, Stellantis a placé quatre usines françaises au chômage partiel, pénalisé notamment par des tensions d’approvisionnement en batteries auprès de son fournisseur ACC.
La pression des constructeurs chinois au Mondial de Paris
C’est dans ce contexte sous haute tension que s’ouvre le Mondial de l’Auto à Paris. Sur un total de 49 stands présents Porte de Versailles, 21 sont occupés par des marques chinoises. La progression commerciale est fulgurante : en 2025, plus d’un million de véhicules fabriqués en Chine ont été importés dans l’Union européenne, représentant 7 % du marché global et une voiture électrique sur cinq. En septembre dernier, leur part de marché dans les ventes a bondi à 12 %.
L’avance des industriels asiatiques ne se résume pas à des prix plus agressifs. Christophe Aufrère, directeur général de la plateforme filière automobile (PFA) représentant l’industrie française, met en garde contre la vitesse de cette domination : Il faut que l’Europe se protège rapidement de cette offensive, sinon il sera trop tard
, prévient-il, soulignant que les fabricants chinois possèdent une longueur d’avance sur l’ensemble de la chaîne de valeur, des matériaux de base jusqu’aux technologies logicielles et aux batteries.
Les constructeurs chinois sont en avance sur toute la chaîne de valeur des batteries électriques, des matériaux à la technologie.
Christophe Aufrère, directeur général de la plateforme filière automobile (PFA)
La riposte industrielle et politique de l’Union européenne
Face à ce rapport de force défavorable, les constructeurs et les gouvernements européens organisent leur contre-offensive. Le président de la République mène des discussions directes avec le chancelier allemand Friedrich Merz afin d’établir une réglementation protectrice pour préserver l’industrie européenne face à l’avancée des véhicules électriques et hybrides importés. La France plaide activement pour le renforcement d’une production estampillée made in Europe
pour sauvegarder les emplois industriels.
Du côté de Bruxelles, un changement de doctrine s’esquisse. Le projet porté par Stéphane Séjourné vise à conditionner l’attribution de certaines aides publiques à un seuil élevé de composants fabriqués directement en Europe. Une exigence de bon sens selon Christophe Périllat, patron de Valeo, qui rappelle dans une interview accordée à la presse économique que les autres grandes puissances mondiales imposent déjà une fabrication largement locale pour tout véhicule vendu sur leur sol.
Alliances stratégiques et nouveaux modèles abordables
Pour combler leur retard, les constructeurs traditionnels multiplient les partenariats d’envergure. Renault a scellé une alliance avec Geely, tandis que Stellantis s’est rapproché de Leapmotor. Dacia prépare de son côté le retour en Europe de la production de sa citadine Spring, assemblée jusqu’alors en Chine. Ces mouvements démontrent qu’aucun acteur européen ne pourra redresser la barre en solitaire.
Sur les parcs d’exposition parisiens, la parade funèbre cède la place à des propositions concrètes. Plusieurs fabricants dévoilent des véhicules électriques plus accessibles, s’inspirant parfois de silhouettes populaires d’hier, à l’image de la 2CV de Citroën. Le groupe Renault ambitionne par ailleurs d’injecter plus de 10 milliards d’euros en France au cours des cinq prochaines années dans les véhicules électriques, sous réserve d’un maintien de la stabilité politique et sociale. La bataille s’annonce rude, mais l’Europe tente de réarmer son appareil productif pour ne pas rater le virage de la voiture électrique de masse.