L’école de l’Institut En-Nour, située dans la plaine du Var à Nice-Ouest, va rouvrir ses portes ce week-end, après une interruption soudaine des cours en juin dernier. Cette reprise intervient dans un contexte de tensions internes à l’association et d’une enquête demandée par la mairie sur la compatibilité du projet avec les valeurs républicaines.
Les tests d’évaluation des élèves sont prévus dès samedi, en vue d’une rentrée officielle le week-end suivant. L’Institut En-Nour dispensait jusqu’en juin des cours d’arabe et de Coran, attirant entre 400 et 500 élèves, moyennant des frais d’inscription annuels d’environ 300 euros.
L’arrêt brutal des cours avait suscité des inquiétudes chez les élèves. « Le fait que ça s’arrête d’un coup, c’est dommage », confie Manon, 16 ans, une élève régulière. « Pour ceux qui ne peuvent pas forcément aller en ville, ça pose un problème. »
Quelques semaines après la suspension des activités à Nice Ouest, deux proches de l’imam Mahmoud Benzamia, membres du conseil d’administration d’En-Nour, ont créé une nouvelle structure : l’Institut linguistique Victor-Hugo (ILVH). Selon les statuts déposés en préfecture le 30 juin, cette association a pour objectif de développer l’enseignement des langues et des cultures, et envisage de louer le Mas des Cigales, dans le Parc-Impérial, pour y installer une école.
Un cadre de l’association a reconnu qu’il pourrait s’agir d’une tentative de certains membres du bureau de transférer les activités scolaires sur un nouveau site de manière unilatérale. Me Ouassini Mebarek, avocat au barreau de Nice, membre du conseil d’administration d’En-Nour et coprésident de l’ILVH, a cependant démenti tout lien avec une école coranique. « C’est un projet différent qui n’a rien à voir avec l’Institut. Il s’agit d’un centre linguistique. Deux entités juridiques indépendantes, l’une n’est pas la filiale de l’autre », a-t-il affirmé.
Le maire de Nice, Christian Estrosi, s’est opposé à ce projet. Dans un message publié le 25 septembre sur X, il a annoncé avoir saisi le préfet et demandé « une enquête en profondeur sur la compatibilité avec les valeurs républicaines et la moralité des dirigeants ». La préfecture a confirmé avoir bien reçu la saisine.
Parallèlement à ces tensions, des anomalies comptables ont été mises au jour. Adil Echaoui, actuel président bénévole de l’Institut En-Nour, a d’abord été trésorier. Il affirme avoir constaté des irrégularités dans la gestion financière de l’imam Benzamia. Selon lui, aucun versement en espèces n’aurait été effectué sur le compte de l’association entre fin 2022 et mai 2025. Lors d’une réunion de crise, l’imam aurait reconnu l’existence d’une « caisse » contenant 40 000 euros. Face à la pression, il aurait ensuite présenté un sac contenant 126 000 euros en liquide, comptabilisés devant huissier en août.
« Je me suis heurté à beaucoup d’opacité », explique Adil Echaoui. « On m’a même demandé de démissionner. »
Malgré ces difficultés, Adil Echaoui assure vouloir « tourner la page ». Il annonce la réouverture des cours à En-Nour dès ce samedi. « Nous organisons les tests de niveau ce week-end. La rentrée aura lieu la semaine prochaine, dans les locaux actuels, avec une nouvelle équipe pédagogique », a-t-il déclaré. Il envisage également d’assigner l’imam en justice et souhaite la nomination d’un administrateur judiciaire pour clarifier la situation financière de l’association.
