Publié le 16 novembre 2023 16:56:00. Des accusations de manipulation d’images à la BBC et des prises de position partisanes de RTÉ soulèvent des questions sur l’impartialité des médias publics, autrefois garants d’une information fiable et équilibrée.
- La BBC a été accusée d’avoir falsifié un extrait d’une interview de Donald Trump pour suggérer un soutien à l’assaut du Capitole.
- RTÉ, le service public de radiodiffusion irlandais, a affiché publiquement son soutien à certains politiciens, notamment via ses réseaux sociaux.
- L’auteur remet en question la possibilité même d’une information objective provenant de sources financées par l’État et propose un boycott de RTÉ.
La crédibilité des médias publics, autrefois synonyme de rigueur et d’objectivité, est aujourd’hui sérieusement compromise. Récemment, deux exemples frappants, l’un en Grande-Bretagne et l’autre en Irlande, illustrent cette dérive inquiétante. Le concept d’une information financée par l’État, bien que non universel, impliquait traditionnellement un certain niveau de dignité et de respect. Des organismes comme la BBC et RTÉ étaient considérés comme des piliers de l’information, prenant au sérieux leur devoir de fournir un contenu impartial.
Le scandale le plus récent concerne la BBC. Le quotidien The Telegraph a révélé qu’un documentaire sur l’ancien président américain Donald Trump avait été manipulé. Un extrait de son discours du 6 janvier 2021, prononcé lors de l’assaut du Capitole, avait été tronqué pour donner l’impression qu’il encourageait la violence. Le clip original montrait Trump disant : « Nous allons descendre jusqu’au Capitole… et je serai là avec vous. Et nous nous battons. Nous nous battons comme un enfer ». L’enquête du Telegraph a démontré que le clip avait été assemblé de manière artificielle, en supprimant une partie cruciale de la phrase. En réalité, Trump avait déclaré : « Nous allons descendre au Capitole et nous allons encourager nos courageux sénateurs, membres du Congrès ». Cette manipulation flagrante a provoqué une onde de choc internationale, conduisant à la démission de plusieurs responsables de la BBC et à la menace de poursuites judiciaires d’un milliard de dollars de la part de Donald Trump.
Si le tollé suscité par cette affaire n’a pas atteint la même ampleur en Irlande, RTÉ n’en a pas moins fait preuve d’un manque d’impartialité troublant. Le 7 novembre dernier, l’émission The Late Late Show a publié sur X (anciennement Twitter) un message enthousiaste : « Holly Cairns est dans le bâtiment », accompagné d’un emoji de célébration et d’une photo de la leader du parti social-démocrate avec l’animateur Patrick Kielty. RTÉ One a ensuite tweeté : « Nous ne pleurons pas, vous l’êtes », avec un extrait de l’investiture de Catherine Connolly à la présidence, suivi d’un autre message : « Catherine Connolly, notre nouvelle présidente », agrémenté d’un cœur et du drapeau irlandais.
La manipulation de l’extrait de Donald Trump est une tentative évidente de déformer ses propos. Les médias ont été critiqués pour des fautes bien moins graves. Les publications de RTÉ, bien que moins spectaculaires, révèlent une tendance similaire à l’impartialité. L’invitation de Holly Cairns à The Late Late Show n’est pas en soi problématique, mais le ton enthousiaste du message publié sur les réseaux sociaux suggère un parti pris. De même, les messages concernant l’investiture présidentielle ne témoignent pas d’une simple reconnaissance protocolaire, mais d’une préférence politique clairement affichée. Il serait moins choquant de voir un média public exprimer son enthousiasme pour un événement impliquant des célébrités ou des influenceurs, mais il est inacceptable de prendre parti dans le débat politique.
On peut légitimement se demander comment les médias publics en sont arrivés à cette situation et comment y remédier. L’auteur estime que l’abandon de l’impartialité est presque inévitable dans le cas d’une source d’information financée par l’État. Il propose une solution radicale : arrêter de consommer les contenus de RTÉ, en éteignant la radio, en abandonnant les podcasts et en se passant de la télévision. Si suffisamment de personnes adoptent ce comportement, le financement de RTÉ pourrait être remis en question.
Patrick Vincent écrit depuis Dublin.
