La déroute face aux Bills de Buffalo, dimanche dernier, a sonné l’alarme à Pittsburgh. L’occasion de prendre la tête de la division AFC Nord, après la surprise de Thanksgiving entre les Bengals et les Ravens, s’est transformée en humiliation, ravivant les doutes sur l’avenir de Mike Tomlin et la compétitivité des Steelers.
Le score final de 26 à 7 ne reflète en rien la fâcherie du match. Pittsburgh avait pris un léger avantage (7-3) à la mi-temps, mais tout s’est effondré en troisième période. Un plaquage violent de Joey Bosa sur Aaron Rodgers, qui a quitté le terrain le nez en sang, a provoqué un fumble récupéré par Buffalo et transformé en touchdown. La défense des Steelers a ensuite subi une véritable hécatombe.
Buffalo a établi un nouveau record de yards au sol contre la défense de Pittsburgh à Acrisure Stadium, avec un total de 249 yards. Les Bills ont également accumulé 123 yards à la passe, pour un total offensif de 372 yards. James Cook a dominé la course avec 32 tentatives pour 144 yards (4,5 yards par course), tandis que Ray Davis a ajouté 62 yards (6,9 yards par course). Même le quarterback Josh Allen s’est illustré avec 38 yards au sol en huit courses, inscrivant également un touchdown.
Cette performance défensive est d’autant plus préoccupante qu’elle rappelle de mauvais souvenirs. Il y a 50 ans, en 1975, les Bills et O.J. Simpson avaient déjà infligé une défaite cuisante aux Steelers, mais l’équipe de Pittsburgh était alors bien plus solide qu’aujourd’hui. L’écart entre les deux formations était criant, loin du niveau des équipes de Pittsburgh qui ont remporté quatre Super Bowls en six ans.
La domination de Buffalo s’est traduite par un temps de possession écrasant : 41 minutes et 59 secondes pour les Bills, contre seulement 18 minutes et 1 seconde pour Pittsburgh. 74 actions offensives pour Buffalo, contre 43 pour les Steelers, et 26 premiers downs pour les Bills, contre seulement 10 pour Pittsburgh.
L’attaque des Steelers a été particulièrement inefficace. L’entrée en jeu de Mason Rudolph, pour remplacer un Aaron Rodgers blessé, n’a pas amélioré la situation, avec une interception qui a conduit à des points pour Buffalo. Rodgers, pour sa part, a complété seulement 10 de ses 21 passes et a ensuite imputé une partie de ses difficultés à ses receveurs.
Mais c’est surtout l’attitude de Mike Tomlin qui a suscité l’indignation. « Je suis de plus en plus irrité par son comportement sur le banc de touche, comme un automate, sans émotion », a déploré un observateur. Avec cinq défaites lors de leurs sept derniers matchs, l’entraîneur semble impuissant à redresser la situation. Un contraste saisissant avec l’énergie et la passion que mettaient au jour Bill Cowher ou Chuck Noll.
Tomlin a répété son mantra habituel : « Le standard est le standard ». Une formule qui agace de plus en plus. « Assez avec ça », a réagi un commentateur. Art Rooney II, le propriétaire des Steelers, est critiqué pour son approche conservatrice. Dans la NFL actuelle, un tel bilan défensif aurait déjà entraîné le limogeage du coordinateur défensif, mais Pittsburgh semble faire exception.
Le nom de Tyrel Austin, le coordinateur défensif actuel, est sur toutes les lèvres. Certains joueurs, comme James Pierre, ont souligné que des schémas différents auraient pu faire la différence lors de la défaite contre Chicago. Mais Austin reste en poste. L’humiliation a atteint son paroxysme lorsque les supporters ont hué le morceau « Renegade » de Styx, traditionnellement joué au début du troisième quart-temps, ainsi que l’équipe elle-même. Des chants réclamant le départ de Mike Tomlin ont même retenti.
Tomlin a reconnu la frustration des supporters, mais a ajouté qu’il était lui-même frustré. Des paroles qui sonnent creux pour beaucoup. L’entraîneur semble avoir perdu le contrôle de l’équipe et du vestiaire. Il n’y a pas d’excuse pour un tel manque de performance, compte tenu du talent disponible. Le problème, selon plusieurs observateurs, réside dans le coaching.
L’arrivée d’Aaron Rodgers, censée relancer l’équipe, n’a pas eu l’effet escompté. Dimanche, il a semblé avoir 42 ans, affichant un jeu lent et prévisible. Certains estiment que conserver Russell Wilson aurait été une meilleure option. Le transfert de Kenny Pickett est également remis en question, tout comme l’échange pour D.K. Metcalf, qui n’a pas encore justifié son coût. Les Steelers peinent à réaliser des passes longues et efficaces.
Le transfert de George Pickens à Dallas est également considéré comme une erreur. Pickens était une menace constante en profondeur, capable d’attraper presque tous les ballons qui lui étaient adressés. Aujourd’hui, l’attaque se concentre sur la course et les passes courtes, avec un succès limité.
Le prochain match, contre les Ravens de Baltimore, s’annonce difficile. Baltimore est également sous pression après une récente défaite. Les Steelers devront ensuite affronter les Lions de Detroit et les Browns de Cleveland. Avec une défense en manque de confiance et une attaque apathique, Mike Tomlin pourrait connaître sa première saison perdante. Certains prévoient même un bilan final compris entre 9 et 11 défaites.
Chris Canty, ancien joueur de la NFL et champion du Super Bowl, a résumé la situation sur ESPN : « Les supporters des Steelers s’accrochent à leur série de 21 saisons gagnantes, mais cela fait plus de trois élections présidentielles qu’ils n’ont pas vu leur équipe remporter un match de play-offs. Les fans veulent une équipe capable de gagner le championnat, et ce n’est pas le cas pour l’instant. »
Les 18 saisons gagnantes de Mike Tomlin sont devenues une source de frustration pour les supporters, qui aspirent à plus que de simples saisons positives. Ils veulent une équipe compétitive, capable de dominer ses adversaires. Même une victoire inattendue dans la division AFC Nord ne suffirait pas à convaincre les sceptiques.
Certains suggèrent qu’Aaron Rodgers devrait être remplacé par le rookie Will Howard, afin d’évaluer les options pour la saison prochaine. Les Browns de Cleveland ont récemment promu Shedeur Sanders, qui était auparavant quatrième sur la liste des quarterbacks. L’équipe est en crise, mentalement brisée et manque de confiance. Des fissures commencent à apparaître dans le vestiaire.
Les statistiques sont alarmantes. Les Steelers étaient 23e en attaque totale la saison dernière, et sont tombés à la 27e place cette année. En défense, ils sont passés de la 12e à la 28e place. Tomlin avait déclaré avant la saison que la défense avait le potentiel d’être « spéciale », mais la réalité est bien différente.
De nombreux experts recommandent une séparation à l’amiable entre Tomlin et les Steelers, plutôt qu’un licenciement. Mais il est clair que les choses doivent changer. La méthode Tomlin ne fonctionne plus, ou n’a jamais fonctionné. Sa seule victoire au Super Bowl, en 2009, était basée sur une équipe héritée de l’ère Bill Cowher. Ses participations aux play-offs depuis lors se sont souvent soldées par des éliminations au premier tour.
Les supporters des Steelers réclament un changement radical. Le nom de Jon Gruden est souvent cité comme successeur potentiel. Son attitude passionnée et son succès passé, notamment sa victoire au Super Bowl avec Tampa Bay en 2003, en font un candidat attrayant.
Une information révélée par Adam Schefter d’ESPN a encore aggravé la situation. Les Steelers étaient « à 100% » intéressés par un échange pour Matthew Stafford avant la saison, mais ont finalement renoncé. Chris Canty a estimé que cette décision était une faute professionnelle, et a ajouté que les supporters avaient raison d’être en colère.
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