Home Affairespourquoi 2026 s’annonce comme une année d’opportunités maîtrisées

pourquoi 2026 s’annonce comme une année d’opportunités maîtrisées

by Amélie Bernard

Publié le 5 décembre 2025 à 11h01. Les experts d’Invesco anticipent une année 2026 favorable au crédit privé, avec des opportunités persistantes dans les prêts syndiqués, le direct lending et les situations spéciales, malgré un contexte macroéconomique incertain et une possible baisse des taux d’intérêt.

  • Les prêts seniors garantis et les obligations structurées adossées à des prêts bancaires devraient continuer à offrir une bonne résistance à la volatilité.
  • Le direct lending pourrait connaître un redémarrage grâce à la perspective de taux d’intérêt plus bas et à l’accumulation de capitaux non investis par les fonds de private equity.
  • Les situations spéciales devraient être dynamiques, avec une augmentation des restructurations et des solutions de liquidité pour les entreprises.

Pour Kevin Egan et Michael Craig, responsables du crédit chez Invesco, le segment des prêts seniors garantis et des obligations structurées adossées à des prêts bancaires (SSL) affiche une orientation particulièrement positive. Ces actifs ont déjà prouvé leur capacité à absorber les turbulences liées aux tensions commerciales et aux droits de douane en 2025. En 2026, ils pourraient bénéficier d’une conjonction de facteurs rares : un ralentissement de l’inflation, une politique monétaire américaine plus accommodante et un assouplissement progressif des conditions financières.

Historiquement, les prêts syndiqués se sont montrés résilients lors des phases d’assouplissement monétaire, à l’exception de chocs exogènes majeurs. La baisse des taux devrait alléger le fardeau financier des emprunteurs, renforçant ainsi leurs fondamentaux. Si des défauts de paiement restent possibles, les gestionnaires soulignent qu’ils devraient se limiter à des cas isolés, résultant de difficultés spécifiques à certaines entreprises plutôt que d’une fragilité systémique.

Cette perspective explique pourquoi les investisseurs, qu’ils soient institutionnels ou privés, continuent de privilégier les crédits défensifs de haute qualité. Malgré quelques sorties de capitaux temporaires, l’appétit reste soutenu. Selon Egan et Craig, les rendements ajustés au risque devraient rester supérieurs à la moyenne en 2026, portés par des coupons élevés. Même en cas de baisse des taux directeurs, ces coupons ne devraient pas retomber aux niveaux bas observés avant 2022, préservant ainsi le potentiel de revenus.

Direct lending : un marché prêt à se relancer

Ron Kantowitz, directeur général d’Invesco Senior Secured Management, anticipe un climat d’optimisme prudent pour le direct lending en 2026. En 2025, l’activité a été freinée par un décalage persistant entre les attentes des acheteurs et des vendeurs, lié à un manque de visibilité macroéconomique. Cela s’est traduit par un volume de transactions modéré, même si les rendements sont restés attractifs, notamment dans le segment intermédiaire « core ».

Ce ralentissement a été compensé par trois facteurs : les refinancements, les acquisitions complémentaires et l’augmentation des investissements par les gestionnaires. Surtout, la perspective de baisses de taux de la Réserve fédérale pourrait agir comme un catalyseur puissant. Une politique monétaire plus souple réduirait les coûts d’emprunt des entreprises, rouvrirait des opportunités de transactions et faciliterait la cession des sociétés en portefeuille en fin de cycle d’investissement.

Par ailleurs, un élément structurel est à prendre en compte : l’importante quantité de capitaux non investis (« dry powder ») accumulée par les fonds de private equity. Dès que les conditions se stabiliseront, ce capital devra être déployé, ce qui stimulera mécaniquement l’activité. Invesco estime que ce redémarrage pourrait se concrétiser en 2026, faisant du direct lending un terrain fertile pour les investisseurs à la recherche de rendements réguliers, ajustés au risque et faiblement corrélés aux marchés boursiers.

Situations spéciales

Paul Triggiani, responsable du crédit en difficulté et des situations spéciales, estime que la période à venir pourrait être particulièrement dynamique. Les premières tensions observées sur certains segments du marché du prêt, notamment ceux négociés en dessous de leur valeur nominale, témoignent d’un retour progressif de la volatilité.

L’incertitude macroéconomique mondiale, combinée à l’évolution de la politique budgétaire et monétaire américaine, crée un environnement propice aux transactions « super seniors » et monétaires : extensions ou modifications de contrats existants, solutions de liquidité pour prolonger les durées de détention, restructurations ciblées. Ces opérations, déjà en hausse en 2025, devraient continuer à croître en volume et en qualité.

Les entreprises faisant l’objet d’opérations de capital-investissement (LBO) sont particulièrement concernées : les périodes de détention s’allongent, les taux d’intérêt restent élevés et certaines sociétés doivent ajuster leur endettement. Dans ce contexte, les situations spéciales offrent un espace d’expression aux investisseurs capables d’analyser précisément les risques et de structurer des transactions sur mesure. Le potentiel de rendement, également ajusté au risque, est qualifié d’« attractif » par Triggiani, mais réservé aux investisseurs disposant d’outils d’analyse sophistiqués.

L’ensemble des experts interrogés par Invesco s’accordent sur un point : le crédit privé n’est plus une niche. Il s’est imposé comme une classe d’actifs essentielle, capable d’offrir des coupons élevés, même en cas de baisse des taux ; une résilience supérieure à celle de la dette cotée ; un potentiel d’opportunités en période de transition macroéconomique ; et une faible corrélation avec les marchés actions.

Pour 2026, les gestionnaires convergent : le marché reste riche en opportunités, mais exige de la discipline. Les performances seront au rendez-vous pour les investisseurs capables de sélectionner rigoureusement les crédits, d’examiner les bilans un par un et de comprendre les dynamiques propres à chaque segment. Dans un contexte où les spreads ne sont plus aussi généreux qu’en 2023-2024, la différence se fera par le travail de terrain.

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