Publié le 31 octobre 2023. Djibouti a fait un choix monétaire singulier en 1949 en arrimant son franc au dollar américain, une décision qui assure au pays une stabilité financière unique en Afrique depuis trois quarts de siècle. Au moment où le franc CFA est remis en question, cet exemple historique suscite un regain d’intérêt.
- En 1949, Djibouti est devenu le premier territoire africain à quitter la zone franc.
- L’ancrage au dollar a permis de restaurer la confiance dans la monnaie locale après des dévaluations successives.
- Cette stabilité monétaire a contribué au développement d’un secteur financier solide à Djibouti.
En 1949, la Côte française des Somalis, qui allait devenir la République de Djibouti, a pris une voie inédite en Afrique : se détacher de la zone franc. Cette décision radicale faisait suite à une période de turbulences monétaires, marquée par des dévaluations répétées et une réforme de 1943 particulièrement douloureuse. Cette dernière avait contraint les habitants à échanger leurs billets contre des sommes réduites de 50 à 90 %, érodant ainsi la confiance dans le franc français.
Face à cette crise de confiance, Paris a autorisé une mesure exceptionnelle : lier le franc djiboutien au dollar américain. L’objectif était double : rétablir la stabilité monétaire et préserver la compétitivité du port de Djibouti, principal carrefour commercial de la région, face à Aden, port britannique voisin.
« Ce rattachement au dollar n’était pas un caprice monétaire, c’était un calcul géopolitique. »
Moustapha Aman, enseignant, chercheur et spécialiste franco-djiboutien des systèmes monétaires de la Corne de l’Afrique
Selon Moustapha Aman, cette décision s’inscrivait dans une stratégie plus large de la France, soucieuse de maintenir son influence dans la région. « Le projet est resté confidentiel jusqu’au dernier moment pour ne pas donner d’idées aux autres colonies », précise-t-il, soulignant le caractère stratégique de cette initiative.
Soixante-quinze ans de stabilité
Soixante-quinze ans après cette décision historique, le franc djiboutien n’a jamais été dévalué. Cette longévité et cette stabilité ont permis à Djibouti de développer un secteur financier robuste et de s’imposer comme un centre bancaire régional majeur dans la Corne de l’Afrique.
L’exemple djiboutien revient sur le devant de la scène à un moment où les pays BRICS poursuivent leur politique de dédollarisation et où plusieurs nations d’Afrique de l’Ouest remettent en question leur avenir monétaire. Moustapha Aman rappelle que la question posée en 1949 était la même : comment sortir d’une zone monétaire sans compromettre la stabilité qu’elle garantit ? Il appelle à une réflexion sur l’ancrage du franc djiboutien, afin qu’il continue de répondre aux intérêts nationaux dans un contexte mondial en pleine mutation.
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