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Pourquoi la Chine a divulgué les noms d'”espions” des services de renseignement néerlandais

by Nicolas Lefèvre

Publié le 9 décembre 2025 à 16h56. La Chine a semble-t-il divulgué des informations concernant des agents des services de renseignement néerlandais et taïwanais, une action interprétée comme un avertissement suite au renforcement des liens entre La Haye et Taipei, notamment dans le secteur crucial des semi-conducteurs.

  • Des noms liés aux services de sécurité néerlandais et taïwanais ont été publiés sur un site web hongrois.
  • Cet incident coïncide avec une intensification des échanges entre les Pays-Bas et Taïwan, particulièrement dans l’industrie des puces électroniques.
  • Des experts estiment que la Chine cherche à signaler qu’elle surveille de près les relations entre les Pays-Bas et Taïwan.

L’alerte a été découverte par Sense Hofstede, spécialiste de la Chine, qui suivait de près l’actualité politique chinoise et taïwanaise. Il a repéré la publication des noms dans un article de presse taïwanais avant de mener sa propre enquête. Selon ses recherches, les noms sont apparus en chinois sur un site web hongrois, accompagnés de détails sur un déjeuner entre des représentants du MIVD (Militaire Inlichtingen- en Veiligheidsdienst, le service de renseignement militaire et de sécurité néerlandais) et une délégation taïwanaise en visite à Amsterdam.

M. Hofstede se montre prudent quant à l’authenticité des noms divulgués, mais estime que l’objectif principal de cette action est d’envoyer un message clair aux Pays-Bas et aux services européens de renseignement en général.

« Je pense que le but principal était d’adresser un avertissement spécifique aux Pays-Bas, et plus généralement aux services européens »

Sense Hofstede, expert de la Chine

Cette action intervient dans un contexte de rapprochement croissant entre les Pays-Bas et Taïwan, notamment en raison de l’importance stratégique de l’industrie des semi-conducteurs. La Chine considère Taïwan comme une province rebelle et s’oppose fermement à toute reconnaissance de son indépendance. Selon Casper Wits, professeur d’histoire internationale et de diplomatie d’Asie de l’Est, la Chine cherche à affirmer son opposition à l’amélioration des relations entre les Pays-Bas et Taïwan.

« La Chine veut montrer qu’elle n’accepte pas que les Pays-Bas aient amélioré leurs liens avec Taïwan »

Casper Wits, professeur d’histoire

M. Wits souligne que la question de Taïwan est intrinsèquement liée à la politique étrangère chinoise. Pékin utilise également sa position dominante dans le domaine des terres rares pour exercer une pression diplomatique. Il rappelle que Taïwan, bien que de facto indépendant depuis la fin de la guerre civile chinoise, est toujours revendiqué par la Chine, ce qui explique pourquoi de nombreux pays hésitent à établir des relations officielles avec Taipei. Cependant, l’importance géopolitique et économique de Taïwan a conduit les pays européens à renforcer leurs liens avec l’île ces dernières années, malgré l’opposition chinoise.

L’incident s’inscrit également dans un contexte de tensions liées à l’entreprise Nexperia, une filiale du groupe chinois Wingtech. Le gouvernement néerlandais a récemment utilisé une loi ancienne pour limiter les activités de Nexperia aux Pays-Bas, craignant que l’entreprise ne divulgue des technologies sensibles à la Chine. Selon M. Hofstede, la divulgation des noms pourrait être une tentative de la Chine de suggérer que les services de renseignement néerlandais et taïwanais chercheraient à infiltrer l’industrie chinoise des puces.

« Il est suggéré que les agents néerlandais se seraient rendus à Taipei pour demander une collaboration afin d’infiltrer leur industrie de puces »

Sense Hofstede, expert de la Chine

Malgré ces pressions, M. Wits insiste sur l’importance de ne pas céder à l’intimidation chinoise. Il souligne que les échanges de renseignements entre les Pays-Bas et Taïwan sont essentiels, même si la Chine les désapprouve. Il met en garde contre la dépendance croissante de l’Europe à l’égard de la Chine, notamment dans les domaines de la technologie et des matières premières stratégiques, et appelle à une réflexion stratégique sur les relations avec Pékin.

« Nous devons stratégiquement repenser notre relation avec la Chine »

Casper Wits, professeur d’histoire

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