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Pourquoi les milliardaires ont-ils commencé à se préparer à la fin du monde ?

by Amélie Bernard

Publié le 11 octobre 2024 à 13h37. Des milliardaires de la tech investissent massivement dans des propriétés isolées et des infrastructures souterraines, alimentant les spéculations sur une préparation à des crises majeures, qu’il s’agisse de catastrophes naturelles, de conflits ou des risques liés à l’intelligence artificielle.

  • Mark Zuckerberg a investi dans une vaste propriété à Hawaï et aurait créé des espaces souterrains importants à Palo Alto.
  • Des accords de confidentialité stricts et des mesures de sécurité renforcées entourent ces projets, suscitant l’inquiétude et les rumeurs.
  • La crainte des risques liés à l’intelligence artificielle, notamment l’avènement de l’intelligence générale artificielle (AGI), semble motiver certains de ces préparatifs.

La tendance des milliardaires à acquérir des terrains vastes et à construire des structures discrètes, parfois souterraines, prend de l’ampleur. Mark Zuckerberg, fondateur de Facebook, est au cœur de cette fascination pour les “refuges de luxe”. Dès 2014, il a lancé le projet Koolau Ranch, une propriété de 566 hectares (1 400 acres) sur l’île de Kauai, à Hawaï. Les artisans et électriciens travaillant sur le site ont été tenus de signer des accords de non-divulgation (NDA), et un mur d’environ deux mètres de haut a été érigé pour préserver la confidentialité du chantier.

Les rumeurs vont bon train concernant les installations prévues sur cette propriété. On évoque un abri autonome, doté de ses propres ressources énergétiques et alimentaires. Interrogé l’année dernière sur la nature de ce projet, Zuckerberg a catégoriquement nié qu’il s’agisse d’un “bunker apocalyptique”, affirmant qu’il ne s’agissait que d’un “petit sous-sol, comme un abri ordinaire”. Cette explication n’a cependant pas suffi à dissiper les doutes.

Parallèlement, Zuckerberg aurait acquis 11 propriétés à Palo Alto, en Californie, et créé près de 7 000 mètres carrés d’espaces souterrains. Si les permis de construire mentionnent bien la création de “sous-sols”, certains voisins les décrivent comme de véritables “bunkers” ou “grottes de milliardaires”, selon le New York Times.

Cette tendance ne se limite pas à Zuckerberg. Reid Hoffman, co-fondateur de LinkedIn, a qualifié ces investissements de “police d’assurance apocalyptique”, estimant qu’environ la moitié des personnes les plus fortunées se préparent à de tels scénarios. La Nouvelle-Zélande, en particulier, serait devenue une destination prisée pour ces investissements.

L’inquiétude croissante concernant les risques liés à l’intelligence artificielle (IA) semble alimenter ces préparatifs. Ilya Sutskever, co-fondateur et scientifique en chef d’OpenAI, est l’un de ceux qui tirent la sonnette d’alarme. Selon la journaliste Karen Hao, Sutskever craignait qu’OpenAI n’atteigne le stade de l’intelligence générale artificielle (AGI) dès l’été 2023 – un niveau où les machines égaleraient l’intelligence humaine. Il aurait alors déclaré lors d’une réunion :

« Nous construirons un abri avant de publier l’AGI. »

Ilya Sutskever, co-fondateur et scientifique en chef d’OpenAI

Cette citation révèle que même les acteurs clés du développement de l’IA sont conscients des dangers potentiels de leur propre création.

Plusieurs dirigeants technologiques prédisent l’arrivée imminente de l’AGI. Sam Altman, PDG d’OpenAI, estime qu’elle pourrait être atteinte d’ici la fin de 2024. Demis Hassabis, fondateur de DeepMind, table sur une échéance de 5 à 10 ans, tandis que Dario Amodei, fondateur d’Anthropic, évoque l’émergence d’une “intelligence artificielle forte” dès 2026. Cependant, certains scientifiques se montrent plus prudents. Dame Wendy Hall, professeure à l’Université de Southampton, souligne que ces prédictions sont en constante évolution et que la technologie actuelle, bien que performante, reste loin de l’intelligence humaine. Babak Hodjat, directeur technique de Cognizant, ajoute que l’AGI ne sera pas une rupture soudaine, mais plutôt le résultat de nombreuses avancées progressives.

Pour certains, l’AGI n’est qu’une étape vers la “Super Intelligence Artificielle” (ASI), une technologie qui dépasserait l’intelligence humaine. Ce concept, évoqué dès les années 1950 par le mathématicien hongrois John von Neumann, est repris dans le livre Genesis d’Eric Schmidt, Craig Mundy et Henry Kissinger, qui suggère que l’humanité pourrait un jour céder son pouvoir de décision à cette “superintelligence”.

Elon Musk, PDG de Tesla et X, adopte une vision plus optimiste, affirmant que l’ère de l’IA pourrait ouvrir la voie à un revenu universel élevé. Il imagine un avenir où chacun aurait son propre “R2-D2” et “C-3PO” (les robots compagnons de Star Wars), bénéficiant d’un accès universel aux soins de santé, à la nourriture, au transport et au logement. Cependant, les experts soulignent également le risque que cette technologie tombe entre de mauvaises mains ou se développe de manière incontrôlable. Tim Berners-Lee, l’inventeur du World Wide Web, met en garde :

« Si les machines deviennent plus intelligentes que nous, nous devons les garder sous contrôle. Nous devons pouvoir les éteindre si nécessaire. »

Tim Berners-Lee, inventeur du World Wide Web

Les gouvernements commencent également à prendre conscience de ces enjeux. Aux États-Unis, le décret signé par le président Joe Biden en 2023 exige que les tests de sécurité liés à l’IA soient partagés avec le gouvernement fédéral. Plus d’informations sur le décret présidentiel américain concernant l’intelligence artificielle. L’administration Trump avait auparavant annulé certaines de ces réglementations, les jugeant un obstacle à l’innovation. Au Royaume-Uni, l’AI Safety Institute a été créé il y a deux ans. Cependant, certains milliardaires semblent préférer prendre leurs propres précautions, comme le souligne Reid Hoffman :

« Acheter une maison en Nouvelle-Zélande signifie essentiellement faire un clin d’œil, maintenant tout le monde sait ce que vous voulez dire. »

Reid Hoffman, co-fondateur de LinkedIn

Un ancien garde du corps d’un milliardaire a même confié, avec un cynisme glaçant, que son équipe de sécurité “éliminerait d’abord le patron et entrerait dans le bunker” en cas de catastrophe, illustrant à quel point ces “préparatifs apocalyptiques” sont susceptibles d’être minés par les faiblesses humaines.

Malgré les avancées spectaculaires de l’IA, les humains conservent un avantage indéniable : la conscience. Les outils d’IA excellent dans la reconnaissance de schémas grâce à l’analyse de vastes ensembles de données, mais ils sont dépourvus d’émotions. Babak Hodjat explique :

« Si vous dites à une personne qu’il y a de la vie sur une autre planète, cette information change immédiatement sa vision du monde. Un modèle de langage ne l’apprend que si vous le lui rappelez encore et encore. »

Babak Hodjat, directeur technique de Cognizant

Selon lui, les humains possèdent une conscience qui “sait ce qu’elle sait”, une capacité de métacognition qui n’a encore jamais été reproduite en laboratoire.

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