Près de 500 lycées ont suspendu leurs cours en France pour une nouvelle semaine de tensions, alors que le gouvernement tente d’imposer une reprise sécurisée et que les syndicats lycéens maintiennent l’appel à une grande manifestation nationale ce mardi 6 octobre 2026.
La mobilisation lycéenne qui secoue la France depuis la mi-septembre entre dans une phase critique. Parti d’un établissement de Créteil, le mouvement s’est étendu à travers le pays, alimenté par la colère des élèves face à la dégradation des bâtiments, aux classes surchargées et aux absences de professeurs non remplacés. Face à la persistance des blocus et aux heurts répétés, l’exécutif tente de reprendre la main.
La feuille de route de Sébastien Lecornu et les fermetures d’établissements
Le Premier ministre Sébastien Lecornu a exigé que les cours reprennent dès le lundi 5 octobre partout où les conditions de sécurité le permettent, dans une feuille de route adressée à plusieurs ministres qui fixe un calendrier pour répondre à certaines revendications. Sur les 3 700 lycées que compte le pays, entre 400 et 500 établissements ont toutefois dû suspendre leurs cours, en raison d’un manque de conditions matérielles de sécurité ou de personnels directement pris à partie, selon le ministre de l’Éducation nationale Édouard Geffray. Le ministre a précisé que les cours se dérouleraient de manière partielle
et progressive
.
Le bilan humain et matériel s’alourdit de jour en jour. Le ministère dénombre 78 personnels de l’Éducation nationale blessés et 24 établissements incendiés ou saccagés depuis le début du mouvement, avec des dégâts matériels et des dégradations de logements de fonction estimés entre 20 et plusieurs millions d’euros. Du côté du ministère de l’Intérieur, les autorités recensent près de 5 000 interpellations depuis lundi dernier, dont environ 85 % de mineurs. Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a rejeté toute accusation d’intervention disproportionnée
, assurant que les forces de l’ordre agissent avec fermeté et sans délai
face aux dégradations et aux violences.
L’appel à la grève générale et la manifestation du 6 octobre à Paris
Insatisfaits de leur rencontre au ministère le vendredi précédent, l’Union étudiante et l’Union syndicale lycéenne (USL) maintiennent la pression. La discussion a enfin été lancée, mais il n’y a pas d’annonces concrètes de la part du ministre. Donc nous appelons à continuer la mobilisation et à rejoindre l’acte 3 du mouvement ce mardi
, a déclaré Ryad Rani, le président de l’Union syndicale lycéenne, tandis que Louis Letoublon, pour l’organisation Les Lycéens !, a appelé à poursuivre le rapport de force
. Les organisations ont fixé un rendez-vous le mardi 6 octobre à 14 heures sur la place de la République à Paris.
La contestation s’élargit à d’autres secteurs. La CGT, Solidaires ainsi que six syndicats de l’Éducation nationale et la FCPE ont rejoint l’appel à la mobilisation, dénonçant la répression policière et le manque de moyens chroniques. À Lyon, la préfecture a pris des mesures restrictives drastiques, interdisant les rassemblements et le port de protections corporelles ou de casques dans un rayon de 100 mètres autour d’une vingtaine d’établissements placés en enseignement à distance.

Tensions politiques autour de la rue de Grenelle et des violences
La crise s’invite durablement dans le débat politique. Jean-Luc Mélenchon, figure de La France insoumise, a appelé les militants et élus à s’interposer entre les lycéens et les forces de l’ordre, qualifiant la répression d’irresponsable
. En réponse, Sébastien Lecornu a vertement critiqué cette position, accusant le chef de file politique de mettre en danger des élèves
en cherchant à instrumentaliser une colère légitime à des fins partisanes.
Les associations de défense des droits humains s’alarment également de la tournure des événements. Amnesty International France a dénoncé l’usage jugé disproportionné de la force policière face à des manifestants mineurs, rappelant la gravité des blessures constatées sur le terrain. À Tours, un lycéen a notamment perdu l’usage de son œil droit à la suite d’affrontements, une blessure que le parquet associe à un tir de lanceur de balles de défense (LBD). Alors que les cours en distanciel imposés par les autorités provoquent en retour des ripostes numériques de la part d’élèves organisant des blocus virtuels, la journée du 6 octobre s’annonce comme un test décisif pour l’exécutif et la jeunesse mobilisée.
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