La France fait face à une mobilisation lycéenne d’ampleur nationale, marquée par la fermeture totale ou partielle de 400 à 500 établissements ce lundi 5 octobre 2026. Les manifestants réclament davantage de moyens humains et matériels, tandis que le gouvernement dénonce des violences urbaines et une instrumentalisation politique.
Des revendications ancrées dans les conditions d’études
Le mouvement, qui a pris racine mi-septembre au sein d’un lycée de Créteil, s’est rapidement propagé à travers tout le pays. Les élèves dénoncent un manque de professeurs et de personnels
ainsi que des lycées délabrés
, pointant du doigt des conditions matérielles jugées indignes. Au-delà des infrastructures, les revendications incluent la fin de la plateforme Parcoursup et une meilleure gestion des emplois du temps et classes surchargés
.
Pour le sociologue Fabien Truong, cette mobilisation est le symptôme d’une dégradation profonde des conditions matérielles dans les établissements, particulièrement dans les quartiers populaires.
Robi Morder, spécialiste de l’histoire des mouvements étudiants et lycéens, chercheur associé au laboratoire Printemps de l’Université Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines et animateur du groupe d’études et de recherche sur les mouvements étudiants (Germe), rappelle que les revendications actuelles s’inscrivent dans la lignée de celles portées dès le mouvement de Seine-Saint-Denis en 1978, où des occupations de lycées avaient déjà eu lieu à Saint-Denis, Aubervilliers et Montreuil contre le manque de professeurs et de moyens. Il cite également le précédent de 1990, année marquée par un plan d’investissement de 4,5 milliards de francs (environ 700 millions d’euros) consécutif à une contestation partie de Seine-Saint-Denis.
Violences urbaines et interventions policières
La tension est montée d’un cran ce lundi à Lens, dans le Pas-de-Calais, où un adolescent de 15 ans a eu la main arrachée. Le procureur de Béthune a indiqué qu’il n’était pas en mesure de dire si le lycéen a ramassé la grenade ou si elle a été jetée sur lui
, précisant que l’IGPN devra déterminer le type de grenade utilisé.
À Nancy, où une petite mobilisation a lieu devant le lycée Henri-Poincaré, des heurts ont également éclaté près du lycée Jeanne d’Arc. Vers midi, le magasin de vêtements Zara a dû être évacué à la suite des fumées provoquées par des tirs de mortiers et des gaz lacrymogènes qui ont déclenché l’alarme, tandis que des manifestants tiraient des mortiers en direction des forces de l’ordre à l’angle de la rue du Pont-Mouja et de la rue Saint-Jean.
Les autorités ont par ailleurs fait état de plus de 5 000 interpellations depuis le début du mouvement, dont environ 85 % de mineurs.
Affrontements politiques entre exécutif et opposition
Le Premier ministre Sébastien Lecornu a accusé La France insoumise (LFI) d’instrumentaliser la colère des jeunes à des fins partisanes, affirmant que le parti cherchait à mettre en danger des élèves
en appelant à étendre le mouvement
. Du côté de LFI, la cheffe des députés Mathilde Panot a dénoncé un « mensonge » et des « gesticulations » concernant la « feuille de route » adressée par Sébastien Lecornu à cinq de ses ministres.
En réponse aux critiques, le ministre de l’Enseignement supérieur Philippe Baptiste a défendu l’action des forces de l’ordre, estimant qu’elles ont fait preuve d’une « très grande proportionnalité » face à des mineurs. Édouard Geffray a pour sa part dénoncé « une forme d’irresponsabilité » de la part de députés LFI comme Éric Coquerel et Clémence Guetté, qu’il accuse d’inciter à généraliser le blocage.
Appel à la grève générale pour le 6 octobre
Le mouvement pourrait changer de dimension ce mardi 6 octobre. Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, a affirmé que son organisation viendra en soutien aux jeunes pour les « protéger » face à la réponse policière. Cette journée de mobilisation est également soutenue par la France insoumise et le Parti communiste.