Publié le 26 octobre 2025 07:11:00. Malgré des indicateurs de solidité à première vue, le secteur bancaire américain est confronté à des risques croissants liés à la dégradation de certains actifs, à la dépendance accrue au financement non bancaire et aux tensions sur l’immobilier commercial et la consommation.
- Les banques américaines affichent des niveaux de capital et de liquidité supérieurs aux exigences réglementaires, mais des pertes latentes importantes pèsent sur leurs bilans.
- L’immobilier commercial, en particulier les bureaux, et le crédit à la consommation sont devenus des points de préoccupation majeurs, avec une augmentation des défauts de paiement.
- La montée du financement non bancaire (IFNB) multiplie les liens avec le secteur bancaire traditionnel, créant des canaux de contagion potentiels.
Le système bancaire américain, bien que globalement solide, est soumis à une pression silencieuse. Les dernières données du Federal Deposit Insurance Corporation (FDIC) révèlent un tableau contrasté : des bénéfices trimestriels dépassant les 69,9 milliards de dollars (environ 64,5 milliards d’euros) et un rendement des actifs (ROA) de 1,13 %, mais aussi des pertes non réalisées atteignant 395,3 milliards de dollars (environ 365 milliards d’euros) en raison de la hausse des taux d’intérêt.
Si le taux de défaut de crédit bancaire reste contenu, à 1,5 %, avec une couverture des provisions de 179,4 %, des fissures apparaissent. Les crédits liés aux immeubles de bureaux affichent des taux de défaut de 8,1 % sur le marché des obligations adossées à des créances hypothécaires (CMBS), tandis que les défauts de paiement sur les cartes de crédit atteignent 3,05 %, un niveau supérieur à celui d’avant la pandémie.
« Les impayés moyens restent inférieurs au niveau d’avant la pandémie, mais les pertes latentes sur la dette publique et les titrisations hypothécaires exercent toujours une pression sur les bilans. »
Les analystes mettent en garde contre la vulnérabilité des banques régionales et de taille moyenne si les taux à long terme continuent d’augmenter. L’immobilier commercial, notamment les locaux commerciaux et les ateliers, est devenu le principal sujet de préoccupation, en raison du télétravail et des difficultés de refinancement.
Parallèlement, la dette des ménages s’élève à 18,39 milliards de dollars (environ 16,9 milliards d’euros), en augmentation de 185 milliards de dollars (environ 170 milliards d’euros) au dernier trimestre, ce qui témoigne d’une fragilité croissante de la consommation.
Un autre facteur d’inquiétude est la montée en puissance du financement non bancaire (IFNB) – fonds d’investissement, crédit privé et hedge funds – qui s’interconnecte de plus en plus avec le secteur bancaire traditionnel. Ces institutions dépendent de lignes de financement, de produits dérivés et de garanties fournies par les banques, créant des risques de contagion bidirectionnels.
« Un choc de liquidité dans le financement non bancaire peut être rapidement transmis au système bancaire par une baisse de la valeur des actifs et une augmentation du coût du financement. »
Les autorités de régulation internationales, telles que le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque des règlements internationaux (BRI), mettent en garde contre ces vulnérabilités. Des ventes massives ou des rachats importants dans les fonds de crédit pourraient avoir des répercussions sur les marchés obligataires et monétaires mondiaux.
La détérioration du crédit aux États-Unis pourrait se propager au reste du système financier de trois manières : une restriction du crédit, une contagion financière via les obligations commerciales ou hypothécaires, et un renchérissement du coût du financement pour les pays émergents fortement endettés en dollars.
Indicateurs clés du secteur bancaire américain (2025)
| Indicateur | Dernières données | Commentaire |
|---|---|---|
| Délinquance totale | 1,5 % | En dessous du niveau d’avant la pandémie |
| Couverture des provisions | 179,4 % | Matelas confortable contre les pertes |
| Pertes latentes sur titres | 395,3 milliards de dollars | Effet des augmentations de taux |
| Bénéfice trimestriel du secteur | 69,9 milliards de dollars | Rentabilité stable |
| Arriérés de Bureaux (CMBS) | 8,1 % | Risque concentré dans les grandes villes |
| Défaut sur le crédit bancaire de la CRE | 1,57 % | Les défauts augmentent |
| Arriérés sur les cartes de crédit | 3,05 % | Au-dessus du niveau d’avant Covid |
| Dette des ménages | 18,39 milliards de dollars | +185 milliards de dollars trimestriels |
| Banques sous surveillance | 59 | En baisse d’un trimestre à l’autre |
La Réserve fédérale maintient une politique monétaire restrictive, tandis que la croissance économique ralentit. Si l’inflation ne diminue pas comme prévu, le coût du crédit pourrait rester élevé plus longtemps, exacerbant les tensions sur l’immobilier et la consommation.
Les analystes recommandent de surveiller de près l’évolution des échéances de la dette commerciale, les taux de refinancement effectifs et les provisions pour le crédit à la consommation. La stabilité du système bancaire dépendra de la capacité des institutions à absorber les pertes sans freiner l’accès au crédit.
Le secteur bancaire américain n’est pas en crise, mais il est confronté à un test de résistance. Si les taux restent élevés et que les prix de l’immobilier continuent de baisser, la combinaison de crédits douteux, de pertes latentes et de la dépendance au secteur non bancaire pourrait rouvrir la porte à des tensions financières à l’échelle internationale.
