Avec 72 000 décès par an, les maladies cardiovasculaires constituent la deuxième cause de mortalité féminine en France. Une mise à jour récente de la définition des infarctus, publiée par quatre sociétés de cardiologie majeures, vise à améliorer les diagnostics chez les femmes face à des symptômes souvent minimisés.
Quatre sociétés redéfinissent l’infarctus à l’international
Quatre sociétés de cardiologie majeures, parmi lesquelles figure l’American Heart Association, ont entériné en août la cinquième définition universelle de l’infarctus du myocarde. Ce document conjoint, élaboré également avec la Société européenne de cardiologie, l’College américain de cardiologie et la Fédération mondiale du cœur, entend offrir aux médecins du monde entier un langage commun pour classifier les urgences cardiaques.
Le texte redessine le classement des crises cardiaques en trois catégories distinctes : l’infarctus primaire lié à un problème aigu dans les vaisseaux sanguins, l’infarctus secondaire lorsqu’une autre maladie grave perturbe l’apport d’oxygène au cœur, ou encore la complication consécutive à une intervention cardiaque.
Les experts rappellent que si la cause fondamentale demeure une souffrance du muscle cardiaque privé de sang oxygéné, les origines peuvent varier entre une artère bouchée, un spasme, une déchirure de la paroi ou un caillot en circulation.
Les soignants font face au défi des femmes jeunes en France
Les pathologies cardiovasculaires font 72 078 morts chaque année en France, soit environ 200 décès par jour, ce qui représente cinq fois la mortalité due au cancer du sein selon les données recueillies à la clinique des Fleurs à Ollioules. Les idées reçues persistent dans le corps médical comme au sein du grand public. On soupçonne moins la possibilité d’un infarctus chez la femme jeune et on pense encore que les symptômes sont différents
, observe Philippe Commeau, cardiologue interventionnel dans cet établissement varois.
La réalité clinique contredit ce mythe tenace. Plus de 90 % des femmes de moins de 50 ans victimes d’un infarctus manifestent des douleurs dans la poitrine.
Ces douleurs thoraciques, tout comme les sensations gastriques simulant une gastro-entérite ou les irradiations dans les bras et les épaules, s’avèrent fréquentes. D’autres signaux d’alerte touchent davantage les patientes, tels que les vertiges, les palpitations, les nausées, les vomissements ou un essoufflement anormal et soudain.
« « Les complications de la grossesse augmentent de 25 à 50 % le risque de maladie cardiovasculaire dans les 10 ans qui suivent. » »
Philippe Commeau, cardiologue interventionnel à la clinique des Fleurs à Ollioules, via Nicematin
Des facteurs de risque spécifiques modifient le diagnostic des patientes
Les patientes décrivent fréquemment des douleurs transperçantes qui sont trop souvent minimisées ou attribuées à tort à l’anxiété ou au stress. Au-delà des facteurs de risque traditionnels comme l’hypertension, le diabète, l’hérédité ou le tabagisme, les praticiens rappellent qu’il faut intégrer l’historique reproductif. Les complications de la grossesse — à l’instar de la prééclampsie, de l’hypertension gravidique, de la prématurité et du diabète gestationnel — élèvent significativement la vulnérabilité cardiovasculaire à court terme.
D’autres situations exigent une attention particulière chez les jeunes femmes, notamment la ménopause précoce survenant avant 45 ans, l’insuffisance ovarienne avant 40 ans, l’endométriose et le syndrome des ovaires polykystiques.
Sur le plan diagnostique, le document international révisé modifie la terminologie du MINOCA, qui désigne désormais la lésion myocardique avec des artères coronaires non obstructives. Une absence de gros blocage ne clôt pas l’évaluation médicale, des examens complémentaires comme l’imagerie par résonance magnétique cardiaque s’avérant indispensables pour identifier une inflammation ou une dissection spontanée des parois artérielles, une pathologie qui touche particulièrement les femmes jeunes.