Publié le 24 septembre 2025. L’affaire OneCoin, une escroquerie pyramidale à grande échelle, met en lumière les défis éthiques auxquels sont confrontés les avocats travaillant dans le secteur volatile des cryptomonnaies, et soulève des questions sur l’utilisation potentiellement abusive du système judiciaire pour étouffer les critiques.
- Les avocats doivent faire preuve d’une diligence raisonnable accrue lorsqu’ils représentent des clients impliqués dans des activités liées aux cryptomonnaies afin d’éviter de faciliter involontairement des actions illégales.
- Le scandale OneCoin a révélé des faiblesses dans le cadre juridique entourant les cryptomonnaies et la nécessité de protocoles plus clairs pour la représentation des clients potentiellement frauduleux.
- L’utilisation stratégique de poursuites judiciaires, dite « lawfare », pour intimider les critiques est une pratique préoccupante dans le domaine des cryptomonnaies qui nécessite une réflexion éthique de la part des professionnels du droit.
Le secteur des cryptomonnaies, en pleine expansion, est un terrain fertile pour les escroqueries et les activités illégales. Dans ce contexte, les avocats se trouvent face à un dilemme : défendre les intérêts de leurs clients tout en s’assurant de ne pas cautionner ou faciliter des actions contraires à la loi ou à la déontologie. L’affaire OneCoin, une fraude massive qui a privé des investisseurs de milliards d’euros, illustre parfaitement ces enjeux.
Claire Gill, avocate ayant travaillé pour OneCoin, est actuellement poursuivie pour avoir, selon les accusations, utilisé des tactiques d’intimidation afin de faire taire les critiques à l’égard de ce projet largement considéré comme une escroquerie pyramidale. Cette affaire pose la question de la limite à ne pas dépasser dans la défense d’un client, même lorsque celui-ci est impliqué dans des activités douteuses.
Le scandale OneCoin a mis en évidence des lacunes importantes dans la réglementation des cryptomonnaies. Les actions de Claire Gill, notamment le dépôt d’une demande de retrait contre un critique, démontrent comment les professionnels du droit peuvent abuser de leur position. Les autorités estiment qu’elle aurait dû reconnaître la nature frauduleuse de OneCoin et agir en conséquence. Cette affaire a des répercussions qui dépassent le cas individuel de Gill, soulignant la nécessité d’adopter des protocoles plus stricts concernant la représentation des clients liés à des activités potentiellement illégales.
Quelles leçons les avocats peuvent-ils tirer de cette affaire ? Plusieurs points clés se dégagent :
- L’importance de la diligence raisonnable : une enquête approfondie sur les clients et leurs projets est indispensable. Il est primordial de comprendre la légitimité du modèle économique et de détecter les signaux d’alerte liés à la fraude.
- La préservation du jugement professionnel : les avocats doivent rester vigilants pour éviter de se laisser entraîner dans des activités frauduleuses potentielles. Cela implique une attention particulière aux transactions suspectes et le respect des réglementations en matière de lutte contre le blanchiment d’argent (LCB-FT).
- La documentation est essentielle : conserver des registres détaillés des conseils prodigués et des échanges avec les clients peut protéger les avocats contre les accusations de complicité. Dans un secteur à haut risque comme celui des cryptomonnaies, une documentation rigoureuse prouve que l’intervention de l’avocat était de nature consultative et non participative.
- Savoir dire non : les avocats doivent être prêts à refuser ou à se retirer d’une représentation si celle-ci implique de faciliter des actions illégales. Cette capacité est particulièrement cruciale dans les secteurs où les activités légales et illégales se chevauchent.
Par ailleurs, le recours à la « lawfare » – l’utilisation stratégique d’actions en justice pour intimider ou faire taire les critiques – a un impact significatif sur la gestion de la réputation dans le domaine des cryptomonnaies. Des entreprises comme OneCoin ont eu recours à des tactiques juridiques agressives pour supprimer les opinions dissidentes et maintenir une image publique favorable, étouffant ainsi les critiques légitimes et le journalisme d’investigation. Certaines entreprises de cryptographie privilégient souvent la réputation à la transparence, proférant des menaces juridiques même lorsque les critiques sont fondées. Cette dépendance au droit peut éroder la confiance du public et nuire à l’ensemble de l’industrie.
Le gouvernement britannique envisage actuellement des mesures pour lutter contre ce phénomène. La profession juridique doit donc réfléchir à son rôle dans ces questions et faire preuve de prudence entre la défense de ses clients et la contribution à un environnement d’intimidation qui entrave la responsabilisation.
À long terme, le scandale OneCoin pourrait entraîner une transformation de la réglementation des pratiques juridiques dans le domaine des cryptomonnaies. Les autorités de régulation étant de plus en plus attentives aux activités frauduleuses, les avocats devront s’adapter pour se conformer aux nouvelles normes :
- Un contrôle réglementaire renforcé : les professionnels du droit seront probablement soumis à une surveillance accrue concernant leur implication dans les projets de cryptomonnaies, ce qui pourrait se traduire par des directives plus strictes sur la manière de représenter leurs clients dans les secteurs à haut risque.
- Un accent sur la représentation éthique : une évolution vers une représentation privilégiant l’éthique pourrait se produire, les cabinets renforçant leurs protocoles de conformité pour atténuer les risques de fraude.
- Une collaboration avec les régulateurs : les avocats pourraient être amenés à collaborer plus étroitement avec les organismes de réglementation pour garantir que leurs clients opèrent dans le respect des limites juridiques, contribuant ainsi à prévenir de futurs scandales et à préserver l’intégrité de la profession.
- La nécessité d’une formation continue : une formation continue sera indispensable pour que les professionnels du droit restent informés des subtilités du droit des cryptomonnaies et des dilemmes éthiques qui peuvent survenir, favorisant ainsi une culture de conformité et d’intégrité dans le secteur.
En conclusion, l’affaire OneCoin constitue un avertissement pour les avocats travaillant dans le domaine des cryptomonnaies. Elle souligne l’importance cruciale d’une représentation éthique, d’une diligence raisonnable rigoureuse et de l’établissement de limites claires dans l’exercice de la profession. À mesure que le secteur évolue, les professionnels du droit doivent relever ces défis avec intégrité, protégeant à la fois leurs clients et l’intérêt général.
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