Publié le 6 décembre 2025 15:47:00. Une forme de démence, longtemps confondue avec la maladie d’Alzheimer, est désormais l’objet d’une attention croissante de la part des chercheurs, remettant en question les pratiques diagnostiques actuelles et ouvrant la voie à de nouvelles pistes thérapeutiques.
- Une nouvelle forme de démence, l’encéphalopathie TDP-43 liée à l’âge à prédominance limbique (TARD), touche un nombre significatif de personnes âgées.
- Le diagnostic différentiel entre TARD et Alzheimer est crucial, notamment avec l’arrivée de nouveaux traitements ciblant l’amyloïde.
- Des recherches sont en cours pour identifier des biomarqueurs fiables permettant de distinguer TARD de l’Alzheimer et d’autres formes de démence.
Longtemps passée inaperçue, l’encéphalopathie TDP-43 liée à l’âge à prédominance limbique (TARD) émerge comme une cause fréquente de troubles cognitifs chez les personnes âgées, en particulier celles de plus de 85 ans. Selon les estimations, environ un tiers des individus de cette tranche d’âge pourrait être touché, et près de 10 % des plus de 65 ans. Beaucoup de ces cas ont pu être diagnostiqués à tort comme étant la maladie d’Alzheimer.
Le TARD n’a été clairement défini que récemment. Le neurologue Greg Jicha, du Sanders-Brown Center on Aging de l’Université du Kentucky, explique :
« Environ une personne sur cinq qui vient à notre clinique ne développe pas la maladie d’Alzheimer, mais souffre en réalité de TARD. »
Greg Jicha, neurologue
Si les symptômes initiaux – notamment les pertes de mémoire – peuvent évoquer la maladie d’Alzheimer, le TARD progresse généralement plus lentement et de manière moins spectaculaire. Cependant, cette observation reste à confirmer, car il n’existe actuellement aucun traitement spécifique pour cette pathologie.
La situation se complique lorsque le TARD coexiste avec la maladie d’Alzheimer, une occurrence fréquente chez les personnes très âgées. Dans ces cas, le déclin cognitif s’accélère et les symptômes, tels que les épisodes psychotiques ou l’incontinence, peuvent s’aggraver. On estime qu’environ la moitié des personnes de 85 ans atteintes d’une forme sévère d’Alzheimer présentent également des signes de TARD.
La différence fondamentale réside dans les mécanismes biologiques en jeu. Dans la maladie d’Alzheimer, l’accumulation des protéines amyloïde et tau est caractéristique. Le TARD, quant à lui, est lié à un dysfonctionnement de la protéine TDP-43, qui quitte son emplacement habituel dans le noyau des cellules nerveuses et forme des agrégats toxiques. L’hippocampe, centre de la mémoire, est particulièrement vulnérable, et son rétrécissement peut être plus prononcé en cas de TARD qu’en cas d’Alzheimer. Cela se traduit par des difficultés à trouver ses mots et des troubles de la mémoire, mais avec une préservation relative des fonctions exécutives, telles que la planification et l’organisation, typiques de la maladie d’Alzheimer.
La reconnaissance du TARD comme une entité distincte est le fruit d’une initiative lancée par Peter Nelson, neuropathologiste au Sanders-Brown Center, et de ses collaborateurs internationaux. En 2018, face à l’impossibilité de diagnostiquer précisément près d’un tiers de ses patients atteints de démence, il a réuni une trentaine de chercheurs pour tenter de mieux comprendre ces cas atypiques. En 2019, le groupe a finalement défini les critères diagnostiques et donné un nom à cette nouvelle maladie.
Des études post-mortem révèlent que près d’un quart des cerveaux de personnes âgées présentent des dépôts de TDP-43 suffisamment importants pour expliquer des troubles cognitifs. Le TARD est souvent associé à des changements typiques de la maladie d’Alzheimer.
L’importance d’un diagnostic précis est d’autant plus cruciale que de nouveaux médicaments ciblant les plaques amyloïdes sont en cours de développement. Ces traitements sont inefficaces en cas de TARD, car les patients ne présentent pas d’accumulation d’amyloïde. Il est donc essentiel de pouvoir distinguer les deux pathologies pour administrer le traitement approprié.
Dans les cas de formes mixtes, la prise en charge est plus complexe. Certains neurologues proposent une thérapie adaptée, tandis que d’autres restent prudents. Une chose est certaine : en l’absence de biomarqueurs fiables, le diagnostic reste un défi. Il n’existe actuellement aucun test sanguin ou d’imagerie capable de détecter avec certitude la présence de TDP-43.
Le premier essai clinique évaluant un traitement potentiel pour le TARD est actuellement mené à l’Université du Kentucky. Il consiste à tester un médicament initialement conçu pour traiter les maladies cardiaques, qui a pour effet de dilater les petits vaisseaux sanguins. L’objectif est de ralentir le rétrécissement de l’hippocampe.
Les causes précises du TARD restent encore méconnues. Cependant, il est établi que le gène de risque APOE4, associé à la maladie d’Alzheimer, augmente également le risque de développer un TARD. Des études suggèrent également l’existence d’autres variantes génétiques favorisant la maladie.
Les neurologues du monde entier commencent désormais à réévaluer les diagnostics posés par le passé. Certains cas initialement attribués à la maladie d’Alzheimer pourraient, rétrospectivement, s’avérer être des cas de TARD.
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