Publié le 26 novembre 2023 23:10:00. Une restriction calorique prolongée pourrait ralentir le vieillissement cérébral, selon une étude américaine menée sur plusieurs décennies. Des chercheurs de l’université de Boston ont observé des effets bénéfiques sur la santé des cellules nerveuses chez les participants ayant réduit leur apport calorique de 30 %.
- Une réduction de 30 % de l’apport calorique quotidien sur plus de 20 ans pourrait freiner la dégradation liée à l’âge au niveau du cerveau.
- L’étude met en évidence une meilleure santé métabolique des cellules cérébrales et une protection accrue de la myéline, l’enveloppe protectrice des fibres nerveuses.
- Les résultats suggèrent que des interventions alimentaires à long terme pourraient influencer positivement la trajectoire du vieillissement cérébral.
Des scientifiques de la faculté de médecine Chobanian & Avedisian de l’université de Boston ont publié des travaux prometteurs dans la revue Aging Cell. Leur recherche, s’appuyant sur une étude débutée dans les années 1980 en collaboration avec l’Institut national du vieillissement, révèle que la restriction calorique peut avoir des effets protecteurs sur le cerveau à long terme.
L’étude a suivi deux groupes de participants : un groupe suivant un régime alimentaire normal et équilibré, et un autre réduisant son apport calorique d’environ 30 % (soit une diminution de 30 % par rapport à leurs besoins habituels). Les participants ont vécu leur vie normalement, et leur cerveau a été analysé après leur décès. Les chercheurs ont utilisé une technique de séquençage d’ARN mononucléaire pour évaluer le profil moléculaire des cellules cérébrales individuelles.
Les analyses ont révélé que les cellules cérébrales des participants ayant suivi un régime hypocalorique présentaient une meilleure santé métabolique et une activité accrue dans les voies métaboliques essentielles à la production et au maintien de la myéline. La myéline, cette gaine protectrice autour des fibres nerveuses, tend à se dégrader avec l’âge, ce qui peut entraîner une diminution des fonctions cognitives.
Les chercheurs ont également observé une expression accrue des gènes liés à la myéline dans les cellules soumises à une restriction calorique. Ils expliquent que le vieillissement du système nerveux central s’accompagne souvent d’un dysfonctionnement métabolique et d’une augmentation des dommages oxydatifs, ce qui peut compromettre la capacité du cerveau à maintenir sa structure et son fonctionnement.
L’étude apporte également un éclairage sur le rôle des microglies, les principales cellules immunitaires du cerveau. Dans des conditions normales, leur activation est une réponse saine à une blessure ou à une infection. Cependant, avec l’âge ou dans le cadre de maladies neurodégénératives comme la maladie d’Alzheimer, les microglies peuvent devenir chroniquement activées, provoquant une inflammation nuisible aux neurones.
« Ces altérations cellulaires pourraient avoir des implications pertinentes pour la cognition et l’apprentissage. »
Tara L. Moore, professeure d’anatomie et de neurobiologie
Selon Ana Vitantonio, doctorante et auteur correspondant de l’étude, ces résultats sont particulièrement encourageants car ils fournissent des preuves à long terme de l’impact positif de la restriction calorique sur la santé cérébrale, et ce, sur des espèces complexes.
« Bien que la restriction calorique soit une intervention bien établie qui peut ralentir le vieillissement biologique et réduire les altérations métaboliques liées à l’âge dans des modèles expérimentaux à court terme, nos travaux fournissent des preuves rares à long terme que la restriction calorique peut également protéger contre le vieillissement cérébral chez des espèces plus complexes. »
Ana Vitantonio, doctorante au Département de pharmacologie, physiologie et biophysique
Les chercheurs soulignent que ces résultats suggèrent que des habitudes alimentaires peuvent influencer la santé du cerveau et que la réduction de l’apport calorique, appliquée sur le long terme, pourrait ralentir certains aspects du vieillissement cérébral.
