Publié le 7 novembre 2023 14h10. Une nouvelle étude suggère que les premiers Homo sapiens pourraient être originaires de la côte sud-africaine, d’où ils auraient migré vers le reste du monde il y a environ 70 000 ans, remettant en question les théories établies sur les origines de l’humanité.
- Des analyses génétiques et archéologiques convergent vers l’Afrique australe comme point de départ de la migration humaine.
- Les chercheurs mettent en avant l’importance des ressources marines et des adaptations technologiques développées dans cette région.
- Cette hypothèse contredit l’idée largement répandue selon laquelle l’Afrique de l’Est serait le berceau de l’humanité moderne.
Les origines et les migrations des humains modernes ont toujours été un sujet de débat intense au sein de la communauté scientifique. Si l’Afrique est depuis longtemps reconnue comme le continent d’origine de notre espèce, le point de départ précis de la dispersion humaine reste flou. Les analyses génétiques ont désigné l’Afrique comme le berceau de l’humanité, les premiers Homo sapiens ayant émergé il y a environ 200 000 ans, avant de se disperser à la fin du Pléistocène (il y a environ 126 000 ans).
Une équipe de chercheurs propose désormais une nouvelle théorie : la côte sud-africaine serait le lieu où Homo sapiens a véritablement commencé son voyage à travers le monde. Selon cette hypothèse, des groupes humains auraient quitté cette région il y a environ 70 000 ans, empruntant une route côtière vers l’est avant de quitter le continent entre 50 000 et 40 000 ans.
Cette proposition se fonde sur un ensemble de preuves multidisciplinaires, incluant la géographie, le climat, l’environnement, les ressources alimentaires marines, les données génétiques, les découvertes paléontologiques et les capacités techniques et culturelles des populations de cette région à cette époque. Les chercheurs expliquent que la richesse des ressources marines, notamment les crustacés, a permis aux populations du Cap de développer une alimentation riche en nutriments essentiels, favorisant ainsi leur évolution cognitive et physique.
Les sites archéologiques de Pinnacle Point et d’autres grottes de la région, inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO, témoignent de l’émergence d’un comportement humain moderne dès 162 000 ans. Ces sites révèlent des traces d’une technologie sophistiquée, notamment l’utilisation d’outils en os, de pigments comme l’ocre rouge, et des formes d’art primitif, indiquant une capacité cognitive avancée.
Les chercheurs soulignent également l’importance des périodes glaciaires, qui ont entraîné une baisse du niveau de la mer et l’exposition de vastes plaines côtières au sud du Cap, offrant ainsi un habitat supplémentaire et une abondance de nourriture. Ils suggèrent que la capacité à interpréter les cycles lunaires a permis aux populations ancestrales de planifier des excursions de collecte de ressources marines pendant les marées de vives-eaux.
Cette théorie s’oppose à la vision dominante, qui situe le point de départ de la migration hors d’Afrique en Afrique de l’Est. Les auteurs avancent que les populations du Cap Sud étaient mieux préparées à affronter les défis de la migration, grâce à leur adaptation à un environnement côtier et à leur maîtrise de technologies avancées, comme l’arc et les flèches.
Selon eux, les pressions démographiques, les changements climatiques et la compétition pour les ressources ont pu inciter ces populations à migrer vers l’est, puis vers le nord-est, en direction de la péninsule arabique. La traversée de la mer Rouge, facilitée par la baisse du niveau de la mer il y a 65 000 ans, aurait permis aux premiers humains de coloniser le Moyen-Orient et, par la suite, le reste du monde.
« Nous pensons qu’une migration côtière hors d’Afrique avait plus de chances de réussir qu’une migration terrestre », affirment les chercheurs. « La disponibilité de fruits de mer, d’eau douce, un sol plat, des températures chaudes et l’absence d’animaux dangereux le long de la côte intertidale étaient autant d’avantages. »
Les chercheurs estiment que cette migration côtière s’est déroulée sur une période relativement courte, de moins de 20 000 ans. Ils soulignent l’absence de preuves équivalentes d’une présence humaine moderne avancée en Afrique de l’Est ou ailleurs dans le monde à cette époque.
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Alan Whitfield est scientifique en chef émérite à la National Research Foundation. Charles Helm et Willo Stear sont associés de recherche, et Renee Rust est chargée de recherche, tous au Centre africain pour les paléosciences côtières de l’Université Nelson Mandela. Francis Thackeray est chercheur associé honoraire à l’Université du Witwatersrand. L’article est republié sous licence Creative Commons.
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