Home MondeRéunion Trump-Xi : une désescalade commerciale ; et l’escalade sur les armes nucléaires

Réunion Trump-Xi : une désescalade commerciale ; et l’escalade sur les armes nucléaires

by Clara Dubois

Une trêve commerciale inattendue et une relance potentielle des essais nucléaires américains : la récente rencontre entre Donald Trump et Xi Jinping en Corée du Sud a laissé entrevoir un revirement dans la politique américaine vis-à-vis de la Chine, mais aussi semé le trouble sur la crédibilité de la dissuasion américaine.

Lors de cette rencontre, qualifiée de « 12 sur 10 » par Trump lui-même, les deux dirigeants sont parvenus à un accord commercial. L’ancien président américain s’est engagé à réduire les droits de douane imposés à la Chine de 10 points de pourcentage, tandis que Xi Jinping a promis de reprendre les achats de soja américain, de lever les restrictions sur les exportations de terres rares et de prendre des mesures contre les exportations chinoises de produits chimiques utilisés dans la fabrication du fentanyl.

Cependant, quelques minutes seulement avant cette poignée de main, Trump a pris tout le monde par surprise en annonçant sur son réseau social Truth Social qu’il avait ordonné la reprise des essais nucléaires américains. Une décision qui a suscité l’incompréhension, compte tenu des inexactitudes qui entourent cette annonce. La Russie dispose d’un arsenal nucléaire plus important que les États-Unis, et le programme de modernisation américain est en cours depuis plusieurs années. De plus, le ministère de l’Énergie, et non celui de la Défense, est responsable des essais nucléaires.

Aucun pays, à l’exception de la Corée du Nord, n’a procédé à une explosion nucléaire depuis les années 1990. L’annonce de Trump pourrait faire référence au récent test russe d’une torpille à capacité nucléaire et à propulsion nucléaire. L’ancien président n’a pas répondu aux questions des journalistes à ce sujet, et la Maison Blanche n’a pas encore fourni de clarification.

Bien que les États-Unis n’aient jamais ratifié le traité international interdisant les essais nucléaires, ils n’en ont pas mené depuis 1992. Cette annonce pourrait s’inscrire dans le cadre du Projet 2025 de la Fondation du Patrimoine, qui préconise de signaler la volonté américaine de procéder à des essais nucléaires en réponse à des développements nucléaires adverses. Toutefois, cette décision ne serait pas motivée par une nécessité technique, mais plutôt par le désir de démontrer la crédibilité de la dissuasion américaine.

Un retour aux essais nucléaires actifs, impliquant l’explosion d’ogives nucléaires, constituerait une escalade majeure susceptible d’inciter la Russie et la Chine à prendre des mesures réciproques. Une décision difficile à concilier avec les déclarations répétées de Trump en faveur d’une « dénucléarisation » avec ces deux pays.

L’annonce intervient dans un contexte de tensions persistantes concernant Taïwan. Lors de la rencontre, Xi Jinping aurait cherché à obtenir de Trump une déclaration formelle s’opposant à l’indépendance de Taïwan, une position qui, bien que subtile, pourrait avoir des conséquences majeures. La position actuelle des États-Unis est qu’ils ne soutiennent pas une démarche unilatérale vers l’indépendance de Taïwan.

À ce stade, Trump n’a pas cédé sur la question de Taïwan, ce qui a été perçu comme un soulagement à Washington et à Taipei. Cependant, le problème reste entier. Trump a déclaré qu’il ne pensait pas que Xi Jinping attaquerait Taïwan, qu’il considère comme « la prunelle de ses yeux », mais la Chine continue d’intensifier la pression sur l’île, considérée comme une province rebelle. Ces pressions pourraient prendre la forme de cyberattaques, de la saisie d’îles périphériques ou de la mise en place d’un blocus.

Les États-Unis sont liés par la loi de 1979 à prendre des mesures pour aider Taïwan à résister à toute tentative de recours à la force pour modifier son statut. Cependant, la politique américaine d’« ambiguïté stratégique » concernant l’intervention militaire reste floue. Joe Biden s’est rapproché d’un abandon de cette politique en déclarant à plusieurs reprises que les États-Unis étaient obligés de défendre Taïwan, mais ces déclarations ont été nuancées par son administration.

Selon Jason Hsu, ancien législateur taïwanais et chercheur à l’Hudson Institute : « S’il disait : ‘D’accord, l’Amérique défendrait Taïwan’, alors cela détendrait Taïwan. » Il souligne que la détente pourrait être dangereuse et qu’il est essentiel de renforcer la légitime défense de Taïwan.

L’administration Trump a adopté une approche fluctuante à l’égard de Taïwan. Si, durant son premier mandat, Trump a brisé les protocoles en parlant directement au président taïwanais, en envoyant des responsables de haut rang sur l’île et en augmentant les ventes d’armes, il a également refusé d’approuver des ventes d’armes supplémentaires et a demandé au président taïwanais d’éviter une escale à New York.

Par ailleurs, le Pentagone continue de surveiller la Chine. Juste avant la rencontre Trump-Xi, CBS News a rapporté que le commandement militaire américain pour l’Indo-Pacifique avait ordonné une opération de « démonstration de force » pour dissuader l’agression chinoise en mer de Chine méridionale.

En outre, Trump a annoncé que les États-Unis autoriseraient la Corée du Sud à accéder à la technologie nécessaire pour construire un sous-marin nucléaire, une décision qui sera probablement perçue comme une provocation par la Chine.

Malgré ces tensions, l’administration américaine semble minimiser le risque d’une confrontation militaire avec la Chine. Le développement d’une flotte de drones autonomes pour surveiller la Chine est en retard sur le calendrier, et la prochaine stratégie de sécurité nationale du Pentagone devrait accorder une importance moindre à la concurrence avec la Chine, en la reléguant derrière les questions de sécurité aux frontières et de l’hémisphère occidental.

Selon Zack Cooper, chercheur à l’American Enterprise Institute : « Je pense que l’administration Biden était stratégique, mais pas ambiguë. L’administration Trump est ambiguë, mais peut-être pas très stratégique. »

L’imprévisibilité de Trump, illustrée par l’annonce des essais nucléaires à la veille du sommet, laisse planer un doute sur l’avenir des relations entre les États-Unis et la Chine. Les prochaines années pourraient dépendre de la capacité de Xi Jinping à gérer cette imprévisibilité.

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