Home Technologie et scienceRévéler le phénomène du « Dust Devil » sur Mars

Révéler le phénomène du « Dust Devil » sur Mars

by Thomas Caron

Publié le 19 octobre 2025 02:30:00. Des vents atteignant près de 160 km/h ont été détectés sur Mars, remettant en question les estimations précédentes et ouvrant de nouvelles perspectives sur le climat et la géologie de la planète rouge.

  • Les vents martiens peuvent atteindre 158 kilomètres par heure, soit bien plus que les 50 à 100 km/h estimés auparavant.
  • Cette découverte repose sur l’analyse des « diables de poussière », des tourbillons de poussière visibles grâce à l’imagerie stéréo de deux sondes spatiales.
  • Comprendre ces vents est crucial pour la planification des futures missions martiennes et l’amélioration des modèles climatiques de la planète.

Une équipe de scientifiques de l’Université de Berne, en Suisse, en collaboration avec l’Agence spatiale européenne (ESA), a révélé que les vents sur Mars sont beaucoup plus puissants qu’on ne le pensait. Jusqu’à présent, la planète rouge était considérée comme ayant une atmosphère très ténue – seulement environ 1 % du volume de l’atmosphère terrestre – ce qui impliquait des vents relativement faibles.

La clé de cette découverte réside dans l’observation des « diables de poussière », ces vortex de poussière verticaux qui se forment à la surface de Mars. Selon Valentin Bickel, auteur principal de l’étude de l’Université de Berne,

« Le tourbillon de poussière rend visible le vent normalement invisible. »

Valentin Bickel, auteur principal de l’étude de l’Université de Berne

En analysant le mouvement de ces tourbillons à l’aide d’images stéréo, les chercheurs ont pu cartographier la direction et la force des vents dans différentes régions de Mars.

Pour cette recherche, l’équipe a utilisé deux instruments sophistiqués de l’ESA : la caméra stéréo haute résolution (HRSC) de la sonde Mars Express et le système d’imagerie stéréo et couleur de surface (CaSSIS) de l’orbiteur ExoMars. Ces instruments ont capturé des images du même point de la surface martienne à quelques secondes d’intervalle, permettant de mesurer précisément le déplacement des tourbillons de poussière. Nicolas Thomas, co-auteur de l’étude, explique :

« Les images stéréo ont capturé le même point de la surface martienne à quelques secondes d’intervalle, ce qui nous a permis de mesurer le mouvement des tourbillons de poussière. »

Nicolas Thomas, co-auteur de l’étude

L’analyse des images CaSSIS a permis d’identifier 384 tourbillons de poussière, tandis que le HRSC en a détecté 655. Ces phénomènes sont particulièrement fréquents dans les régions sèches de Mars pendant l’été et le printemps martiens, durant plusieurs minutes, avec une activité maximale entre 11h00 et 14h00, heure solaire locale. La vitesse du vent autour de ces vortex peut atteindre 44 mètres par seconde, soit environ 158 kilomètres par heure – une valeur bien supérieure aux estimations précédentes qui plafonnaient à 100 km/h.

Cette découverte a des implications importantes pour la planification des futures missions spatiales. En comprenant la configuration et la force des vents, les scientifiques peuvent améliorer les modèles climatiques de Mars, prédire le risque de tempêtes de poussière et garantir la sécurité des sondes qui se poseront à la surface de la planète. Daniela Tirsch du Centre aérospatial allemand (DLR) souligne :

« Grâce à de nouvelles connaissances sur la dynamique atmosphérique, nous pouvons prédire les conditions météorologiques et planifier les missions sur Mars de manière plus sûre. »

Daniela Tirsch, Centre aérospatial allemand (DLR)

Ces informations sont également cruciales pour déterminer les sites d’atterrissage optimaux et évaluer la quantité de poussière qui pourrait s’accumuler sur les panneaux solaires, réduisant ainsi la puissance des appareils sur la surface martienne. Au-delà de l’exploration spatiale, cette étude ouvre de nouvelles perspectives sur les processus géologiques actifs sur Mars, notamment la formation des dunes de sable et des lignes de pente. Selon Valentin Bickel,

« Nos mesures ouvrent la voie à la compréhension des processus géologiques actifs qui se produisent encore sur la planète. »

Valentin Bickel, auteur principal de l’étude de l’Université de Berne

Grâce aux progrès de la technologie d’imagerie et d’analyse, les scientifiques disposent désormais d’une vision plus complète de Mars, une planète qui, loin d’être désolée, est animée par des vents violents qui façonnent continuellement son paysage.

Cet article a été publié sur detikINET.

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