Incheon voit une augmentation constante du nombre de femmes quittant le marché du travail en raison de responsabilités familiales, révélant des obstacles persistants à l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle. Cette tendance, exacerbée par des préjugés en matière d’embauche et des conditions de travail peu favorables, creuse les inégalités salariales et entrave la participation économique des femmes.
Selon les données de la ville d’Incheon, le nombre de femmes ayant interrompu leur carrière est passé de 75 000 en 2021 (soit 15,4 % des femmes mariées âgées de 15 à 54 ans) à 81 000 en 2022 (16,8 %), puis à 78 000 en 2023 (16,7 %) et enfin à 81 000 en 2024 (17,8 %). Ces chiffres témoignent d’une situation qui ne s’améliore pas, malgré l’existence de dispositifs d’aide.
Une enquête récente menée par la Fondation des femmes et de la famille d’Incheon auprès de 1 123 femmes ayant interrompu leur carrière a mis en lumière les principales raisons de ces départs. La grossesse ou l’accouchement arrive en tête de liste, avec 40,7 % des réponses. Viennent ensuite les contraintes liées à la garde d’enfants et à l’éducation (23,1 %), les conditions de travail (13,9 %), les obligations familiales (11,9 %) et le mariage (10,4 %).
Si des mesures telles que le congé de maternité et le congé parental sont en place, leur utilisation reste délicate pour de nombreuses femmes. Elles craignent des représailles ou des difficultés à retrouver un emploi après leur retour. Par ailleurs, certaines entreprises hésitent à embaucher des femmes susceptibles de prendre un congé de maternité, par manque de personnel pour assurer la continuité du service.
Le témoignage de Mme A, 28 ans, habitante de Michuhol-gu, illustre parfaitement cette réalité. Après avoir obtenu un poste d’instructrice dans une académie en juin 2024, elle a été interrogée sur ses projets familiaux lors de l’entretien d’embauche. « Quand comptez-vous avoir des enfants ? Combien de temps pourrez-vous travailler ? » se souvient-elle. Six mois plus tard, elle annonçait sa grossesse, ce qui a rapidement changé l’attitude de ses collègues et de sa hiérarchie. « Au début, ils ont fait des félicitations, mais ensuite, j’entendais des remarques comme : « On ne peut pas me confier mes affaires. » » Elle a finalement démissionné, estimant ne pas pouvoir supporter la pression.
Les conséquences de ces interruptions de carrière se font sentir sur le marché du travail. Le taux d’emploi des femmes de plus de 10 ans dans la région d’Incheon est de seulement 8,3 %, la moitié de celui des hommes (16,5 %). L’assurance-emploi, indicateur de l’activité économique des femmes, est élevée au début de la vingtaine (59,8 % contre 40,2 % pour les hommes), mais chute rapidement à l’approche de la trentaine. On observe une concentration des interruptions de carrière entre 30 et 39 ans (42,8 % et 40,5 % respectivement).
La réinsertion professionnelle s’avère également difficile pour les femmes ayant interrompu leur carrière. Elles manquent souvent d’opportunités adaptées à leur situation et sont confrontées à des préjugés de la part des employeurs. Le salaire mensuel moyen des femmes à Incheon est de 2,02 millions de wons (environ 1 500 €), soit 70 % de celui des hommes (2,89 millions de wons, environ 2 150 €). Même dans les secteurs à forte proportion de femmes, comme la santé, l’action sociale, l’éducation et les services, les salaires féminins représentent seulement 40 à 70 % de ceux des hommes.
La ville d’Incheon analyse que l’écart salarial entre les hommes et les femmes est principalement dû aux interruptions de carrière liées à la maternité et à la garde d’enfants. Le retour sur le marché du travail se fait souvent avec des contrats précaires ou des salaires réduits, ce qui creuse les inégalités.
« Les désavantages subis par les femmes en raison de leur grossesse ou de leur maternité constituent une forme de discrimination, mais elles sont encore trop souvent considérées comme allant de soi », souligne Song Da-young, professeure au Département de protection sociale de l’Université nationale d’Incheon. Elle insiste sur la nécessité de changer la culture d’entreprise en matière de congé parental et de congé de maternité, et de mettre en place des systèmes permettant aux femmes de maintenir un lien avec le marché du travail, comme des horaires flexibles ou à temps partiel.
Un responsable municipal a déclaré que la ville s’engage à réduire l’écart salarial en combinant des formations professionnelles pour le réemploi des femmes avec une sensibilisation des institutions publiques.
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