Home SantéShakes, suppléments et barres protéinés : comment ils affectent l’intestin et la santé à long terme des adolescents

Shakes, suppléments et barres protéinés : comment ils affectent l’intestin et la santé à long terme des adolescents

by Sophie Martin

Publié le 9 octobre 2024 à 09h35. La consommation croissante de compléments protéinés, shakes et barres, particulièrement chez les jeunes, suscite l’inquiétude des médecins quant à ses effets potentiels sur la santé intestinale et générale.

  • L’usage excessif de protéines pourrait perturber l’équilibre du microbiote intestinal et favoriser le développement de maladies graves.
  • Des analyses révèlent que de nombreux compléments contiennent des additifs, des produits chimiques et des métaux lourds potentiellement dangereux.
  • Les experts recommandent de privilégier une alimentation équilibrée et naturelle plutôt que de recourir systématiquement à des suppléments protéinés.

L’attrait pour les protéines en poudre et les barres énergétiques, alimenté par l’influence des réseaux sociaux et la culture de la remise en forme, est en plein essor chez les adolescents et les jeunes adultes. Si ces produits sont souvent présentés comme des alliés pour le développement musculaire et le bien-être, des spécialistes mettent en garde contre les risques qu’ils peuvent engendrer pour la santé.

Selon un rapport du journal The Times, la conviction que ces compléments sont indispensables pour la construction musculaire et le maintien d’une bonne santé physique est largement répandue. Cependant, les preuves scientifiques concernant leurs effets à long terme sur les jeunes restent limitées.

La communauté médicale s’alarme face à cette tendance. Le Dr James Kinross, gastro-entérologue et chirurgien colorectal consultant à l’Imperial College de Londres, a déclaré :

« Ces poudres de protéines sont une mauvaise nouvelle et vraiment nocives pour l’intestin. »

Dr James Kinross, gastro-entérologue et chirurgien colorectal consultant à l’Imperial College de Londres

Il explique qu’une alimentation riche en protéines modifie le comportement des bactéries du côlon, générant des métabolites toxiques qui endommagent la muqueuse intestinale et pourraient être liés à des maladies graves, y compris le cancer.

Le Dr Kinross ajoute qu’une consommation dépassant 2 grammes de protéines par kilogramme de poids corporel quotidiennement, sur une période prolongée, augmente le risque de calculs rénaux, de lésions hépatiques, d’acné, de troubles de l’humeur et du syndrome du côlon irritable.

L’expert en fitness Joe Wicks et le Dr Chris de Tulleken, professeur agrégé à l’University College London, ont collaboré pour dénoncer les dangers des aliments ultra-transformés promus sous l’appellation « riches en protéines ». Ils ont notamment mis au jour, dans une expérience documentée par The Times, qu’une barre protéinée analysée contenait 96 ingrédients, dont beaucoup sont associés à des cancers, des accidents vasculaires cérébraux et une mortalité prématurée – tous légaux et présents dans des produits courants sur le marché.

Wicks souligne :

« Les protéines sont devenues quelque chose de présent dans tout : les yaourts, les chips, les barres chocolatées. Mais beaucoup contiennent des additifs, des produits chimiques, des édulcorants, des émulsifiants. Fondamentalement, ce ne sont que des produits chimiques, juste des poudres. Ils ne contiennent aucun aliment. »

Joe Wicks, expert en fitness

La composition des compléments protéinés est très variable. Le babeurre est l’ingrédient le plus fréquemment utilisé, décliné en versions isolées, concentrées et hydrolysées, avec différents niveaux de transformation et d’absorption. D’autres sources incluent les protéines de caséine, le collagène hydrolysé et des alternatives végétales à base de pois, de soja, de riz brun et de graines.

The Times a révélé que de nombreux produits contiennent des stabilisants et des additifs destinés à prolonger leur durée de conservation, dont les effets sur le microbiome intestinal ne sont pas encore entièrement connus. Le Dr Kinross recommande d’éviter les poudres et les barres contenant des édulcorants, des émulsifiants, des arômes ou des épaississants ajoutés.

Le risque de contamination dans ces compléments est également une source d’inquiétude. Une analyse menée aux États-Unis sur 70 marques populaires a révélé que 47 % dépassaient les limites de sécurité californiennes pour les métaux toxiques, le bisphénol A et les pesticides, ainsi que d’autres contaminants associés à des maladies graves.

Le Dr Kinross a averti que les produits biologiques ou végétaux ne sont pas exempts de ces dangers : « Les poudres de protéines végétales contenaient trois fois plus de plomb que les alternatives à base de lactosérum, et les poudres de protéines aromatisées au chocolat contenaient quatre fois plus de plomb que la vanille. »

En comparant les protéines animales et végétales, le Dr Kinross a expliqué que les sources végétales, telles que les pois et le soja, ont un effet différent sur l’intestin que le lactosérum et la caséine. Ces alternatives fournissent des fibres et des nutriments bénéfiques pour le microbiote intestinal. Toutefois, les risques de contamination par les métaux lourds demeurent.

Face à cette situation, les experts interrogés par The Times insistent sur l’importance de privilégier une alimentation variée et riche en fibres, à base d’aliments naturels. Ils conseillent que, si l’on souhaite consommer des protéines en poudre, elles soient intégrées dans des shakes préparés avec de vrais ingrédients, tels que du lait, une banane, du yaourt grec, du miel ou de l’avoine, afin de créer une matrice alimentaire complète.

De plus, ils soulignent que la majorité des adolescents et des jeunes peuvent obtenir toutes les protéines dont ils ont besoin grâce à des aliments tels que le poulet, les œufs, la viande, les yaourts et les légumineuses, sans avoir recours à des suppléments.

La quête d’un physique musclé et défini peut amener les jeunes à négliger leur bien-être intestinal, un aspect fondamental pour la santé à long terme, comme l’a souligné le Dr Kinross auprès de The Times.

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