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TikTok diffuse toujours du contenu d’automutilation et suicidaire en France

by Thomas Caron

Publié le 3 décembre 2025 à 21h36. Une étude conjointe de Northeastern University et d’Amnesty International révèle que l’algorithme de TikTok peut rapidement orienter les jeunes utilisateurs français vers des contenus de plus en plus sombres, allant de la tristesse à l’incitation au suicide, en quelques heures seulement.

  • TikTok peut recommander des vidéos sur les méthodes suicidaires à des utilisateurs qui ont simplement regardé du contenu exprimant de la tristesse.
  • Des chercheurs ont créé des faux comptes d’adolescents pour tester l’algorithme et ont constaté une progression rapide vers des contenus inquiétants.
  • Amnesty International appelle à des mesures contraignantes pour rendre l’application plus sûre pour les jeunes.

Des chercheurs de Northeastern University et d’Amnesty International ont mis en évidence une spirale potentiellement dangereuse sur TikTok. L’étude, intitulée «Traîné dans le terrier du lapin», démontre que l’algorithme de la plateforme peut, en très peu de temps, pousser les jeunes utilisateurs français intéressés par des contenus liés à la santé mentale vers des vidéos de plus en plus perturbantes, traitant de l’automutilation et du suicide.

L’expérience a consisté à créer des comptes simulant des adolescents de 13 ans. Dès les premières minutes de navigation, ces comptes ont été exposés à du contenu qualifié de « triste/dépressif » par les chercheurs. En se contentant de regarder ces vidéos, sans les aimer, les partager ou s’abonner à des chaînes, l’algorithme a rapidement commencé à recommander des contenus de plus en plus sombres. Dans certains cas, des vidéos explicitement traitant de méthodes suicidaires sont apparues en moins de 45 minutes.

« Nous avons constaté que TikTok oriente les jeunes vers des contenus de plus en plus inquiétants, même sans aucune interaction de leur part », explique Piotr Sapiezynski, chercheur associé à Northeastern University, qui a analysé la progression algorithmique. « Le simple fait de regarder ces vidéos signale à TikTok que ce type de contenu les intéresse. »

Levi Kaplan, doctorant à Northeastern University, a complété cette étude en automatisant le processus avec 10 comptes français supplémentaires. Les résultats ont confirmé que ce phénomène n’était pas anodin, mais bien systémique. « Nos tests automatiques ont été conçus pour compléter ces tests manuels afin de déterminer s’il s’agissait d’un problème généralisé », a-t-il déclaré.

Lisa Dittmer, chercheuse à Amnesty International sur les droits numériques des enfants et des jeunes, souligne l’impact potentiel de ces contenus : « Après seulement trois à quatre heures de navigation sur TikTok, des comptes tests d’adolescents ont été exposés à des vidéos qui banalisent le suicide ou montrent des jeunes exprimant leur intention de mettre fin à leurs jours, y compris des informations sur les méthodes suicidaires. » a-t-elle déclaré dans un communiqué de presse.

Cette recherche s’inscrit dans la continuité des rapports publiés en 2023 par Amnesty International, notamment «Poussé dans les ténèbres» et «“Je me sens exposé”», qui dénonçaient déjà les risques liés à l’utilisation de TikTok par les jeunes.

En France, TikTok est également soumis aux exigences de la Loi sur les services numériques (DSA) de l’Union européenne, qui vise à encadrer les plateformes en ligne et à protéger les droits fondamentaux des utilisateurs.

Par ailleurs, sept familles françaises, dont deux ayant perdu un enfant, ont engagé une action en justice contre TikTok, l’accusant de ne pas modérer suffisamment les contenus préjudiciables et d’exposer les enfants à des contenus mettant leur vie en danger. Plus d’informations sur cette affaire sont disponibles ici.

TikTok a réagi en défendant ses mesures de sécurité, affirmant disposer de plus de 50 fonctionnalités et paramètres dédiés à la protection des adolescents et supprimer 9 vidéos violentes sur 10 avant même qu’elles ne soient visionnées. La plateforme a toutefois critiqué la méthodologie de l’étude, la qualifiant de biaisée et soulignant que la grande majorité du contenu présenté aux robots de test n’était pas directement liée à l’automutilation.

Amnesty International France a formulé une série de recommandations à l’attention de la Commission européenne, des gouvernements des États membres de l’Union européenne et de TikTok, appelant à des mesures contraignantes pour garantir la sécurité des jeunes utilisateurs.

Katia Roux, chargée de plaidoyer à Amnesty France, a déclaré : « Des mesures contraignantes et efficaces doivent être prises pour obliger TikTok à rendre enfin son application sûre pour les jeunes de l’Union européenne et du monde entier. »

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