L’invitation controversée du prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane à la Maison Blanche, plusieurs années après l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi, a ravivé les critiques concernant les relations de l’administration américaine avec Riyad et le respect des droits de l’homme.
Lors d’une rencontre mardi, le président Donald Trump a publiquement loué le dirigeant saoudien, affirmant : « Nous sommes de très bons amis depuis longtemps. Nous avons toujours été du même côté sur chaque question. » Cet éloge intervient malgré les conclusions de la CIA, qui estime que l’assassinat de Khashoggi en octobre 2018, survenu au sein du consulat saoudien à Istanbul, en Turquie, a été ordonné par le prince Mohammed ben Salmane lui-même.
L’incident a suscité une vive réaction de la part des journalistes présents. Lorsque Mary Bruce, de la chaîne ABC News, a osé poser une question sur le meurtre de Khashoggi, le président Trump a immédiatement réagi avec irritation, la qualifiant de « question horrible, insubordonnée et tout simplement terrible ». Il a même suggéré qu’ABC News pourrait perdre sa licence de diffusion.
« Vous n’êtes pas obligé d’embarrasser notre invité en posant une question comme celle-là », a déclaré Trump, avant de dénigrer un journaliste absent, réduit au silence à jamais – une référence claire à Jamal Khashoggi. Il a ajouté : « Beaucoup de gens n’aimaient pas ce monsieur dont vous parlez. Que vous l’aimiez ou non, les choses arrivent. »
Cette attitude a été perçue comme un mépris flagrant envers la liberté de la presse et une minimisation d’un crime grave. L’assassinat de Khashoggi, un critique du régime saoudien, est largement considéré comme une tentative d’étouffer la dissidence et de contrôler le discours public.
Le prince Mohammed ben Salmane a reconnu que la mort de Khashoggi était « douloureuse et une énorme erreur », affirmant que son pays s’efforce d’éviter que de tels événements ne se reproduisent. Cependant, il n’a pas fourni de détails concrets sur les mesures prises à cet effet.
La réunion à la Maison Blanche visait également à souligner les investissements saoudiens dans l’économie américaine. Le prince Mohammed ben Salmane a évoqué la possibilité d’investissements atteignant 1 000 milliards de dollars (environ 1 100 milliards d’euros), une perspective que le président Trump a chaleureusement accueillie.
L’affaire Khashoggi a déjà conduit à la condamnation à mort de cinq personnes, mais les fils du journaliste ont par la suite annoncé que la famille avait accordé son pardon aux condamnés, ce qui a permis d’éviter leur exécution conformément à la loi islamique.
Les critiques soulignent que l’administration Trump semble privilégier les intérêts économiques et stratégiques avec l’Arabie saoudite au détriment des préoccupations liées aux droits de l’homme et à la liberté de la presse. Le rapport du Bureau du directeur du renseignement national de 2021, qui conclut qu’il est « hautement improbable que des responsables saoudiens aient mené une opération de cette nature sans l’autorisation du prince héritier », n’a pas semblé influencer la position du président Trump.
Le gouvernement saoudien a initialement nié toute implication dans la mort de Khashoggi, avant de finalement admettre que le journaliste avait été tué par des agents agissant de leur propre initiative. Aucune explication n’a été fournie quant à la présence d’une scie à os dans le consulat saoudien à Istanbul.
Par ailleurs, le président Trump a récemment critiqué une autre journaliste, Catherine Lucey de Bloomberg News, en l’injuriant lors d’un échange à bord d’Air Force One. Cet incident, ainsi que sa réaction à la question de Mary Bruce, illustrent son aversion et sa crainte envers la presse, un trait qu’il semble partager avec le prince héritier saoudien et d’autres dirigeants autoritaires.
