Donald Trump a annoncé cette semaine qu’il autoriserait la vente de puces H200, des composants avancés, du fabricant américain Nvidia à la Chine. Cette décision marque un revirement par rapport à la politique menée par l’administration Biden, que l’ancien président critique ouvertement.
« Cette époque est révolue », a déclaré Donald Trump, dénonçant une politique qu’il juge préjudiciable à l’innovation et aux travailleurs américains. L’annonce représente une victoire significative pour Nvidia et ses partisans au sein de l’administration, face à ceux qui prônaient un blocage total de l’accès chinois aux technologies d’intelligence artificielle (IA) de pointe. Les puces B200, encore plus performantes, restent toutefois exclues de cet accord.
Cette décision, paradoxalement, s’inscrit dans la continuité des politiques initiées sous le premier mandat de Trump. « La première personne à avoir orienté les États-Unis vers une stratégie de contrôle des puces fut Trump », souligne Steven Feldstein, chercheur au Carnegie Endowment for International Peace, spécialisé dans la technologie et la géopolitique. En 2019, l’administration Trump avait déjà interdit la fourniture de composants américains aux géants technologiques chinois ZTE et Huawei, invoquant leurs liens avec le gouvernement et l’armée chinoise. Ces mesures avaient incité Pékin à chercher des moyens de réduire sa dépendance aux États-Unis dans le domaine des semi-conducteurs.
L’administration Biden avait renforcé ces restrictions, limitant non seulement les équipements utilisés par les entreprises chinoises pour fabriquer des puces, mais aussi l’exportation des puces les plus avancées. Cette politique s’est intensifiée dans le contexte de la guerre en Ukraine, où des entreprises chinoises ont été accusées de fournir des composants technologiques à la Russie, en contournant les sanctions américaines, et avec l’essor rapide de l’IA, notamment grâce à l’arrivée de ChatGPT en 2022.
Certains responsables de l’administration Biden considéraient que les États-Unis et la Chine étaient engagés dans une nouvelle course aux armements pour développer une IA superintelligente, et que le contrôle américain sur la chaîne d’approvisionnement en puces lui conférait un avantage stratégique. Une règle stricte avait été mise en place, divisant les pays en trois catégories d’accès aux technologies américaines : accès total pour les alliés proches, interdiction pour les adversaires comme la Chine et la Russie, et surveillance accrue pour le reste du monde.
Le retour de Donald Trump a ravivé le débat sur cette stratégie. D’un côté, les partisans d’une ligne dure, présents dans les deux partis politiques, soutiennent le maintien de ces restrictions, arguant qu’elles sont essentielles pour préserver la suprématie américaine dans le domaine de l’IA, en particulier face aux ambitions militaires chinoises. Des développeurs d’IA, comme Dario Amodei d’Anthropic, se sont également exprimés en faveur de ces mesures. De l’autre côté, Nvidia, l’entreprise la plus valorisée au monde, défend une approche différente. Son PDG, Jensen Huang, estime que la meilleure façon pour les États-Unis de conserver leur leadership est de maintenir la dépendance mondiale à ses puces.
« Les entreprises chinoises ont déjà trouvé des moyens de contourner les restrictions, en important des puces sur le marché noir ou en utilisant des centres de données situés dans des pays tiers », a-t-il souligné. Jensen Huang, d’origine taïwanaise, s’est rapproché de Donald Trump ces derniers temps, devenant un interlocuteur privilégié de la Maison Blanche, remplaçant potentiellement Elon Musk dans ce rôle. Le succès de Nvidia en bourse, représentant environ 8 % de l’indice S&P 500, n’a pas non plus nui à sa cause. La perspective de partager les revenus de Nvidia a sans doute facilité l’accord.
Nvidia bénéficie également du soutien de personnalités influentes au sein de l’administration, comme David Sacks, investisseur, animateur de podcast et conseiller en IA de la Maison Blanche, qui plaide pour un assouplissement des restrictions afin de préserver la part de marché des entreprises américaines. Le secrétaire au Commerce, Howard Lutnick, a également estimé qu’il serait préférable de maintenir la Chine « accro » aux puces américaines. Cette semaine a été particulièrement favorable à cette faction de l’entourage de Trump, avec cette annonce et l’annonce d’un possible décret bloquant la réglementation de l’IA au niveau des États.
Il est cependant possible que Donald Trump ne soit pas motivé par des considérations stratégiques. Sa déclaration indiquait clairement que « le président Xi a réagi de manière très positive ! » à cette annonce. L’administration Trump semble moins intéressée par la « concurrence entre grandes puissances » que par la conclusion d’accords avec la Chine, une orientation confirmée par la nouvelle Stratégie de sécurité nationale 2025, publiée la semaine dernière, qui privilégie les préoccupations de sécurité dans l’hémisphère occidental et les tensions culturelles avec l’Europe.
Cette décision place les faucons républicains sur la Chine dans une position délicate. « Le Parti communiste chinois utilisera ces puces de pointe pour renforcer ses capacités militaires et son système de surveillance », a déclaré le représentant John Moolenaar, coprésident du Comité spécial sur la concurrence avec la Chine. Cette situation illustre une fois de plus l’influence des relations personnelles et des intérêts commerciaux sur la politique étrangère de cette administration, au détriment de l’idéologie ou des préoccupations traditionnelles de sécurité nationale.
Malgré l’annonce de Donald Trump, la Chine pourrait limiter l’accès national aux puces H200, dans le cadre d’une stratégie visant à encourager ses propres entreprises à développer des alternatives aux produits américains. Donald Trump a peut-être déclaré une trêve dans la guerre des puces, mais Pékin n’a pas l’intention de suivre le mouvement.
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