Publié le 17 octobre 2025 18h30. Des chercheurs du MIT et d’Adobe ont développé un logiciel innovant, baptisé Refashion, qui permet de concevoir des vêtements modulaires et reconfigurables, une réponse potentielle au gaspillage massif de l’industrie de la mode.
- Refashion décompose la conception de vêtements en modules de base, permettant aux utilisateurs de créer des plans pour des tenues adaptables.
- Le système génère automatiquement des schémas de coupe et permet de visualiser le rendu sur des modèles 3D.
- L’objectif est de promouvoir une mode plus durable en encourageant la réutilisation, la réparation et la transformation des vêtements existants.
Face à l’évolution rapide des tendances et à l’impact environnemental de l’industrie textile, une nouvelle approche de la conception vestimentaire émerge. Chaque année, environ 92 millions de tonnes de déchets textiles sont produits, conséquence directe de la « fast fashion » et de l’obsolescence programmée des vêtements. Une équipe de chercheurs du Laboratoire d’informatique et d’intelligence artificielle (CSAIL) du MIT et d’Adobe tente de répondre à ce défi en imaginant des vêtements plus écologiques et adaptables.
Leur solution, nommée Refashion, est un système logiciel qui révolutionne la manière dont les vêtements sont conçus. Il permet de décomposer un vêtement en ses éléments constitutifs, offrant aux utilisateurs la possibilité de dessiner, planifier et visualiser chaque composant. L’outil transforme ainsi une idée de mode en un plan précis pour assembler des vêtements reconfigurables, comme un pantalon qui pourrait se transformer en robe.
Avec Refashion, l’utilisateur esquisse simplement des formes et les assemble pour créer le contour d’un vêtement adaptable. Le logiciel génère alors un diagramme visuel indiquant comment couper le tissu, facilitant la création de pièces complexes comme une chemise avec une capuche amovible ou une jupe modulable pouvant se transformer en robe de soirée ou en vêtement de grossesse.
« Nous voulions créer des vêtements qui envisagent la réutilisation dès le départ », explique Rebecca Lin, doctorante au Département de génie électrique et d’informatique (EECS) du MIT, chercheuse au CSAIL et au Media Lab et principale auteure de l’étude présentant le projet.
Rebecca Lin, doctorante au MIT
L’étude, dont les résultats ont été publiés, montre que Refashion a le potentiel de rendre le prototypage de vêtements plus accessible et plus efficace. Des designers et des amateurs ont pu créer des prototypes fonctionnels en seulement 30 minutes, assemblant des pièces comme un haut asymétrique transformable en combinaison ou en robe de soirée.
L’interface de Refashion est intuitive. Elle propose une grille simple en mode « Éditeur de patron », où l’utilisateur relie des points pour définir les contours du vêtement. Il est possible de créer des panneaux rectangulaires et de spécifier la manière dont les différents modules s’assemblent. L’outil permet également de personnaliser la forme de chaque composant, de partir de modèles prédéfinis (t-shirt, chemisier ajusté, pantalon) ou de les modifier.
Refashion offre également des outils créatifs pour manipuler les modules individuels. La fonction « pli » permet de créer des effets d’accordéon, idéale pour concevoir une robe longue, tandis que la fonction « fronce » ajoute du volume pour créer des jupes ou des manches bouffantes. Le module « pince » permet de modeler le tissu, par exemple pour ajuster une jupe crayon ou le haut du corps d’une chemise.
L’assemblage des vêtements ne nécessite pas forcément de couture. Refashion propose des alternatives plus flexibles, comme des connecteurs double face (boutons-pression, Velcro) ou des attaches parisiennes, des petites épingles permettant de fixer temporairement les pièces. Ces méthodes facilitent la reconfiguration des modules en cas de dommage ou pour un simple changement de style.
Une fois le vêtement conçu, le système génère automatiquement un schéma simplifié pour l’assemblage, divisé en blocs numérotés que l’utilisateur peut positionner sur un mannequin 2D. Il est également possible de simuler le rendu sur des modèles 3D de différents types de corps, ou même d’importer un modèle personnalisé.
L’objectif ultime de Refashion est de changer notre rapport à la mode. Au lieu d’acheter constamment de nouveaux vêtements, nous pourrions simplement reconfigurer ceux que nous possédons déjà. Un foulard pourrait devenir un chapeau, un t-shirt pourrait se transformer en veste, et ainsi de suite.
« Le travail de Rebecca se situe à une intersection passionnante entre l’informatique et l’art, l’artisanat et le design », déclare Erik Demaine, professeur au MIT EECS et chercheur principal du CSAIL, qui supervise Lin. « Je suis ravi de voir comment Refashion peut rendre le design de mode personnalisé accessible à tous, tout en rendant les vêtements plus réutilisables et durables. »
Erik Demaine, professeur au MIT EECS
Les chercheurs travaillent actuellement à améliorer Refashion, notamment en intégrant des matériaux plus durables et en explorant de nouvelles fonctionnalités, comme la prise en charge de panneaux incurvés. Ils étudient également la possibilité d’optimiser l’utilisation des matériaux pour minimiser les déchets et de « remixer » des vêtements existants achetés en magasin.
Rebecca Lin prévoit également de développer de nouveaux outils pour aider les créateurs à concevoir des tenues uniques en utilisant des couleurs et des textures variées. Elle explore notamment la technique du patchwork, consistant à assembler de petits morceaux de tissus recyclés ou décoratifs.
« C’est un excellent exemple de la manière dont la conception assistée par ordinateur peut contribuer à des pratiques plus durables dans l’industrie de la mode », souligne Adrien Bousseau, chercheur principal au Centre Inria de l’Université Côte d’Azur, qui n’a pas participé à l’étude. « En promouvant la modification des vêtements à partir de zéro, ils ont développé une nouvelle interface de conception et un algorithme d’optimisation qui aide les concepteurs à créer des vêtements pouvant avoir une durée de vie plus longue grâce à une reconfiguration. Bien que la durabilité impose souvent des contraintes supplémentaires à la production industrielle, je suis convaincu que des recherches comme celle de Lin et de ses collègues permettront aux concepteurs d’innover malgré ces contraintes. »
L’étude a été menée par Rebecca Lin, en collaboration avec Michal Lukáč et Mackenzie Leake, scientifiques d’Adobe Research, et a bénéficié du soutien financier de la MIT Morningside Academy for Design, de la MIT MAKE Design-2-Making et du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada. Les résultats ont été présentés lors du symposium ACM sur les logiciels et technologies d’interface utilisateur.
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