Bangkok – Un rapport de la Banque mondiale met en lumière des freins majeurs au développement de l’économie numérique thaïlandaise, allant d’une réglementation trop stricte sur la protection des données à un accès inégal au haut débit. Ces obstacles compromettent le potentiel du pays à devenir un centre régional de données et à atteindre son objectif de statut de pays à revenu élevé d’ici 2037.
L’étude pointe du doigt une interprétation trop rigide de la loi thaïlandaise sur la protection des données personnelles (PDPA). Cette approche, selon la Banque mondiale, engendre confusion et entrave le partage de données crucial pour l’innovation, tant dans le secteur public que privé. « L’interprétation actuelle de la loi sur la protection des données personnelles est trop stricte », soulignent les auteurs du rapport.
Par ailleurs, le rapport dénonce la fragmentation des données au sein des administrations publiques. L’absence de coordination entre les différentes agences crée des « silos de données » qui nuisent à l’efficacité des services publics et génèrent des doublons. Pour y remédier, la Banque mondiale préconise la création d’une autorité nationale de gouvernance des données, chargée d’assurer une surveillance unifiée.
L’adoption tardive du cloud computing en Thaïlande constitue un autre obstacle majeur. Ce retard freine le potentiel du pays à se positionner comme un pôle régional pour les données. La Banque mondiale encourage le gouvernement à améliorer son indice de développement du gouvernement électronique (EGDI) et à viser une place dans le top 40 mondial. Elle insiste également sur la nécessité de combler les lacunes en matière de données sociales, notamment par une meilleure interopérabilité entre les administrations et la mise en place d’un registre social fédéré.
Au-delà des questions de données, le rapport souligne un déficit de compétences numériques. En 2022, seulement 18 % de la population thaïlandaise avait accès au haut débit fixe, un chiffre significativement inférieur à celui de ses voisins de l’ASEAN. De plus, l’utilisation de l’intelligence artificielle générative, mesurée par l’utilisation de ChatGPT, ne concernait que 6 % de la population en mars 2024.
L’étude identifie sept lacunes critiques qui entravent l’économie numérique thaïlandaise. Pour stimuler la croissance, la Banque mondiale recommande des réformes globales, incluant des partenariats public-privé renforcés et des programmes de formation ciblés. La simplification des réglementations est également jugée essentielle pour attirer les investissements étrangers et favoriser l’innovation.
Selon les prévisions de la Banque mondiale, l’économie numérique pourrait contribuer à hauteur de plus de 50 milliards de dollars américains (environ 45 milliards d’euros) au produit intérieur brut (PIB) de la Thaïlande d’ici 2025. Pour atteindre cet objectif et devenir un pays à revenu élevé d’ici 2037, une transformation numérique inclusive, axée sur les données et accélérée, est indispensable. Cette transformation doit bénéficier à tous, y compris aux communautés rurales, aux petites et moyennes entreprises (PME) et aux administrations publiques en transition vers des systèmes numériques.
