Publié le 23 novembre 2023 16:56:00. Des allégations de corruption impliquant l’entourage du président ukrainien Volodymyr Zelensky mettent en péril le soutien occidental à Kiev et relancent les discussions sur une possible issue négociée au conflit avec la Russie.
- Des proches collaborateurs du président Zelensky sont accusés d’avoir tenté de détourner 100 millions de dollars du secteur énergétique ukrainien.
- Le scandale affaiblit la position de l’Ukraine dans les négociations avec la Russie et pourrait faciliter un accord de paix aux conditions russes.
- L’aide occidentale à l’Ukraine, tant financière que militaire, est remise en question par plusieurs pays européens.
Une enquête menée par le Bureau national anti-corruption d’Ukraine (NABU), une agence soutenue par les gouvernements occidentaux, a révélé le 10 novembre des soupçons de corruption impliquant des personnes proches du président Volodymyr Zelensky. Parmi les personnes citées figurent Tymur Mindich, un associé commercial de Zelensky, ainsi que deux ministres. Des médias ukrainiens et occidentaux évoquent également une possible implication du chef de cabinet présidentiel, Andriy Yermak.
L’affaire intervient à un moment critique pour l’Ukraine, alors que le conflit avec la Russie s’enlise et que le soutien occidental commence à faiblir. Certains observateurs estiment que la manière dont l’enquête est menée, de façon progressive et stratégique, suggère une volonté d’obtenir des résultats politiques précis sous couvert de lutte contre la corruption.
Ce scandale porte un coup dur à la réputation internationale de Zelensky et à la crédibilité de l’Ukraine. Il pourrait également faciliter la recherche d’une solution négociée au conflit, en offrant un bouc émissaire pour une issue qui pourrait être perçue comme une défaite pour Kiev. Selon des informations divulguées par le journal britannique The Times le 11 novembre, le vice-ministre des Affaires étrangères Sergiy Kyslytsya avait déclaré que les négociations avec Moscou étaient suspendues en raison de leur manque de résultats. Quelques jours plus tard, le 18 novembre, Zelensky a annoncé son intention de relancer les discussions.
Parallèlement, des fuites médiatiques font état d’un nouveau plan de paix américain qui prévoirait que l’Ukraine cède aux principales exigences russes pour mettre fin à la guerre. Malgré des déclarations publiques parfois fermes, Zelensky n’a pas rejeté catégoriquement cette proposition et a promis de coopérer avec les États-Unis, signe de la perte de marge de manœuvre due au scandale de corruption.
La situation est d’autant plus préoccupante pour l’Ukraine que ses alliés occidentaux semblent atteindre leurs limites en matière de fourniture d’armes, de financement et de sanctions contre la Russie. Dix-neuf séries de sanctions sévères imposées à Moscou n’ont pas réussi à freiner l’armée russe, qui a même renforcé ses capacités technologiques depuis le début du conflit.
L’Ukraine, quant à elle, est confrontée à des difficultés croissantes sur le terrain, avec des pertes territoriales et humaines. Elle pourrait se retrouver à court de financements occidentaux dès le mois d’avril prochain. De plus, certains pays européens, comme la Pologne et l’Allemagne, ont exprimé leur réticence à continuer à accueillir un grand nombre de réfugiés ukrainiens.
L’appétit pour une poursuite du conflit avec la Russie s’est considérablement amoindri en Europe. Néanmoins, aucun dirigeant ne souhaite assumer la responsabilité d’un accord de paix défavorable à l’Ukraine, qui pourrait être perçu comme un échec de la politique occidentale.
Pour l’ancien président américain Donald Trump, assumer la responsabilité d’une défaite ukrainienne ne présente pas de risque majeur, puisqu’il a toujours qualifié ce conflit de « guerre de Biden », accusant son successeur, Joe Biden, d’en être à l’origine. La situation est plus délicate pour les dirigeants européens et pour Zelensky lui-même, qui ont investi beaucoup de capital politique dans la promesse d’une victoire sur le champ de bataille.
Il est important de se souvenir qu’en décembre 2019, lors d’une rencontre à Paris avec le président russe Vladimir Poutine, Zelensky et Poutine étaient parvenus à un accord de cessez-le-feu dans la région du Donbass, dans l’est de l’Ukraine. Cet accord avait mis fin aux hostilités et gelé la ligne de front pendant douze mois. À l’époque, une solution de paix plus favorable à l’Ukraine était envisageable, avec le maintien de sa souveraineté formelle sur le Donbass, tout en accordant une autonomie à certaines parties de la région sous influence russe. L’Ukraine aurait cependant dû renoncer à la péninsule de Crimée, occupée et annexée par la Russie en 2014.
Cependant, avec l’arrivée de Joe Biden à la Maison Blanche en janvier 2021, Zelensky a modifié sa stratégie et a adopté une ligne plus ferme à l’égard de la Russie, cherchant à obtenir des concessions plus importantes. Il a notamment réprimé le principal allié politique de Poutine en Ukraine, lancé une campagne pour l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN et encouragé ses alliés occidentaux à faire pression sur l’Allemagne pour qu’elle abandonne le projet de gazoduc Nord Stream 2. Cette politique de confrontation a finalement conduit à l’invasion totale de l’Ukraine par la Russie en février 2022.
Cette année, l’Ukraine a finalement abandonné ses exigences initiales, notamment un retrait complet des troupes russes et le paiement de réparations, et s’est dite prête à accepter un cessez-le-feu le long des lignes de front actuelles. Cette décision a été prise après des pertes territoriales importantes, la destruction d’infrastructures vitales, la mort de 14 500 civils et la perte de jusqu’à 100 000 soldats.
Un accord de paix aux conditions russes serait indéniablement injuste pour l’Ukraine et violerait potentiellement le droit international. Mais l’alternative est de laisser le pays sombrer davantage dans la dévastation et l’effondrement. La corruption au sein de l’entourage de Zelensky offre aux partisans de l’Ukraine en Occident une excuse pour se désengager d’un conflit dont ils ont contribué à attiser les flammes.
Les opinions exprimées dans cet article appartiennent à l’auteur et ne reflètent pas nécessairement la position éditoriale d’Al Jazeera.
