Publié le 22 octobre 2025 13h39. Une vaste étude publiée dans The Lancet révèle que les antidépresseurs ne sont pas interchangeables et présentent des effets physiologiques distincts sur le corps, allant de la prise de poids à des variations de la fréquence cardiaque et de la tension artérielle. Ces découvertes soulignent l’importance d’une approche personnalisée du traitement.
- Les 30 antidépresseurs analysés dans l’étude présentent des variations significatives sur des paramètres physiologiques clés tels que la fréquence cardiaque, la tension artérielle, le poids, le cholestérol et la glycémie.
- Certains médicaments, comme l’agomélatine, sont associés à une perte de poids, tandis que d’autres, comme la maprotiline et l’amitriptyline, peuvent entraîner une prise de poids.
- Les experts insistent sur la nécessité de surveiller régulièrement la santé physique des patients sous antidépresseurs, en particulier ceux souffrant de problèmes cardiovasculaires ou métaboliques.
Une méta-analyse exhaustive, portant sur 151 essais cliniques et 17 rapports de la Food and Drug Administration (FDA) américaine, impliquant un total de 58 534 participants, a mis en évidence des différences notables dans les effets secondaires des antidépresseurs. Cette recherche, menée par Toby Pillinger (King’s College de Londres) et Andrea Cipriani (Université d’Oxford), compare les effets physiologiques de 30 médicaments couramment prescrits pour traiter la dépression et d’autres troubles de l’humeur.
L’étude révèle que l’utilisation de l’agomélatine est corrélée à une perte de poids, tandis que la maprotiline et l’amitriptyline ont tendance à favoriser une prise de poids. D’autres médicaments, tels que la duloxétine, la venlafaxine, la desvenlafaxine et la paroxétine, peuvent augmenter les niveaux de cholestérol et de glucose, malgré une légère perte de poids chez certains patients.
Les chercheurs insistent sur le fait que ces résultats ne doivent pas dissuader les patients de prendre des antidépresseurs, qui restent des traitements essentiels et efficaces pour les problèmes de santé mentale. Ils soulignent plutôt la nécessité d’adapter le traitement à chaque individu, en tenant compte de son état de santé général et de ses préférences personnelles.
« C’est un travail méthodologiquement très solide, avec un large échantillon et des auteurs très prestigieux. La qualité des données permet des comparaisons fiables entre les antidépresseurs, ce qui est inhabituel, et offre une vue complète de leurs effets physiologiques. »
Diego Hidalgo-Mazzei, psychiatre à l’Hospital Clínic de Barcelone-Université de Barcelone
Selon le Dr Hidalgo-Mazzei, ces résultats sont particulièrement importants pour la pratique clinique en Espagne, car ils facilitent une prescription plus personnalisée et une prise de décision partagée entre le médecin et le patient, notamment chez les personnes atteintes de maladies cardiovasculaires ou métaboliques.
L’étude a également révélé des variations significatives dans les effets des antidépresseurs sur la fréquence cardiaque, avec une différence de plus de 20 battements par minute entre certains médicaments (une diminution d’environ 8 bpm avec la fluvoxamine et une augmentation de 14 bpm avec la nortriptyline). Des variations de plus de 10 mmHg ont également été observées sur la pression artérielle (une diminution d’environ 7 mmHg avec la nortriptyline et une augmentation de 5 mmHg avec la doxépine).
« Le profil de sécurité cardiovasculaire des antidépresseurs était déjà connu, mais ces travaux chiffrent les impressions cliniques et proposent un classement quantitatif très pratique. »
Edouard Vieta, chef du service de psychiatrie de l’Hospital Clínic et professeur à l’Université de Barcelone
Le professeur Vieta souligne que l’étude est très informative et utile pour mettre à jour les directives cliniques. Il tempère toutefois en précisant que l’analyse « n’a pas pu différencier les effets selon le sexe et que les données sur les effets indésirables rares sont limitées », tout en considérant que l’étude « renforce la sécurité générale des médicaments et aide à mieux comprendre leurs différences ».
Les auteurs de l’étude soulignent qu’il est encore nécessaire de déterminer si les effets physiques induits par les antidépresseurs persistent ou évoluent avec le temps, et que des recherches supplémentaires sont nécessaires pour comprendre comment ces médicaments affectent le corps sur le long terme. Plusieurs experts britanniques, interrogés par le Science Media Centre (SMC) britannique, partagent ce point de vue.
Le Dr Prasad Nishtala, de l’Université de Bath, souligne qu’il s’agit de « la première étude complète qui quantifie les changements physiologiques après un traitement aux antidépresseurs ». Il rappelle toutefois que, bien que les essais aient duré en moyenne huit semaines, « en pratique, les traitements durent généralement des mois ou des années, et les risques cumulés pourraient être plus importants ».
Il propose d’intégrer l’utilisation d’antidépresseurs dans les outils d’évaluation du risque cardiovasculaire, comme le calculateur britannique QRISK, « pour mieux refléter la charge métabolique réelle des traitements psychiatriques ».
De son côté, Azim Majeed, de l’Imperial College de Londres, estime que « les résultats soulignent la nécessité de contrôles de santé physiques de routine chez ceux qui prennent des antidépresseurs, surtout s’ils souffrent déjà de maladies cardiaques ou de diabète ». Le professeur Hamish McAllister-Williams, de l’Université de Newcastle, ajoute que « bien que l’étude fournisse une précision sans précédent, des données sur les traitements à long terme et sur la manière dont les maladies physiques antérieures affectent les effets secondaires sont toujours nécessaires ».
Bien que l’étude n’ait pas abordé les autres effets des antidépresseurs, tels que les changements sexuels ou émotionnels, ni les différences dans leur efficacité, les experts s’accordent à dire que les travaux fournissent une base scientifique solide pour personnaliser la prescription des antidépresseurs en fonction du profil de chaque patient.
« Ce type de preuve permet d’évaluer plus précisément la balance bénéfice-risque de chaque traitement », résume Hidalgo-Mazzei.
Questions sur la note :
- Quels antidépresseurs augmentent le cholestérol ou le poids ?
- Les médicaments tels que l’amitriptyline ou la maprotiline ont tendance à augmenter le taux de cholestérol et le poids corporel.
- Dans quelle mesure la fréquence cardiaque varie-t-elle avec les antidépresseurs ?
- Entre 8 et 14 battements par minute, selon le type de médicament analysé.
- Est-il dangereux de prendre des antidépresseurs pendant une longue période ?
- L’étude n’a pas mesuré les effets à long terme, mais les experts recommandent des contrôles périodiques et des ajustements médicaux.
Article connexe : Les antidépresseurs fonctionnent
Syndrome de sevrage : une étude sur l’arrêt des antidépresseurs
Les scientifiques découvrent le point exact auquel le bonheur améliore la santé et réduit les décès
