Publié le 24 septembre 2024 à 18h35. Une étude menée dans le Michigan suggère qu’il est sûr et pertinent de réduire rapidement l’utilisation d’antibiotiques à large spectre chez les patients atteints de sepsis communautaire, à condition qu’ils ne présentent pas de signes d’infection par des bactéries résistantes.
- La désescalade précoce des antibiotiques (au jour 4) n’augmente pas le risque de décès à 90 jours chez ces patients.
- Elle est associée à une diminution de la durée du traitement antibiotique et à des séjours hospitaliers plus courts.
- L’application de cette pratique varie considérablement d’un hôpital à l’autre, malgré les recommandations actuelles.
Des chercheurs du Veterans Affairs Ann Arbor Healthcare System et de l’Université du Michigan ont analysé les données de près de 37 000 patients hospitalisés pour un sepsis communautaire entre juin 2020 et septembre 2024, dans le cadre du Consortium sur la sécurité des médicaments des hôpitaux du Michigan. Cette initiative vise à améliorer la qualité des soins pour les patients à risque d’événements indésirables.
Les directives de traitement du sepsis, notamment celles de la campagne 2021 Surviving Sepsis, recommandent l’utilisation initiale d’antibiotiques à large spectre pour les patients présentant un risque d’infection par des organismes multirésistants (MDRO). Cependant, les études indiquent que seulement 10 % des patients atteints de sepsis sont réellement infectés par de tels organismes. L’utilisation excessive d’antibiotiques à large spectre peut entraîner des effets secondaires, tels que des infections à Clostridioides difficile, et favoriser le développement de résistances aux antibiotiques. C’est pourquoi il est recommandé de passer à des antibiotiques plus ciblés dès que l’absence de MDRO est confirmée.
L’étude a porté sur deux groupes de patients sans signe d’infection par des MDRO : ceux qui ont arrêté leur traitement contre le Staphylocoque doré résistant à la méthicilline (SARM) au jour 4 et ceux qui ont arrêté leur traitement contre la Pseudomonas aeruginosa (PSA) au jour 4. Les résultats ont été comparés à ceux de patients qui ont continué à recevoir ces antibiotiques à large spectre.
Après ajustement statistique pour garantir l’équivalence des groupes, les chercheurs n’ont constaté aucune différence significative en termes de mortalité à 90 jours entre les patients ayant bénéficié d’une désescalade et ceux ayant continué le traitement à large spectre (rapport de cotes anti-SARM : 1,00 ; anti-PSA : 0,98). La désescalade a également été associée à une réduction du nombre de jours d’antibiotiques (rapport de risque anti-SARM : 0,91 ; anti-PSA : 0,91) et à une durée d’hospitalisation plus courte (anti-SARM : 0,88 ; anti-PSA : 0,91).
Les auteurs soulignent que la proportion de patients ayant bénéficié d’une désescalade variait considérablement entre les 67 hôpitaux participants (désescalade anti-SARM : de 27,3 % à 61,7 % ; désescalade anti-PSA : de 6,9 % à 37,7 %). Ils suggèrent que cette variabilité pourrait refléter des différences dans la confiance clinique et la facilité de désescalade du traitement anti-SARM.
« Au total, nos données apportent des preuves supplémentaires suggérant que la désescalade des antibiotiques est à la fois sûre et appropriée chez les patients hospitalisés pour un sepsis communautaire, renforçant ainsi les recommandations des lignes directrices pour le faire dans la pratique clinique. »
Auteurs de l’étude
Les chercheurs appellent à la réalisation d’études prospectives randomisées pour mieux comprendre l’impact de la désescalade de classes spécifiques d’antibiotiques. Les résultats de cette étude ont été publiés dans JAMA Internal Medicine.
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