Home MondeUne thérapie génique expérimentale sauve des enfants atteints d’une maladie rare et grave

Une thérapie génique expérimentale sauve des enfants atteints d’une maladie rare et grave

by Clara Dubois

Une jeune Américaine de onze ans, Éliane Nachem, savoure une enfance insouciante après avoir bénéficié d’une thérapie génique révolutionnaire qui a restauré son système immunitaire, autrefois défaillant. Son histoire, et celle d’autres enfants atteints d’une maladie génétique rare, ouvre la voie à un traitement potentiellement curatif avec un taux de réussite impressionnant de 95 %.

Née en 2014 à Fredericksburg, en Virginie, Éliane a reçu un diagnostic de déficit immunitaire combiné sévère dû à un déficit en adénosine désaminase (ADA-SCID) seulement trois mois après sa naissance. Cette maladie génétique rare l’obligeait à vivre dans un environnement stérile, isolée du monde extérieur. Sa mère, Caroline, se souvient : « Nous avons dû nous séparer de notre chienne et de notre chat. Elle ne pouvait pas sortir et j’ai dû arrêter de l’allaiter. Tout ce qui pouvait contenir des germes était une menace. »

Face au dilemme d’une greffe de moelle osseuse ou d’une thérapie génique expérimentale, les parents d’Éliane, Caroline et Jeff, ont opté pour cette dernière après avoir pris connaissance des résultats prometteurs obtenus par le Dr Donald Kohn de l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA). « C’était comme recevoir un bouquet de fleurs par téléphone », confie Caroline, évoquant l’espoir suscité par les premiers résultats.

En septembre 2014, alors qu’elle avait dix mois, Éliane a reçu ses propres cellules souches génétiquement corrigées à l’UCLA. Ses parents ont décrit ce moment comme une « renaissance ». « Je me souviens avoir pensé : elle renaît et il ne reste plus qu’à la voir grandir », raconte Caroline.

Dix ans plus tard, la promesse scientifique du Dr Kohn s’est concrétisée. Éliane mène désormais une vie normale, fréquente l’école publique, joue au basket-ball et profite pleinement de son enfance. « Maintenant, le plus compliqué, c’est qu’elle entre au lycée et qu’elle commence à me diriger », plaisante sa mère.

L’ADA-SCID, causée par des mutations du gène ADA qui produit une enzyme essentielle au fonctionnement du système immunitaire, peut être mortelle dans les deux premières années de vie si elle n’est pas traitée. La thérapie génique expérimentale développée par les chercheurs de l’UCLA, de l’University College London et du Great Ormond Street Hospital (GOSH) à Londres a permis de restaurer et de maintenir la fonction immunitaire chez 59 des 62 enfants atteints de cette maladie.

Les traitements standards actuels, tels que la greffe de moelle osseuse ou les injections hebdomadaires d’enzymes, présentent des limites et des risques potentiels à long terme. La thérapie génique propose une approche innovante : les médecins collectent les cellules souches sanguines de l’enfant et utilisent un lentivirus modifié pour introduire une copie saine du gène ADA. Une fois réinjectées, les cellules souches corrigées génèrent des cellules immunitaires capables de combattre les infections.

Une étude publiée dans le « New England Journal of Medicine » a révélé que la fonction immunitaire est restée stable chez les 59 patients traités avec succès, sans complications majeures signalées. De plus, plus de la moitié des enfants ont reçu une préparation congelée de cellules souches corrigées, avec des résultats similaires à ceux ayant reçu des cellules fraîches, ce qui pourrait faciliter l’accès à cette thérapie à l’échelle mondiale.

« Ces résultats correspondent à ce à quoi nous nous attendions lorsque nous avons commencé à développer cette approche », explique le Dr Donald Kohn, professeur à l’UCLA. « La durabilité de la fonction immunitaire, la cohérence dans le temps et le profil de sécurité soutenu sont incroyablement encourageants. »

L’équipe de l’UCLA travaille actuellement à obtenir l’approbation de la Food and Drug Administration (FDA) américaine. « Notre objectif est que cette thérapie soit approuvée par la FDA d’ici deux ou trois ans », précise le Dr Kohn. « Les données cliniques soutiennent fortement l’approbation, et nous devons maintenant démontrer que nous pouvons fabriquer le traitement selon les normes pharmaceutiques commerciales. »

Chiffres clés

  • Taux de réussite de la thérapie génique : 95 %
  • Nombre d’enfants traités avec succès : 59 sur 62
  • Suivi à long terme : Stabilité de la fonction immunitaire au-delà de la période de récupération initiale

Contexte

L’ADA-SCID est une maladie génétique rare qui affecte le système immunitaire, rendant les enfants extrêmement vulnérables aux infections. Avant le développement de la thérapie génique, les options de traitement étaient limitées et comportaient des risques importants.

Ce qui change

La thérapie génique offre une nouvelle perspective pour les enfants atteints d’ADA-SCID, avec un taux de réussite élevé et un profil de sécurité favorable. Elle pourrait potentiellement éliminer le besoin de traitements à vie et améliorer considérablement la qualité de vie des patients.

Prochaines étapes

L’obtention de l’approbation de la FDA est la prochaine étape cruciale pour rendre cette thérapie accessible à un plus grand nombre d’enfants. Les chercheurs continuent également d’étudier les effets à long terme de la thérapie génique et d’explorer son potentiel pour traiter d’autres maladies génétiques.

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