Publié le 6 octobre 2025 17:51:00. Le Premier ministre indien Narendra Modi multiplie les rencontres diplomatiques, affichant à la fois une proximité avec Moscou et avec les dirigeants européens, notamment Ursula von der Leyen. Cette stratégie, ancrée dans une tradition de non-alignement, témoigne d’une volonté de New Delhi de diversifier ses partenariats et d’affirmer son rôle sur la scène mondiale.
- Narendra Modi a rencontré Vladimir Poutine en septembre 2023, une image largement diffusée sur les réseaux sociaux.
- Il a également participé au G7 et rencontré les dirigeants européens, illustrant une politique de « multi-alignement ».
- L’Inde poursuit une stratégie diplomatique visant à équilibrer ses relations avec les grandes puissances (États-Unis, Chine, Russie, Union européenne).
Depuis son indépendance en 1947, l’Inde a développé une politique étrangère singulière, refusant de s’aligner sur les blocs traditionnels. Héritière du mouvement des Non-Alignés, initié lors de la conférence de Bandung en 1955, New Delhi privilégie les partenariats stratégiques et la diversification de ses alliances. Cette approche, initialement conçue pour échapper à la logique de la Guerre froide, a évolué vers un « multi-alignement » au XXIe siècle.
Cette stratégie se traduit par des rencontres régulières avec les dirigeants du monde entier. En septembre 2023, Narendra Modi a publié sur ses réseaux sociaux une photo le montrant aux côtés de Vladimir Poutine, lors du sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) à Tianjin, en Chine. Il avait auparavant participé au G7, où il avait rencontré les dirigeants français, italiens et européens. L’Inde affirme ainsi son ambition de devenir une puissance mondiale.
Pour New Delhi, il s’agit de préserver ses intérêts nationaux en évitant une dépendance excessive à l’égard d’une seule puissance. L’Inde continue de commercer avec la Chine, tout en renforçant ses liens avec les États-Unis au sein du groupe Quad (un groupe de renseignement et de défense composé des États-Unis, de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande). Elle maintient également des relations économiques importantes avec la Russie, notamment dans le domaine des hydrocarbures, sans pour autant s’aliéner le marché européen.
L’Union européenne joue un rôle clé dans cette équation. Premier partenaire commercial mondial, avec une population de 440 millions d’habitants (soit moins d’un tiers des 1,429 milliard d’habitants du sous-continent indien), l’UE est également un pôle technologique majeur. Les relations entre l’UE et l’Inde reposent sur des accords conclus dès 1967 et 1973, renforcés par ceux de 1981 et de 1994, qui constituent encore aujourd’hui le cadre de leur coopération.
En 2023, les échanges commerciaux entre l’UE et l’Inde ont dépassé les 184 milliards d’euros, un chiffre en constante augmentation. Plusieurs projets sont en cours pour renforcer ces liens, notamment le corridor économique Inde-Europe-Moyen-Orient (IMEC), lancé en 2023, qui vise à créer un réseau d’infrastructures commerciales reliant l’Inde à l’Europe, sur le modèle des nouvelles routes de la soie chinoises. Ce projet ambitionne de développer les réseaux ferrés, les ports et les autoroutes, ainsi que de simplifier les procédures douanières.
Parallèlement, les négociations pour un accord de libre-échange entre l’UE et l’Inde, entamées en 2007 et interrompues en 2013, ont été relancées en 2021. Les discussions progressent et une signature du traité pourrait intervenir d’ici le premier semestre 2026. Les principaux points de blocage concernent les exportations agricoles indiennes vers l’UE et l’accès européen au marché automobile indien.
La nouvelle approche stratégique indo-européenne proposée par la Commission européenne englobe également la coopération universitaire, la lutte contre le changement climatique et la défense. Ursula von der Leyen a récemment souligné la nécessité pour l’UE de devenir plus géopolitique, en s’affranchissant d’une logique d’alliances rigides.
Dans un contexte mondial en mutation, marqué par l’imprévisibilité de la politique américaine et la montée en puissance de la Chine, l’Inde et l’UE partagent un intérêt commun pour la diversification de leurs partenariats. Si des divergences subsistent sur certaines questions (vision de la démocratie, médiation dans le conflit ukrainien, etc.), la volonté politique de rapprochement semble l’emporter, comme en témoignent les nombreuses initiatives lancées par les deux parties. L’Inde ne cherche pas à créer un nouveau bloc, mais à établir des relations stables et approfondies avec l’Union européenne.
Pour que ce partenariat se concrétise pleinement, l’UE devra adopter une approche plus géopolitique et se libérer des contraintes d’une logique d’alliances traditionnelles. Une telle évolution permettrait à l’Europe de conclure des accords plus équilibrés et de relever plus efficacement les défis du XXIe siècle, à l’image de l’Inde.
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