Entre 2020 et 2025, le nombre de décès maternels liés à une grossesse extra-utérine aux États-Unis a presque doublé pour atteindre près de 200 cas. Selon une analyse des données des Centers for Disease Control and Prevention, cette hausse marquée touche particulièrement les États ayant instauré des interdictions strictes de l’avortement.
Les grossesses extra-utérines, qui surviennent lorsque l’œuf fécondé s’implante en dehors de l’utérus, le plus souvent dans une trompe de Fallope, représentent la principale cause de mortalité maternelle au cours du premier trimestre.
Une hausse nationale contrastée entre les États
Une analyse menée par ProPublica met en lumière une augmentation spectaculaire. Près de 200 femmes sont décédées des suites d’une grossesse extra-utérine entre 2020 et 2025, contre environ 100 au cours des six années précédentes. Si le chaos et les difficultés d’accès aux soins durant la pandémie de COVID-19 ont probablement contribué aux premiers décès, la tendance s’est poursuivie.
L’analyse révèle une fracture grandissante : la hausse a été nettement plus prononcée dans les États qui ont interdit l’avortement après l’annulation de l’arrêt Roe v. Cette situation met en évidence l’impact des restrictions législatives sur les délais de prise en charge des patientes.
Alice Abernathy, obstétricienne-gynécologue à Philadelphie, a indiqué via ProPublica qu’un décès lié à une grossesse extra-utérine ne devrait réellement jamais se produire.
L’impact des lois sur l’avortement et la peur des poursuites
Pour traiter une grossesse extra-utérine, qui ne peut en aucun cas aboutir à terme, les médecins doivent recourir à une interruption médicale ou chirurgicale. Néanmoins, les lois restrictives adoptées dans plusieurs États créent un climat d’incertitude juridique. Bien que ces législations prévoient généralement des exceptions pour sauver la vie de la mère, la formulation jugée vague des textes suscite la crainte chez les professionnels de santé.

Plusieurs patientes ont témoigné de retards de traitement critiques. Kyleigh Thurman a failli perdre la vie au Texas en 2023 après que deux services d’urgences l’ont renvoyée chez elle, malgré les signes évidents de sa complication.
Dans un autre cas médiatisé, une élue républicaine de Floride, Kat Cammack, a révélé qu’elle avait failli mourir d’une grossesse extra-utérine cornuale en mai 2024. Le personnel hospitalier, caints de perdre leur licence ou d’être incarcérés en raison de la nouvelle interdiction en vigueur dans l’État, a hésité à lui administrer la dose de méthotrexate nécessaire avant qu’elle n’intervienne directement pour faire valoir les dispositions légales.
Des retards de diagnostic et une réponse fédérale jugée insuffisante
Obtenir un diagnostic définitif pour une grossesse extra-utérine peut prendre plusieurs jours, augmentant considérablement le risque de rupture de la trompe et d’hémorragie interne massive.

Malgré la montée des chiffres enregistrée par les agences fédérales, aucune réponse publique notable n’a été formulée par les autorités sanitaires, le Department of Health and Human Services ayant par ailleurs réduit ses effectifs et ses financements dédiés à la santé maternelle.