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Venezuela, Maduro, le « Call of Duty » et le « soft power » des États-Unis | Babelia

by Nicolas Lefèvre

Publié le 5 janvier 2026 04:30:00. L’opération menée par les forces spéciales américaines pour capturer Nicolás Maduro, le président vénézuélien, résonne étrangement avec des scénarios dépeints depuis des années dans les jeux vidéo de guerre, soulevant des questions sur l’influence de la culture populaire sur la perception des conflits.

  • Le jeu Call of Duty: Fantômes (2013) avait déjà imaginé une Fédération sud-américaine, dirigée depuis Caracas, comme une menace pour les États-Unis, suscitant la controverse au Venezuela.
  • La saga Call of Duty, comme d’autres jeux de guerre, est souvent accusée de glorifier l’interventionnisme militaire américain et de normaliser des opérations complexes.
  • L’armée américaine elle-même développe des jeux vidéo à des fins de recrutement et de communication, brouillant davantage les frontières entre fiction et réalité.

L’annonce de la capture de Nicolás Maduro par les forces spéciales américaines, relayée samedi par Donald Trump, a frappé par sa similitude avec les récits que l’on retrouve fréquemment dans les jeux vidéo de guerre. Le président américain a déclaré :

« Nous avons fait sortir Maduro d’une forteresse militaire fortement gardée au cœur de Caracas. »

Donald Trump, président des États-Unis

Cette déclaration, combinée à la description d’une opération d’extraction chirurgicale menée par des forces d’élite, rappelle de manière troublante les scénarios de jeux comme Call of Duty, Battlefield, Medal of Honor ou Rainbow Six.

L’écho de ces jeux vidéo dans l’actualité n’est pas nouveau. Dès 2013, le jeu Call of Duty: Fantômes, dixième opus (sur 22 à ce jour) de la série Appel du devoir, avait créé la polémique au Venezuela. Le jeu présentait une Fédération – une alliance fictive de pays sud-américains dont la capitale était Caracas – comme une superpuissance militaire hostile aux États-Unis. Nicolás Maduro, alors nouvellement au pouvoir, avait dénoncé une association du Venezuela avec une menace militaire mondiale et une positionnement symbolique d’antagoniste. L’actualité récente donne un relief particulier à cette prédiction virtuelle.

Certains théoriciens de la conspiration évoquent la théorie de la « programmation prédictive », qui suggère que les produits culturels (cinéma, séries, jeux vidéo, etc.) seraient utilisés pour préparer psychologiquement la population à des événements futurs. Bien que cette hypothèse puisse sembler extrême, il est indéniable que la saga Call of Duty, avec sa propension à mélanger réalité et fiction, a fini par anticiper des événements militaires. Comme le souligne le principe du rasoir d’Ockham, l’explication la plus simple est souvent la plus probable : il était statistiquement inévitable qu’un de ces jeux finisse par prédire un conflit réel.

Si Call of Duty: Fantômes a été le plus controversé, d’autres titres de la série, tels que Modern Warfare, Black Ops ou Warzone, ont également suscité des débats dans différents pays et contextes géopolitiques. Cette tendance ne se limite pas à Call of Duty. Des jeux comme Battlefield, Medal of Honor et Rainbow Six adoptent souvent un ton pro-militaire, parfois avec la collaboration d’anciens membres des forces spéciales. L’armée américaine elle-même a développé America’s Army, un jeu vidéo conçu comme un outil de recrutement et de communication. L’influence de l’armée sur ces productions est souvent palpable.

Au-delà des jeux vidéo, le cinéma a également contribué à cette représentation idéalisée de la puissance militaire américaine, à travers des films comme Top Gun, 13 Hours, Black Hawk Down, American Sniper, ou encore les productions mettant en scène les Delta Force de Chuck Norris. Ces unités d’élite ont d’ailleurs été impliquées dans des opérations sensibles, comme la capture de Maduro. Ces œuvres se situent à mi-chemin entre la propagande militaire et le thriller d’action, mais elles partagent un dénominateur commun : la justification de l’intervention américaine dans les conflits géopolitiques, présentée comme nécessaire et moralement légitime. Elles constituent, en quelque sorte, les ambassadeurs culturels de la puissance militaire américaine.

Reste à savoir si la capture de Maduro s’est déroulée en secret ou si l’opération menée par les États-Unis est effectivement la plus audacieuse de leur histoire. Quoi qu’il en soit, elle s’inscrit parfaitement dans l’image de force que les États-Unis cherchent à projeter à travers leur soft power. Les écrans de ces jeux vidéo semblent d’ailleurs confirmer cette vision : attaques ciblées avec peu de victimes civiles, forces d’élite infiltrant discrètement les territoires hostiles, opérations d’extraction chirurgicales… Pour les nouvelles générations, élevées au Call of Duty, la concrétisation de ces scénarios n’est plus une surprise. Ils savent désormais à quoi s’attendre, et qui sont les « ennemis de la liberté ».

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