Tottenham, après un début de saison en demi-teinte, semble suivre une trajectoire étonnamment similaire à celle d’Arsenal il y a quelques années : une consolidation défensive rigoureuse avant de débloquer pleinement le potentiel offensif. Le nouveau directeur général de Tottenham, Vinai Venkatesham, connaît bien cette recette, ayant été un fervent défenseur de Mikel Arteta à Arsenal.
Les Spurs, qui encaissaient des buts à un rythme alarmant sous Ange Postecoglou, ont considérablement resserré leur défense sous Thomas Frank. Ils concèdent désormais moins d’un but par match en Premier League, réduisant d’environ 15 % le nombre de tirs et d’occasions de but non issues de pénalty qu’ils autorisent à l’adversaire. Bien qu’ils restent 16e de la ligue en termes d’occasions de but non issues de pénalty concédées, les progrès sont indéniables par rapport aux statistiques relégables de la saison dernière.
Cette transformation défensive rappelle la méthode employée par Arteta à Arsenal. Frank, à l’instar de Xabi Alonso à Leverkusen, privilégie la solidité avant l’embellissement. Après une victoire 1-0 contre Villarreal en septembre, il a souligné l’importance de « bases solides », appelant à la patience pour l’émergence d’une structure offensive plus complète.
L’amélioration défensive de Tottenham se traduit également par une capacité accrue à voyager. Bien que leur production offensive à l’extérieur soit actuellement gonflée par un taux de conversion exceptionnellement élevé, l’équipe parvient à rester solide et compte sur sa capacité à maintenir cette discipline lors de ses déplacements, y compris au stade de l’Emirates, où elle n’a pas gagné en championnat depuis 2010.
Cependant, cette focalisation sur la défense a eu un impact sur l’attaque. Tout comme Arteta a dû temporairement sacrifier une partie du potentiel offensif de son équipe, Frank a vu l’attaque de Tottenham devenir plus sobre. Les 19 buts marqués en Premier League ont été obtenus à partir de seulement 11,12 occasions de but non issues de pénalty (16e place de la ligue) et 107 tirs (18e place, soit plus de 50 tirs de moins qu’Arsenal). Le milieu de terrain, axé sur la récupération et l’énergie, peine à alimenter efficacement Mohamed Kudus en attaque.
La performance la plus faible en attaque est survenue lors de la défaite contre Chelsea, où l’équipe n’a enregistré que 0,12 occasion de but, les trois tirs étant l’œuvre de Kudus. Cette absence de créativité offensive rappelle les matchs insipides de l’ère COVID, où Arteta lui-même était parfois critiqué pour son incapacité à construire une attaque fonctionnelle.
Frank, contrairement à Arteta à son arrivée, n’avait pas la même connaissance intime des problèmes de Tottenham. Arteta, ancien capitaine du club, avait une compréhension claire des dysfonctionnements qui persistaient depuis des années. Il savait précisément quelles structures devaient être remises en question. Frank, en revanche, doit encore identifier les faiblesses structurelles et espérer qu’il dispose de jeunes talents capables de transformer le club, comme Bukayo Saka l’a fait pour Arsenal.
De plus, Arteta a bénéficié d’un contexte unique : la pandémie de COVID-19 a offert à Arsenal un espace et un temps précieux pour se reconstruire. Les critiques étaient souvent qualifiées de « bruit » par les dirigeants du club, et les stades vides ont contribué à atténuer la pression. Frank, lui, n’aura pas ce luxe. La patience des supporters, déjà mise à l’épreuve après la défaite contre Chelsea, pourrait s’effriter rapidement.
Pour obtenir le temps nécessaire à sa reconstruction, Frank doit obtenir des résultats significatifs, notamment lors de matchs cruciaux comme celui de dimanche contre Arsenal. Une victoire pourrait galvaniser les supporters et servir de promesse de temps meilleurs, à l’image de la première victoire d’Arsenal après le confinement qui a marqué un tournant dans le projet d’Arteta.
Sur le même sujet
