Home SantéLes Kenyans se lancent pour mettre fin à l’hémorragie post-partum – Business Health

Les Kenyans se lancent pour mettre fin à l’hémorragie post-partum – Business Health

by Sophie Martin

Publié le 30 septembre 2024 16:28:00. Plus de 6 000 Kenyans ont participé à une course de sensibilisation à Nairobi et dans d’autres villes du pays pour lutter contre les hémorragies post-partum (HPP), une cause majeure de mortalité maternelle en Afrique.

  • La course « End PPH » a sensibilisé au problème des HPP et a lancé une campagne de don de sang pour pallier les pénuries.
  • Le Kenya a besoin d’environ 500 000 unités de sang par an, mais n’en collecte que moins de la moitié.
  • Des programmes pilotes dans le comté de Makueni ont démontré qu’une formation adéquate et l’accès à des médicaments appropriés peuvent réduire drastiquement les décès liés aux HPP.

Dimanche dernier, les terrains sportifs d’Ulinzi, à Nairobi, ont résonné des pas de plus de 6 000 participants venus de tous horizons – professionnels de santé, étudiants, parents et enfants – tous unis par un même cri : aucune mère ne devrait mourir en donnant la vie. Cet événement marquait la deuxième édition de la course « End PPH », une initiative qui prend désormais une dimension continentale.

Organisée par l’Université de Nairobi en collaboration avec la Kenya Obstetrical and Gynecological Society (KOGS) et la Midwives Association of Kenya (MAK), la course dépasse le simple cadre d’une compétition sportive. Elle vise à mettre en lumière un problème de santé publique souvent silencieux : les hémorragies post-partum (HPP), qui sont responsables de près de la moitié des décès maternels liés à des saignements.

Au-delà de la sensibilisation, l’édition de cette année s’est concentrée sur un défi majeur des soins maternels au Kenya : la pénurie de sang. Les organisateurs ont ainsi lancé une campagne de don de sang et une « initiative de banque de sang itinérante », un programme mobile permettant aux participants de connaître leur groupe sanguin et de recevoir des alertes en cas de besoin urgent de dons.

Selon le Dr Patrick Amoth, directeur général de la santé au Kenya, le pays a besoin d’environ 500 000 unités de sang chaque année (environ 4,5 millions de litres), mais n’en collecte que moins de la moitié. Il a souligné que la prise en charge des HPP nécessite une intervention rapide et un accès fiable aux transfusions sanguines, sans quoi des vies sont compromises.

À l’échelle mondiale, les HPP causent la mort de 70 000 femmes chaque année, dont 90 % dans les pays à faibles ressources. Au Kenya seul, elles sont à l’origine de près de 3 000 décès maternels annuels.

« Les HPP constituent l’une des cinq principales causes de décès chez les femmes pendant l’accouchement. Les mères ne meurent pas par manque de médicaments ou de connaissances, mais parce que nous ne nous sommes pas mobilisés en tant que société pour garantir qu’aucune femme ne décède en donnant la vie. »

Dr Simon Kigondu, président de la Kenya Medical Association

Cette année, la course « End PPH » a dépassé les frontières de Nairobi, avec des événements simultanés organisés à Mombasa, Kakamega, Homabay, Machakos, ainsi qu’au Rwanda et en Ouganda, témoignant de l’ampleur et de l’urgence de la problématique.

Le professeur Moses Obimbo, professeur d’anatomie à l’Université de Nairobi et obstétricien-gynécologue à l’origine de l’initiative, a insisté sur l’importance de l’engagement communautaire.

« Nous ne pouvons plus accepter une situation où une mère décède toutes les deux minutes des suites de complications liées à l’accouchement, surtout lorsque des interventions simples, abordables et éprouvées existent. »

Professeur Moses Obimbo, Université de Nairobi

Des programmes pilotes menés dans le comté de Makueni illustrent les résultats positifs qui peuvent être obtenus lorsque les outils appropriés sont mis à disposition des professionnels de santé. Grâce à la formation des agents de santé et au déploiement de la carbétocine stable à la chaleur – un médicament efficace pour prévenir les saignements post-partum et désormais disponible à un coût réduit – les décès maternels liés aux HPP sont passés de 12 en 2022 à zéro en 2023 et 2024, selon Michael Muthamia de Jhpiego, directeur de projet pour Ampli PPH.

Cependant, les progrès restent inégaux. Le Kenya souffre d’une grave pénurie de personnel médical, avec un ratio d’un médecin pour plus de 1 000 patients, bien en deçà des 44 médecins pour 1 000 personnes recommandés par l’Organisation mondiale de la santé.

Le Dr Amoth a reconnu que le pays n’est pas sur la bonne voie pour atteindre l’objectif de réduction de la mortalité maternelle fixé pour 2030. Le taux de mortalité maternelle actuel est de 355 pour 100 000 naissances vivantes, alors que l’objectif est de 70 pour 100 000.

« C’est pourquoi le plaidoyer et les partenariats comme celui-ci sont essentiels. »

Dr Patrick Amoth, directeur général de la santé au Kenya

Récemment, la Fondation Gates a promis 2,5 milliards de dollars pour lutter contre les problèmes de santé des femmes négligés, notamment les HPP. Cet investissement historique, selon les responsables de la santé africaine, doit se traduire par des actions concrètes.

Le professeur Obimbo a conclu :

« La santé maternelle est une question d’équité et de justice. La course End PPH est un appel aux gouvernements, aux donateurs et aux communautés pour faire de la maternité en toute sécurité une priorité. Nous avons enfin l’opportunité de garantir qu’aucune femme ne meure en donnant la vie. »

Pour les militants sur le terrain, il ne s’agit pas seulement de statistiques, mais de dignité. « Les femmes méritent la dignité après l’accouchement. Si nous ne pouvons pas garantir cela, alors nous avons échoué en tant que pays. »

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