Un dépistage à grande échelle de la lipoprotéine(a) [Lp(a)], une particule longtemps négligée, pourrait révolutionner la prévention des maladies cardiovasculaires. De nouvelles recommandations médicales incitent désormais à tester tous les adultes, face à la reconnaissance croissante de son rôle causal dans les problèmes cardiaques.
Longtemps sous-estimé, le rôle de la Lp(a) dans le développement des maladies cardiovasculaires athéroscléreuses (ASCVD) est désormais clairement établi grâce à des recherches approfondies menées au cours des 15 dernières années, notamment des études d’association à l’échelle du génome. Cette petite particule, semblable à du mauvais cholestérol (LDL), peut avoir un impact significatif sur la santé, et l’on estime qu’au moins une personne sur cinq dans le monde présente des taux élevés – supérieurs à 125 nmol/L.
Pourtant, le dépistage de la Lp(a) reste rare. Une étude récente, publiée en mai 2025, a révélé que seulement 0,1 % des adultes américains avaient été testés pour cette lipoprotéine. Sur les 70 000 personnes testées, 21,4 % présentaient des niveaux élevés, ce qui confirme les estimations précédentes. Cette situation évolue rapidement, avec plusieurs organisations cliniques recommandant désormais un dépistage unique pour tous les adultes tout au long de leur vie.
La Lp(a) est constituée de deux protéines principales, l’apolipoprotéine(a) et l’apolipoprotéine B-100, liées de manière covalente. Au-delà de ses effets inflammatoires, elle favorise le développement de plaques d’athérosclérose dans les artères, augmentant ainsi le risque de maladies coronariennes, de valvulopathie aortique, d’insuffisance cardiaque, d’accident vasculaire cérébral ischémique et de maladie artérielle périphérique. Chez les patients déjà atteints d’une maladie cardiovasculaire, des niveaux élevés de Lp(a) sont également associés à un risque accru de complications.
Contrairement au cholestérol LDL, la Lp(a) est fortement influencée par la génétique : jusqu’à 90 % de la variation des taux plasmatiques est déterminée par les gènes. Les changements de régime alimentaire, l’exercice physique ou les statines ont un impact limité sur ses niveaux. Bien que certaines conditions médicales, comme l’hypothyroïdie ou une maladie rénale chronique, ou des étapes de la vie comme la post-ménopause, puissent entraîner une légère augmentation, les niveaux de Lp(a) restent généralement stables après l’âge de cinq ans.
Les recommandations médicales concernant le dépistage de la Lp(a) ont évolué ces dernières années. Les nouvelles directives de l’American Heart Association/American College of Cardiology, publiées en 2018, recommandaient déjà un dépistage sélectif pour les personnes à haut risque, notamment les hommes de moins de 55 ans et les femmes de moins de 65 ans ayant déjà subi un événement cardiovasculaire majeur, les personnes ayant des antécédents familiaux de maladies cardiaques précoces ou de taux élevés de Lp(a), et celles présentant un taux de cholestérol LDL très élevé (190 mg/dL ou plus).
La National Lipid Association (NLA) a franchi une étape supplémentaire en 2024 en recommandant un dépistage universel pour tous les adultes, en accord avec les recommandations de la Société européenne de cardiologie (ESC). La NLA encourage également à mesurer la Lp(a) en unités molaires (nmol/L) plutôt qu’en unités de masse (mg/dL), car la taille des particules d’apo(a) peut varier et affecter les résultats des tests traditionnels.
Un nouveau test permettant de mesurer précisément la concentration de Lp(a) en unités molaires a été approuvé en janvier 2025, ouvrant la voie à des analyses à grande échelle, similaires à celles pratiquées pour les autres lipides sanguins. Bien que les changements de mode de vie ne puissent pas réduire les niveaux de Lp(a), connaître son statut permet d’adapter les stratégies de prévention et de traitement des autres facteurs de risque cardiovasculaire, tels que l’hypercholestérolémie, l’hypertension artérielle et la glycémie. Des thérapies ciblant spécifiquement la Lp(a) sont également en cours de développement.
L’American Heart Association (AHA) a lancé le projet Lp(a) CHC Discovery pour identifier les obstacles au dépistage dans les centres de santé communautaires et mettre en place des systèmes pour faciliter son intégration systématique. Des informations détaillées sur la Lp(a) et les tests disponibles sont accessibles auprès de l’AHA et d’autres organisations médicales.
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