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Un rapport du WRC met en lumière l’économie des migrants

by Amélie Bernard

Publié le 14 novembre 2025 à 14h19. Le dernier rapport annuel de la Commission des relations sur le lieu de travail (WRC) révèle une augmentation des infractions au droit du travail en Irlande, notamment dans les secteurs de l’alimentation, de la vente au détail et de l’agriculture, sans pour autant fournir de chiffres précis sur les violations des permis de travail.

  • Le rapport de 2024 fait état d’une recrudescence des inspections et des cas traités, avec une part importante des infractions liées aux permis de travail.
  • Des cas de travail illégal, de salaires non versés et de conditions de travail non conformes ont été constatés, notamment concernant des travailleurs titulaires de permis de compétences essentielles exerçant des fonctions non autorisées.
  • L’enquête met en lumière l’émergence d’une économie migrante distincte, plus difficile à contrôler, avec une prédominance d’entreprises appartenant à des migrants employant également des travailleurs migrants.

Contrairement au rapport de 2023, le rapport annuel 2025 de la WRC ne chiffre pas précisément le nombre de violations de la législation sur les permis de travail. Cependant, il souligne que ces infractions représentent une part significative des problèmes détectés lors des inspections. En 2023, 293 violations explicites avaient été recensées, et plus d’un tiers des appels à la ligne d’assistance téléphonique de la WRC en 2024 concernaient des plaintes liées aux permis de travail, suggérant une tendance à la non-conformité.

Le rapport ne détaille pas les violations spécifiques, ni leur lien avec l’augmentation notable des retraits de permis de travail, un phénomène récemment mis en évidence (comme l’a rapporté Gript). La WRC n’a pas répondu aux demandes d’explications concernant cette hausse.

Parmi les infractions constatées, on relève des personnes travaillant sans permis valide, des employeurs facilitant l’« immigration irrégulière », des problèmes de salaires et des cas de travailleurs titulaires d’un permis de compétences essentielles exerçant des fonctions non couvertes par ce permis. L’affaire Amandeep Kaur, portée devant les arbitres de la WRC en août 2024 et en juin 2025, illustre cette situation. Mme Kaur, ressortissante indienne, a déposé une plainte contre Concored, une entreprise exploitant des franchises de supermarchés Gala et Londis, appartenant à Pardeep Hooda.

Mme Kaur affirmait avoir été embauchée par Concored dans un magasin Gala à Oola, dans le comté de Limerick, pour effectuer des tâches de vente au détail (service client, rangement des rayons) qui ne relevaient pas de son permis de compétences critiques, obtenu pour un poste de responsable commerciale. Elle a également soutenu que, bien que son contrat prévoyait un salaire annuel de 35 000 € – le seuil requis pour son poste – elle n’a perçu qu’un peu plus de 28 300 € sur une année. Elle a également précisé avoir travaillé pour l’entreprise depuis octobre 2022, alors que son permis n’était valable qu’à partir du 30 janvier 2023.

Selon Mme Kaur, elle aurait été licenciée après avoir refusé de soutenir la réponse de son employeur aux demandes d’informations du Département des Entreprises (DETE) concernant l’emploi de personnes titulaires de permis de compétences essentielles et le statut de leurs visas. La WRC n’a pas statué en sa faveur concernant le permis, l’arbitre estimant que la question de savoir si la plaignante occupait un poste relevant des compétences essentielles ne relevait pas de sa compétence. En revanche, elle a obtenu gain de cause sur certaines plaintes relatives aux salaires et aux horaires de travail.

Les plaintes concernant les permis de travail sont principalement concentrées dans les secteurs de l’alimentation, de la vente au détail et de l’agriculture. La gravité de certaines situations a conduit la Gardaí à participer à plus de 300 inspections conjointes avec la WRC en 2024. Les deux tiers des infractions à la législation sur les permis de travail concernent le secteur alimentaire. La WRC souligne la prévalence des abus envers les travailleurs migrants, souvent liés à des schémas « non réglementés » ou « irréguliers », non seulement en matière de permis, mais aussi en ce qui concerne les salaires, les horaires et les contrats.

Plusieurs affaires médiatisées, notamment celles rapportées par Gript, révèlent une tendance commune : l’employeur et l’employé sont souvent originaires du même pays, voire de la même région. Cette situation témoigne de l’existence d’une économie migrante quasi autonome, plus difficile à surveiller et à réglementer. La prolifération de petites entreprises – parfois de taille significative – appartenant à des migrants et employant massivement d’autres migrants est également notable, comme le montrent les recherches sur les entreprises ayant obtenu des permis en 2024.

L’année dernière, plus de 150 petites entreprises impliquées dans la restauration rapide ou à emporter ont obtenu des permis. Bien que certaines recherches (par exemple, sur les « plats à emporter », la « pizza » ou le « kebab ») renvoient parfois au même établissement, ce nombre reste significatif. Il est important de noter que, selon la législation actuelle, les métiers liés à la restauration et à la vente à emporter sont généralement inéligibles aux permis de compétences critiques, généraux, de transfert intra-entreprise et de travail pour contrats de services.

Seuls les postes de chef exécutif, chef de cuisine, sous-chef, chef de partie ou commis chef peuvent être pris en considération pour un permis. Même dans ces cas, il est nécessaire de vérifier que le ressortissant étranger est employé dans un établissement autre qu’un établissement de restauration rapide. Ainsi, un travailleur qualifié pour préparer des plats gastronomiques ne devrait pas se retrouver à découper de l’agneau pour un kebab ou à saupoudrer du parmesan sur une pizza. On peut donc légitimement s’interroger sur les critères précis utilisés par le DETE pour délivrer des permis de travail à des établissements clairement identifiés comme des plats à emporter ou de la restauration rapide.

Enfin, il est probable que la révision actuelle de la législation sur les permis, qui a suscité de nombreuses contributions, conduise à un élargissement des critères définissant une compétence critique, sous l’impulsion de la demande du marché du travail, facteur déterminant des niveaux actuels et projetés de migration.

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