Publié le 22 novembre 2023 21:37:00. L’entreprise norvégienne Norled, pionnière de la transition maritime électrique, a subi des pertes considérables avec son ferry à hydrogène, l’Hydra. Cette expérience coûteuse remet en question l’efficacité de l’hydrogène comme solution durable dans le transport maritime, surtout face à des alternatives plus simples et économiques.
- Le ferry à hydrogène Hydra de Norled coûte 1,4 million d’euros par an à alimenter, bien plus que son équivalent diesel.
- L’hydrogène utilisé est acheminé par camion sur 1 300 kilomètres depuis l’Allemagne, entraînant des émissions de CO2 supérieures à celles d’un bateau diesel.
- Norled a enregistré des pertes de 86 millions d’euros en deux ans, dont 33 à 45 millions d’euros imputables à l’aventure de l’hydrogène.
Norled, un acteur majeur du transport maritime en Norvège, notamment dans les régions de Rogaland, Vestland, Sunnmøre et le fjord de Trondheim, s’était positionné comme un leader de la mobilité propre. L’entreprise est connue pour exploiter de nombreux car-ferries et ferries rapides. Cependant, l’expérience de l’Hydra, présentée comme un navire à « zéro émission », révèle un écart significatif entre les ambitions affichées et la réalité environnementale et économique.
Selon le site spécialisé CleanTechnica, les coûts de carburant de l’Hydra s’élèvent à 1,4 million d’euros par an. À titre de comparaison, son jumeau électrique, le MF Nesvik, ne coûte que moins de 100 000 euros par an. Mais le véritable problème réside dans la provenance de l’hydrogène. Il est transporté par camion sur une distance de 1 300 kilomètres depuis l’Allemagne, ce qui inclut les coûts de liquéfaction et les inévitables fuites.
Cette chaîne logistique complexe a des conséquences environnementales désastreuses. L’analyse de CleanTechnica révèle que l’Hydra émet deux fois plus de CO2 qu’un bateau diesel équivalent et quarante fois plus qu’un ferry électrique effectuant le même trajet. Un paradoxe pour un navire censé incarner la transition écologique.
Les difficultés financières de Norled sont significatives. L’entreprise a subi une perte de 86 millions d’euros sur deux ans, en partie à cause de ce projet à hydrogène. Des suppressions d’emplois sont désormais à l’ordre du jour. Selon les estimations, entre 33 et 45 millions d’euros de ces pertes sont directement liés à l’investissement dans l’hydrogène, un argent qui aurait pu financer l’acquisition de deux ferries électriques et préserver des centaines d’emplois, souligne le blog spécialisé dans le développement durable.
Alors que la Norvège a déjà déployé avec succès des ferries alimentés par des batteries chargées grâce à l’hydroélectricité, Norled a choisi une voie technologique plus complexe et coûteuse. Cette situation illustre, en Europe, les risques de dépasser les coûts et de surestimer les ambitions en matière de durabilité sans une évaluation rigoureuse de la faisabilité et des implications économiques.
À lire aussi
