La fermeture de la pharmacie de Las Rozas de Valderroyo, un village de Cantabrie durement touché par l’exode rural, met en lumière les difficultés d’accès aux soins de santé dans les zones isolées. Face à cette situation, les autorités envisagent l’installation d’une trousse de premiers secours pharmaceutique pour pallier l’absence de commerces de proximité.
Il y a cinq ans, Olga Cacicedo a pris un pari audacieux en ouvrant une pharmacie dans cette commune de 300 habitants, autrefois abandonnée par une population partie construire le réservoir de l’Èbre il y a soixante ans. Après avoir travaillé comme assistante pharmaceutique à Palencia, elle a décidé de s’installer à 80 kilomètres de Santander, là où les habitants devaient auparavant se rendre à Reinosa pour obtenir leurs médicaments.
La pharmacie de Las Rozas faisait partie des 33 projets sélectionnés en 2018 dans le cadre d’un appel à candidatures visant à encourager l’implantation de commerces de proximité dans les zones rurales. Certains projets n’ont pas abouti, notamment à Los Tojos, Valdeprado del Río et Pesaguero, des localités peu peuplées où la viabilité économique était incertaine.
Olga Cacicedo a investi dans la rénovation d’un ancien entrepôt ferroviaire d’ADIF, mais à peine six mois plus tard, la pandémie de Covid-19 a frappé. Elle s’est retrouvée isolée, sans médecins ni agents de santé à proximité, contrainte de gérer de nombreux problèmes par téléphone avec les médecins. « Il n’y a pas de magasins ici et c’était le seul endroit où ils pouvaient sortir », se souvient-elle, dans un témoignage rapporté en 2021 par Correo Farmacéutico.
Malgré ces difficultés, la pharmacie a tenu bon pendant cinq ans, avant de fermer ses portes ce printemps. Les habitants doivent désormais se rendre à Reinosa pour leurs médicaments, et la qualité de la connexion internet dans cette zone rurale complique encore les choses.
Pour répondre à ce problème, le gouvernement de Cantabrie a lancé une procédure pour l’installation d’une trousse de premiers secours pharmaceutique. Huit villes de la région bénéficient déjà de ce dispositif, conçu pour les zones difficiles d’accès, peu peuplées ou présentant des particularités en matière de communication et de saisonnalité.
« L’objectif est d’assurer une couverture pharmaceutique là où une pharmacie conventionnelle n’est pas viable », explique María García del Hierro, présidente du Collège des pharmaciens de Cantabrie. Il s’agit d’une solution intermédiaire qui ne remplace pas les services complets d’une pharmacie traditionnelle.
Les trousses de premiers secours pharmaceutiques existent en Cantabrie depuis 2001, en vertu de la réglementation pharmaceutique régionale. Actuellement, huit de ces dispositifs sont opérationnels à Quintanilla de Lamasón, La Hermida, Cabezón de Liébana, Villayuso, Mirones, Valle de Villaverde, Cotillo de Anievas et Santiurde de Toranzo.
Chaque trousse de premiers secours est rattachée à une pharmacie existante, qui assure son approvisionnement et son suivi. « Leur fonction est de garantir la continuité du service pharmaceutique dans les zones rurales, en promouvant la sécurité et l’équité dans l’accès aux médicaments », souligne la présidente du Collège.
La réglementation impose l’affichage clair de la mention « Trousse de premiers secours pharmaceutique » ainsi que le nom et les coordonnées du pharmacien responsable. La Cantabrie compte actuellement 278 pharmacies, la dernière ayant ouvert en 2022. L’administration régionale est chargée d’évaluer les besoins de la population et de répartir les services de santé en conséquence.
Conscientes du défi du dépeuplement rural, les pharmacies de Cantabrie participent à divers programmes visant à améliorer la qualité de vie des habitants, tels que l’École de santé rurale, le programme Vendredis indésirables en solitude et la Fondation Unate pour la promotion d’habitudes saines. Elles collaborent également avec la Garde civile pour identifier les personnes vulnérables et mettent en œuvre des programmes de systèmes de dosage personnalisés pour favoriser le maintien à domicile des personnes âgées.
Le cas de Las Rozas illustre un paradoxe : si les pharmacies hésitent à s’implanter dans les zones rurales par manque de rentabilité, les trousses de premiers secours, conçues pour pallier ce problème, ne suffisent pas à assurer une couverture pharmaceutique complète.
Pour aller plus loin
