Publié le 12 décembre 2025 à 12h30. Des chercheurs ont mis au point un modèle innovant de mini-tumeurs en laboratoire, capable de simuler les réactions immunitaires et d’aider à comprendre comment le cancer échappe aux défenses de l’organisme.
- Une équipe internationale a développé des « tumoroïdes » combinant cellules vivantes et synthétiques pour imiter l’environnement tumoral.
- Ce modèle permet d’étudier les mécanismes par lesquels les cellules cancéreuses désactivent le système immunitaire, notamment dans le cancer du pancréas.
- Les propriétés de surface des cellules artificielles se révèlent cruciales pour la formation correcte de ces modèles.
Comprendre comment les cellules cancéreuses parviennent à déjouer le système immunitaire est un défi majeur en oncologie. Normalement, l’organisme est capable de reconnaître et d’éliminer les cellules anormales. Cependant, les cellules cancéreuses développent des stratégies sophistiquées pour échapper à cette surveillance, en bloquant les réactions immunitaires ou en envoyant des signaux inhibiteurs. Pour relever ce défi, des équipes de recherche allemandes, britanniques et hongroises ont uni leurs forces.
Leur approche repose sur la création de modèles de tumeurs artificielles, appelés tumoroïdes, dans lesquels des cellules synthétiques imitent les réactions immunitaires. Ces tumoroïdes sont formés en combinant des cellules cancéreuses réelles avec des cellules artificielles conçues pour s’organiser et interagir entre elles. La clé de cette combinaison réside dans la capacité des cellules à s’auto-assembler, en fonction de la force d’adhésion cellulaire et de la « douceur » de leur surface. Les chercheurs ont constaté qu’une fine couche de graisse, semblable à la membrane cellulaire des cellules naturelles, permettait aux cellules synthétiques de mieux s’intégrer et de créer un environnement immunitaire artificiel plus réaliste.
« Grâce à notre modèle, nous pouvons comprendre comment les tumeurs trompent et bloquent le système immunitaire », explique le Dr Oskar Staufer, responsable du groupe de recherche Immuno-Matériaux à l’INM – Institut Leibniz pour les nouveaux matériaux de Sarrebruck. « En particulier dans le cancer du pancréas, un type de cancer particulièrement agressif, nous avons découvert un nouveau mécanisme par lequel le cancer désactive spécifiquement les cellules immunitaires. »
L’étude souligne également l’importance des propriétés physiques des cellules artificielles, telles que leur surface, pour la formation correcte des modèles de tumeurs. Ces résultats ouvrent la voie à la conception de futurs environnements tumoraux artificiels sur mesure. Nils Piernitzki, premier auteur de l’étude, précise : « Jusqu’à présent, nous nous sommes concentrés sur une configuration expérimentale simple afin d’évaluer le potentiel du modèle. Nous souhaitons ensuite imiter l’environnement tumoral humain de la manière la plus réaliste possible. »
À long terme, cette méthode pourrait non seulement faire progresser la recherche sur le cancer, mais aussi ouvrir de nouvelles perspectives pour la création de matériaux médicaux innovants combinant des éléments « vivants » et « non vivants ».
Contacts scientifiques :
Dr Oskar Staufer
INM – Institut Leibniz pour les nouveaux matériaux
Responsable du Groupe de Recherche Immuno-Matériaux
[email protected]
Tél. : +49 681 9300 281
Publication originale :
Piernitzki, N., Gao, N., Gasparoni, G. et al. Auto-assemblage de cultures hybrides 3D en intégrant des cellules vivantes et synthétiques. Nat Commun 16, 11073 (2025).
https://doi.org/10.1038/s41467-025-66789-3
Image
Les cellules cancéreuses (rouges et bleues) se lient étroitement à une cellule immunitaire synthétique (verte). Une culture cellulaire hybride est créée. Source : Nils Piernitzki
Droits d’auteur : Nils Piernitzki/INM
Caractéristiques de ce communiqué de presse :
Journalistes, scientifiques
Biologie, chimie, médecine, science des matériaux
À l’échelle nationale
Publications scientifiques
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