Publié le 27 mai 2025 à 10h30. Des scientifiques australiens et indonésiens ont identifié des marqueurs biologiques concrets associés au syndrome de fatigue chronique, ouvrant la voie à un diagnostic plus précis et à une meilleure compréhension de cette maladie complexe qui touche des millions de personnes.
- Une étude révèle l’existence de marqueurs biologiques spécifiques chez les patients atteints du syndrome de fatigue chronique (SFC), confirmant sa réalité physique.
- Les chercheurs ont observé des anomalies dans l’énergie cellulaire, le fonctionnement du système immunitaire et la présence de certaines protéines dans le sang.
- Ces découvertes pourraient conduire à un test diagnostique plus fiable et à des traitements ciblés pour améliorer la qualité de vie des patients.
Le syndrome de fatigue chronique, également connu sous le nom d’encéphalomyélite myalgique (EM/SFC), est une affection invalidante caractérisée par une fatigue extrême, des douleurs musculaires persistantes et des troubles de la mémoire et de la concentration. Longtemps entourée de scepticisme et de mythes, cette maladie touche des millions de personnes à travers le monde, mais ses causes et ses mécanismes restent mal compris. Une nouvelle étude, menée par des équipes de recherche en Australie et en Indonésie, apporte enfin des preuves tangibles de sa réalité biologique.
Les scientifiques ont identifié trois changements majeurs chez les patients atteints du SFC. Premièrement, ils ont constaté une perturbation de l’énergie cellulaire, avec une accumulation d’adénosine monophosphate (AMP) et d’adénosine diphosphate (ADP) et une diminution du rapport entre l’adénosine triphosphate (ATP) et l’ADP. L’ATP est la principale source d’énergie des cellules, et un déséquilibre de ce rapport peut entraîner une fatigue profonde et persistante, même après le repos.
Deuxièmement, l’étude a révélé des anomalies dans le système immunitaire des patients. Ils présentaient un nombre réduit de lymphocytes T effecteurs de mémoire, de lymphocytes NK (natural killer) et de cellules dendritiques de type 2, des éléments clés de la réponse immunitaire. Ces résultats suggèrent une altération de la capacité du système immunitaire à combattre les infections et à maintenir l’organisme en bonne santé.
Enfin, les chercheurs ont observé des différences significatives dans les niveaux de certaines protéines sanguines, notamment la thrombospondine 1 et le facteur de von Willebrand, impliquées dans la coagulation et la fonction vasculaire. Ces anomalies pourraient indiquer des problèmes de circulation sanguine et contribuer aux symptômes ressentis par les patients.
L’étude, publiée dans la revue Cell Reports Medicine, a été menée par Benjamin Heng et une équipe internationale de chercheurs issus de l’Université Macquarie, de l’Université de Nouvelle-Galles du Sud, du Centre Charles Perkins de l’Université de Sydney, du Grove de santé de Pymble, de l’Institut de recherche médicale Hunter et de l’Université indonésienne IPB.
Grâce à ces données, les chercheurs ont développé un modèle capable de distinguer avec une précision de 91 % les personnes atteintes du SFC des personnes en bonne santé. « Cette découverte a le potentiel de réduire les délais de diagnostic et d’améliorer la qualité de vie des patients en allégeant les souffrances prolongées et le fardeau économique auxquels ils sont confrontés », a déclaré le Dr Richard Schloeffel, de la Macquarie Medical School, l’un des principaux auteurs de l’étude.
En dialogue avec Infobae, la Dre Jesica Fischer, psychiatre au Département de Psychiatrie de l’Institut de neurologie cognitive (INECO) en Argentine, a commenté : « L’étude publiée dans Cell Reports Medicine a identifié des biomarqueurs mesurables dans le sang qui, combinés, ont permis d’obtenir une précision prédictive élevée dans le groupe de patients atteints du syndrome de fatigue chronique. »
La Dre Fischer souligne toutefois qu’il faut tenir compte du fait que « les auteurs eux-mêmes ont précisé que ces résultats sont exploratoires et nécessitent une validation dans des cohortes indépendantes avant de devenir une analyse clinique simple et courante ». Pour l’experte, la nouvelle étude « a fourni des preuves objectives que l’encéphalomyélite myalgique/syndrome de fatigue chronique a une base biologique claire. Cela aide à déstigmatiser la maladie, et à l’éloigner des explications psychologiques ou subjectives ».
Les chercheurs appellent à la prudence et soulignent la nécessité de valider ces résultats dans d’autres populations avant de les intégrer à la pratique clinique. Ils reconnaissent également que les symptômes du SFC peuvent varier considérablement d’un patient à l’autre, ce qui rend le diagnostic difficile. Néanmoins, cette avancée scientifique représente un pas important vers une meilleure compréhension et une prise en charge plus efficace de cette maladie invalidante.
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