Publié le 23 décembre 2025 20h52. L’Europe centrale et orientale, encore marquée par la crise financière de 2008, cherche à diversifier ses sources de financement pour stimuler l’innovation et la compétitivité, au-delà du financement bancaire traditionnel. L’initiative de Vienne, soutenue par les organisations internationales, vise à renforcer la résilience économique de la région face aux défis futurs.
- Les niveaux de prêts non performants dans la région restent globalement stables et à des niveaux historiquement bas.
- Le développement des marchés de capitaux est freiné par un manque de connaissances financières, un retrait bancaire et une réticence des entrepreneurs à recourir à des capitaux extérieurs.
- Les actifs financiers par habitant en Europe centrale et orientale ont presque quintuplé en vingt ans, mais restent inférieurs de 70 % à ceux de l’Europe occidentale.
L’Europe de l’Est, fragilisée par la crise financière de 2008, s’efforce de renforcer son système financier et de favoriser une croissance plus durable. L’« Initiative de Vienne », un cadre de coopération entre organisations financières internationales, banques et États-Unis, joue un rôle central dans cette démarche. L’Union européenne surveille de près l’évolution de l’offre de crédit et des défauts de paiement dans la région, avec un constat rassurant à mi-décembre : les niveaux de prêts non performants se maintiennent à des niveaux historiquement bas sur la plupart des marchés.
Cependant, la dépendance au financement bancaire constitue un point de faiblesse. Pour stimuler l’innovation et la compétitivité, il est impératif d’explorer de nouvelles voies de financement, notamment en Europe centrale, orientale et du Sud-Est.
« Si nous voulons renforcer la force d’innovation de l’Europe, nous devons également permettre de nouveaux modes de financement dans les pays d’Europe centrale, orientale et du Sud-Est. »
Edeltraud Stiftinger, vice-gouverneure de la Banque nationale autrichienne
Plusieurs pistes sont envisagées : développement du capital-investissement, meilleur accompagnement des jeunes entreprises, numérisation des services financiers, incitation des investisseurs privés à se tourner vers les marchés de capitaux et rôle accru des fonds de pension. Le défi réside dans la nécessité de développer les compétences financières des populations, de pallier le retrait des banques de la zone et de surmonter la réticence des entrepreneurs à s’endetter.
Les marchés de capitaux de la région souffrent également de leur fragmentation et de leur taille réduite. La classification de pays comme la Pologne ou la République tchèque en « marchés émergents » – voire en « marchés frontières » pour la Roumanie – limite l’accès aux investissements institutionnels.
Un autre facteur limitant est le faible revenu disponible des ménages, bien que la croissance des salaires en Europe centrale et orientale ait dépassé celle de la zone euro au cours de la dernière décennie. Cette amélioration a favorisé la consommation et l’épargne, avec des taux d’épargne élevés en République tchèque et en Hongrie, souvent consacrés à l’immobilier, un placement privilégié en Europe de l’Est.
Selon une analyse du groupe de réflexion londonien New Financial, les marchés de capitaux d’Europe de l’Est ne représentent en moyenne que 31 % du niveau de l’UE. À titre d’exemple, les marchés de capitaux du Luxembourg sont 40 fois plus importants par rapport au PIB que ceux de la Bulgarie, et ceux de la Suède sont 18 fois plus importants par rapport au PIB que ceux de la Slovénie.
L’Union européenne des marchés des capitaux (UMC) reste un objectif lointain, mais représente une première étape cruciale pour mobiliser les actifs financiers inutilisés en Europe de l’Est, une recommandation soutenue par la Banque centrale européenne (BCE).
Les actifs financiers par habitant ont presque quintuplé en vingt ans, mais l’écart avec l’Europe occidentale demeure significatif : ils ne représentent qu’environ 30 % de la valeur observée en Europe occidentale. Cette situation souligne le potentiel de convergence et la nécessité de diversifier les sources de financement.
Les gouvernements peuvent jouer un rôle clé en encourageant les investisseurs privés à financer l’économie par emprunt, réduisant ainsi les vulnérabilités externes. La Bulgarie et la Serbie, par exemple, sont fortement endettées auprès de l’étranger (plus de 70 %).
Cependant, les agences de notation mettent en garde contre une détérioration des conditions de crédit à partir de 2026, et soulignent la pression accrue sur les notations de pays comme la Pologne, la Roumanie et la Hongrie en raison de l’augmentation des déficits publics et de la dette.
Certains pays, comme la Hongrie, la Pologne, la Croatie et la République tchèque, ont déjà réalisé des progrès notables en attirant les investissements privés, notamment grâce à des incitations fiscales. La République tchèque, grâce à sa faible dette publique et à son taux d’épargne élevé, affiche une plus grande résilience face aux risques extérieurs.
Les marchés boursiers de la région restent dominés par les investisseurs étrangers, mais on observe une augmentation du nombre de petits épargnants qui investissent régulièrement dans des fonds en titres. Les récentes hausses de prix pourraient également rendre les marchés boursiers locaux plus attractifs.
Les fonds de pension, qu’ils soient volontaires ou obligatoires, investissent principalement dans des titres d’État. En Roumanie, par exemple, 71 % des fonds dans lesquels un Roumain sur deux cotise sont investis en obligations d’État, 24 % en actions et le reste en obligations d’entreprises. En République tchèque, la législation autorisera à partir de 2026 les investissements dans la nouvelle construction immobilière, afin de pallier la pénurie de logements.
Enfin, pour garantir une offre de capitaux adéquate, les banques centrales doivent avant tout assurer la sécurité et la stabilité de leur monnaie, selon les gouverneurs interrogés par Martin Kocher, le gouverneur de la Banque nationale autrichienne.
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